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Partisanerie pour l'attribution d'aides sous le gouvernement Charest

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L’attribution d’aides à des organismes culturels aurait été soumise à une intervention possiblement externe en 2007 et 2008 sous le gouvernement libéral de Jean Charest. 

Selon des documents obtenus par TVA Nouvelles, «le pilier» en menait large au ministère de la Culture et des Communications à cette époque.

En 2007-2008, la ministre de la Culture Christine St-Pierre disposait d'une enveloppe discrétionnaire de 730 000 dollars.

Dans les documents consultés par TVA Nouvelles, on remarque que des conseillers rédigent des renseignements complémentaires pour aider à la prise de décision.

«Rempli de péquistes»

Or, «le pilier» semble, dans plusieurs cas, orienter les choix.

Par exemple, en février 2008, le conseiller responsable du dossier demande de ne pas donner d’aide au 25e Salon des peintres professionnels de Joliette.

«Selon le "pilier", c’est une très belle place, mais ça ne fait pas vraiment partie de ses priorités, car il est pas mal rempli de péquistes», peut-on lire.

À la même période, le conseiller recommande d'accorder le tiers de la demande d'aide à la 11e édition de la Nuit de la poésie de Rouyn-Noranda.

Dans les documents, il est cependant précisé que «selon le pilier, la madame derrière ça est apolitique, mais la "gang" dans ces genres d'affaires sont péquistes (sic) ou Québec solidaire les trois-quarts du temps. Il recommande de donner, mais histoire de leur montrer comment les budgets ne sont pas là quand on est dans l'opposition».

«Faire comprendre aux gens...»

Dans de multiples recommandations, le nom de «pilier» revient.

Ainsi, dans une demande d'aide de la Comédie humaine de Mirabel, on lit: «le pilier ne connaît pas les gens derrière ça et souhaite que nous ne donnions pas. Histoire de ne pas donner du capital politique au député adéquiste et de conserver des sous pour des gens de notre bord».

«En aucun temps, le fait d’utiliser ces sommes-là à des fins partisanes n’est inclus dans les normes», explique l’ancien député péquiste de Chicoutimi Stéphane Bédard.

En avril 2008, la 7e édition du Salon de la jeunesse du Saguenay–Lac-Saint-Jean avait reçu seulement 1000 dollars, car «selon le pilier, il faut faire comprendre à ces gens ce qui arrive quand ils ne votent pas de notre bord pour conserver notre argent».

«C'est révoltant! Ça va à l'encontre des principes mêmes de pourquoi on donne de l'argent public. C'est la pire transgression qu'on peut faire en politique.

C'est comme institutionnaliser, détourner le principe même de l'utilisation des subventions discrétionnaires ou non à des fins autres que publiques», réagit Stéphane Bédard à cette information.

Le pilier semblait donc avoir une influence directe sur les décisions concernant l'enveloppement discrétionnaire de la ministre.

«Selon le pilier, écrit-on dans une autre demande, c'est géré par des gens qui se disent neutres et pas souverainistes, car nous sommes au pouvoir. Peut-être un petit montant les aiderait à rester calmes.»

Dans une autre demande, on pouvait lire: «Pilier ne connaît rien. De toute façon, c'est un comté prioritaire. Peut nous aider. Le monsieur fait des contributions au PLQ très importantes depuis quatre ans. Il a donné 3000$ en 2006.»

St-Pierre prend ses distances

Interrogée par TVA Nouvelles, l’ancienne ministre de la Culture prend ses distances avec ces décisions et insiste sur le fait qu'elle n'a jamais eu connaissance de ces notes avant d'aider des organismes avec son enveloppe. 

«C'est quelque chose qui m'a vraiment renversée, ça me jette à terre! Je ne comprends pas que quelqu'un puisse analyser une demande de subvention discrétionnaire en fonction de la couleur politique ou des allégeances politiques des demandeurs», a-t-elle dit. 

«Pour moi, c'était important que la culture rayonne partout au Québec, quelle que soit l'orientation politique.» 

Parmi les conseillers politiques qui analysaient les demandes, il y avait Marc Rousse, cité à la commission Charbonneau pour ses échanges avec Violette Trépanier concernant d'éventuelles nominations.

Mme Trépanier était directrice du financement au parti libéral sous Jean Charest.

- Avec les informations d’Alain Laforest