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Un remaniement vital

Nouvellement nommé ministre de  la Santé, Christian Dubé hérite de la mission la plus périlleuse de sa carrière. Ici aux côtés de François Legault.
Photo Simon Clark Nouvellement nommé ministre de la Santé, Christian Dubé hérite de la mission la plus périlleuse de sa carrière. Ici aux côtés de François Legault.

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L’échec patent du Québec dans la lutte à la COVID-19 est incontestable. Le remaniement d’hier prouve que le premier ministre François Legault l’a bien compris. À l’aube d’une deuxième vague, il lui fallait bouger maintenant.

Dans le réseau de la santé, les doléances fusent de partout depuis des mois. Ce qui ne passe pas est le décalage constant entre ce que le personnel et les familles subissent sur le terrain et ce qu’en disaient les mégas CIUSSS ou le trio Legault-McCann-Arruda à leurs points de presse.

De toute évidence, M. Legault les a entendues. À la décharge de la ministre sortante de la Santé, Danielle McCann, le fait est qu’elle avait hérité d’une immense machine puissamment détraquée par l’austérité et les réformes ultra-centralisatrices du duo Couillard-Barrette.

Face à la pandémie, elle a fait ce qu’elle pouvait avec ce Frankenstein technocratique. Visiblement déçue d’être mutée à l’Enseignement supérieur, sa réaction fut d’une grande élégance. En cela et bien d’autres choses, Mme McCann restera l’antithèse respectée de Gaétan Barrette.

Frankenstein technocratique

En vue d’une seconde vague, il fallait passer le témoin de la Santé. Parce qu’il y a crise, et qu’au Québec des milliers d’hommes et de femmes morts, souvent seuls et dans des conditions dignes du tiers-monde, Christian Dubé hérite de la mission la plus périlleuse de sa carrière.

À terme, il lui faudra revoir toute la manière dont on ne prend même plus soin des Québécois les plus vulnérables – aînés, personnes handicapées et DPJ. Pour ce faire, il lui faudra décentraliser la machine du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS).

Il lui faudra la discipliner. Lui redonner son humanité et son sens de l’éthique perdus. Rendre ses « chefs » véritablement imputables. Moderniser ses systèmes de communication. Mettre fin à son omerta étouffante.

Bref, Christian Dubé devra « débarrettiser » le MSSS. Venu du Trésor et du monde des affaires, il aura l’avantage non négligeable de ne pas venir de la « machine ». Il en aura donc moins peur.

Sur le plan politique, sa commande est tout aussi lourde. La popularité du gouvernement demeure élevée, mais un nouvel échec en seconde vague lui serait moins aisément pardonné.

Masque

Ce qui, d’ici l’automne, exigera un coup de barre rapide. Dans les CHSLD, la fourniture d’équipements de protection, le dépistage, la vaccination contre l’influenza, etc.

Christian Dubé arrive aussi en plein relâchement de la population. Le virus est pourtant loin d’être terrassé. Pour la sortir du déni, poussera-t-il pour que les autorités rendent enfin le masque obligatoire dans les commerces et transports en commun ?

Sur un tout autre front, délester Simon Jolin-Barrette de l’Immigration est sage. Lui succédant, la ministre Nadine Girault a toutes les compétences et sensibilités capables de faire perdre à la CAQ son étiquette de parti hostile aux immigrants.

En nommant Me Sonia LeBel au Trésor, M. Legault répond aux critiques fondées sur le « boy’s club » qu’était son « trio » économique. Responsable entre autres du projet de loi 61 visant à accélérer les projets d’infrastructures, l’ex-procureure en chef de la commission Charbonneau tentera de veiller à la probité des processus.

Le plus important réside toutefois dans le virage ordonné par le premier ministre au réseau de la Santé. Pour ceux qui en doutaient encore, la pandémie nous l’a révélé crûment dans ses pires manquements.