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Imitant les Blancs, les Indiens avaient des esclaves noirs

Imitant les Blancs, les Indiens avaient des esclaves noirs

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Des manifestants ont tenté sans succès de renverser la statue d'Andrew Jackson à Lafayette Square devant la Maison-Blanche.

L’Histoire se souvient de cet esclavagiste, qui fut président de 1829 à 1837, comme l’homme qui a signé le Indian Removal Act, qui a déporté à l’ouest du Mississippi tous les Indiens vivant à l'est du grand fleuve. 

Cette expulsion brutale d'Amérindiens de leurs terres ancestrales a causé la mort de milliers d’entre eux. J’y reviens en détail plus loin.

Trump, qui a fait accrocher le portrait de Jackson dans le bureau ovale dès son élection, a dénoncé les manifestants «pour le vandalisme honteux de la magnifique statue d'Andrew Jackson» avant de les menacer de 10 ans de prison en vertu de la Loi sur la préservation de monuments honorant des militaires.

Les manifestations raciales actuelles obligent les États-Unis à faire face au racisme systémique qui entache leur passé et qui souille encore leur présent. 

Un aspect peu connu, et encore plus rarement évoqué, de l’histoire américaine, concerne les Amérindiens qui étaient propriétaires d’esclaves, une réalité qui a encore des suites de nos jours. 

Le 30 août 2017, un tribunal fédéral s'est rangé du côté des Cherokee Freedmen — les descendants d’esclaves afro-autochtones qui réclamaient le rétablissement de leur citoyenneté tribale qu’on leur avait enlevée. 

Le tribunal fédéral a décidé que les Freedmen, noirs ou métis, étaient cherokees. 

En 2011, la deuxième plus grande tribu indienne d'Amérique avait privé une majorité d'Afro-Amérindiens de leur appartenance tribale. Quelque 2800 Freedmen n'étaient plus admissibles aux avantages tribaux et ne pouvaient plus participer aux élections tribales parce qu’on avait révoqué leur citoyenneté cherokee à cause de leur race

Les cinq tribus du sud-est des États-Unis (Cherokee, Choctaw, Chickasaw, Creek et Seminole) avaient été encouragées à pratiquer l’esclavage par les Blancs qui considéraient que leur participation à l’asservissement des Noirs allait les «civiliser».  

C’est pourquoi on les avait nommés «les cinq tribus civilisées». Les Cherokees étaient les Autochtones qui avaient le mieux assimilé la culture esclavagiste des Blancs du Sud. 

En 1835, la nation cherokee possédait 1600 esclaves noirs. Les Cherokees et les autres «tribus civilisées» s’étaient intégrés à l’économie basée sur la culture du coton qui dépendait d’une main-d’œuvre servile.

Au début de la guerre de Sécession, ces cinq tribus s’étaient alliées aux confédérés parce qu'ils en voulaient au gouvernement fédéral de les avoir chassés de l’est du Mississippi. 

La déportation était connue sous le nom de Trail of Tears (Le sentier des larmes).  

Les tribus expulsées avaient amené leurs esclaves avec elles. Au total, la déportation avait coûté la vie à plus de 11 000 Indiens, dont 2000 à 4000 Cherokees. Sur les 4500 à 5000 Noirs qui formaient la classe des esclaves dans le nouveau territoire indien en 1839, la grande majorité était métissée.

La politique fédérale d'expulsion des Indiens n'était pas simplement une impulsion haineuse d'Andrew Jackson, mais une campagne approuvée par le Congrès et par la population blanche qui s’est poursuivie sous plusieurs administrations. 

Ce qui motivait la décision de Jackson était avant tout l'intérêt des esclavagistes blancs qui voulaient s’emparer des terres indiennes: des profiteurs blancs s’en sont immédiatement emparés.

En 1863, peu après la proclamation d’émancipation des Noirs de Lincoln, alors que la guerre tournait à l’avantage des forces de l’Union, les Cherokees ont cru bon de proclamer «l’émancipation immédiate» de tous leurs esclaves. Mais la discrimination envers les Cherokees Freedmen s’est poursuivie jusqu’à nos jours.

L’ancienne chef principale des Cherokees, Wilma Mankiller, écrit dans son autobiographie: «La vérité est que la pratique de l'esclavage jettera à jamais une ombre sur la grande nation cherokee