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Comment apprivoiser la vie sans plonger

Le confinement a gardé Jennifer Abel loin du tremplin durant 97 jours

SPO-FINA 2020-SERIE MONDIALE DE PLONGEON
Photo d’archives, Agence QMI Jennifer Abel avait participé aux Séries mondiales de plongeon présentées à Montréal, du 28 février au 1er mars dernier. Ce fut la dernière compétition internationale de plongeon avant la série d’annulations.

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Jennifer Abel a réalisé récemment un record personnel qu’elle n’avait jamais envisagé durant son illustre carrière : 97 jours de suite sans plonger.

La plongeuse aux 10 podiums à des championnats du monde a mis fin à cette séquence forcée par la pandémie de la COVID-19, la semaine dernière, quand elle a enfin pu bondir sur le tremplin de 3 m, son allié fidèle des 24 dernières années. La réouverture de l’Institut national du sport (INS) du Québec, au Parc olympique de Montréal, a ravivé une sensation dont elle avait dû se priver durant trois mois.

« Le sentiment d’exceller dans quelque chose », résume l’athlète de 28 ans pour exprimer ce dont elle s’est le plus ennuyée.

« Pas nécessairement d’exceller, mais surtout de faire quelque chose d’unique. Le plongeon est un sport complet et assez spécial. Ce n’est pas tout le monde qui est capable de le faire. Le sentiment que j’ai quand je réussis un bon plongeon, c’est vraiment ça qui m’a manqué le plus. »

« Pas seulement une athlète » 

Cette pause imposée loin de la piscine l’a reconnectée plus étroitement avec le quotidien qu’elle partage avec son conjoint, le boxeur David Lemieux. Membre de l’équipe nationale depuis 2006 et après trois Jeux olympiques, Abel a apprivoisé ce que pourraient devenir les lendemains de sa vie passée à fendre l’eau tête première.

« Ça m’a montré à quoi ressemblera ma vie sans plonger, comment mon corps va y réagir. Ça m’a révélé plusieurs aspects », observe la médaillée de bronze des Jeux de Londres en synchro avec Émilie Heymans.

« David a une petite fille. J’ai aimé l’aider à faire ses devoirs à partir du moment qu’elle a eu des cours en ligne avec son professeur. Ça m’a fait replonger dans la matière, mais j’ai appris aussi à préparer les repas et les collations et m’assurer que ce n’était pas trop difficile pour elle, parce que c’est une situation qui pouvait l’être pour les enfants. Être la belle-maman de Lilyanna, faire ses devoirs avec elle, maintenir une vie familiale ; j’ai appris à ne pas être seulement une athlète », avoue la championne à des Jeux panaméricains et du Commonwealth.

Engagée jusqu’à Tokyo 

Initiée au plongeon à l’âge de 5 ans, la Lavalloise ne se prononce pas encore sur ce moment appréhendé de quitter la compétition active. De son propre aveu, les 97 jours vécus loin du tremplin n’ont pas activé sa réflexion sur l’issue de sa carrière.

« Sur ma carrière, non. Je me suis engagée pour les Jeux olympiques de Tokyo, donc je vais maintenir mon engagement. Mais durant les trois derniers mois, j’ai beaucoup appris en tant que femme, en tant que conjointe, en tant que belle-mère. Ça m’a vraiment rassurée pour la suite », constate-t-elle.

« Ça va me calmer pour la suite des choses. Ça va être difficile, je sais, mais David et moi, on en a beaucoup discuté et on va maintenant savoir à quoi s’attendre pour la suite. »

Pas d’urgence pour la compétition

« Ce que j’ai trouvé le plus difficile, c’est que les Jeux n’auront pas lieu cette année, et me dire que, wow ! on partirait bientôt pour les Jeux dans quelques semaines. »

Jennifer Abel ne s’est pas laissée aller au découragement durant la période de confinement imposée par les autorités de la santé publique. Tôt ou tard, elle se doutait bien que l’entraînement allait reprendre à l’Institut national du sport.

Encore l’inconnu

Même si elle dit avoir maintenu un bon niveau de forme en s’entraînant à la maison, le vrai travail reprend maintenant en prévision des Jeux olympiques de Tokyo, en juillet 2021. La fédération internationale n’a pas encore fixé de dates ni d’endroits pour la relance de compétitions, une incertitude qui n’ennuie pas la Québécoise.

« Je ne suis pas pressée de sauter des étapes parce que même si je voulais compétitionner, je sais que ce ne serait pas possible. Je reste terre-à-terre et je réalise l’ampleur de la situation. Je n’ai jamais aimé compétitionner juste pour le plaisir de le faire. J’aime compétitionner quand je suis prête et que je peux livrer le meilleur de moi-même. C’est pour ça que, pour le moment, je n’y pense pas », soutient Abel, qui se donne l’été pour retrouver ses repères avant d’espérer retrouver l’élite internationale en guise de préparation pour Tokyo.

« On vise cet automne, mais il y a tellement de choses qui peuvent se passer d’ici cette période-là. C’est notre objectif de retourner en compétition cet automne et cet hiver, mais on va y aller en fonction des développements. »

Jennifer Abel avait gagné la médaille d’or au tremplin de 3 m lors des Séries mondiales présentées à Montréal, le 1er mars dernier, dans ce qui fut la dernière compétition internationale avant la série d’annulations. Elle avait également remporté l’épreuve en synchro avec Mélissa Citrini-Beaulieu.