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Une fête nationale pas de drapeaux

Une omission très politique

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Peut-on imaginer n’importe quelle autre nation du monde qui célèbre sa fête nationale sans son drapeau? Pourquoi nous?

Je n’ai pas vu le spectacle de la fête nationale du Québec en direct hier soir. J’étais plutôt à Montebello, où les groupes Le Diable à 5 (trad) et les invités de Mountain Daisies (folk-country) proposaient une Saint-Jean sous le mode du ciné-parc très réussie.

Et des drapeaux du Québec, partout.

Aussi, quand j’ai constaté ce matin que le spectacle de la fête nationale du Québec avait été remplacé par une émission de variétés qui aurait bien pu être un show des Francofolies ou de n’importe quelle occasion, j’ai été fort déçu.

Pourquoi?

La directrice générale du Mouvement national des Québécois (MNQ), Martine Desjardins, a tenté d’expliquer l’absence du drapeau de la nation à la fête nationale par le fait qu’il n’y avait pas de foule. Que d’habitude, on en distribue à ceux qui assistent au spectacle.

Ça ne vous tentait pas d’en distribuer aux artistes? D’en placer juste un sur la scène? De projeter l’image d’un drapeau sur écran? C’est pas comme si vous n’aviez pas eu le temps de planifier ça. Comme me le faisait remarquer un de mes amis, si tu organises un spectacle de la «fête nationale», ta check-list devrait ressembler pas mal à ceci:

1- Le drapeau

2- ... tout le reste

Sincèrement, y’a pas grand monde qui va avaler ça. Planifier, organiser, monter de longue haleine un spectacle de la fête nationale SANS drapeau est, intrinsèquement, un geste hautement politique en soi.

Nous l’avions compris d’emblée à la lecture de l’entrevue réalisée par le militant Marc Cassivi avec les co-porte-parole du spectacle, Pierre Lapointe et Ariane Moffatt, ce malaise avec le concept même de «nation».

  • ÉCOUTEZ la chronique avec Steve E. Fortin, blogueur au Journal de Montréal et au Journal de Québec, à QUB Radio:

Ce commentaire de Lapointe:

«Il y a une symbolique, aussi, à la fête nationale. Je me suis toujours questionné beaucoup sur ce que c’est, que d’être québécois. Je viens du Lac-Saint-Jean. Nous sommes nés à Alma tous les deux, Ariane et moi. Ma mère ne parle pas anglais et elle est très réticente à entendre de la chanson anglophone à la télé et à la radio québécoises. Je viens d’une famille qui a rêvé d’un Québec indépendant, mais moi, je ne sais plus où me situer par rapport à cette question-là. J’ai des amis anglos, juifs, musulmans, gais, hétéros, trans. Je trouve ça étrange de coanimer la fête nationale depuis deux ans. Quand j’entends les discours de certains séparatistes – je précise “certains” , j’ai peur. Dans ce temps-là, je suis désolé, mais j’ai encore envie de Toronto et de Vancouver.»

Étrangement, ce type de discours aurait été assez populaire le 1er juillet, en fait. Je connais beaucoup de fédéralistes et d’anti-nationalistes pour qui ce type de discours goûte le miel.

Pas que le porte-parole doit être indépendantiste, mais, au minimum, il faut adhérer au concept suivant lequel la nation québécoise existe et, minimalement, y croire un peu.

Il y a bien eu un peu de politique, hier. Tous ayant remarqué le joli macaron que portait Émile Bilodeau. Cela a fait la soirée de bien des militants, d’ailleurs. Contre la loi 21, le geste d’affirmation nationale le plus important posé par le gouvernement actuel.

Le spectacle d’hier, c’était celui du malaise que provoque chez certains le concept même de «nation québécoise»; une belle infopub pour ceux qui adhèrent à tous les combats intersectionnels du monde, mais que rebute l’idée même du «nationalisme».

Contre la laïcité, et ce concept fumeux de «territoires autochtones non cédés»...

Jean-François Nadeau, dans Le Devoir, le qualifiait ainsi, ce concept: «Cette incantation sur les “territoires autochtones non cédés” est devenue de plus en plus courante. Voilà une dose homéopathique de bonne conscience qui permet de ne rien changer tout en se donnant l’illusion de soigner un mal de société.»

Ce serait intéressant de demander à la ministre des Affaires autochtones du Québec, Sylvie D'Amours, si elle adhère à cette affirmation pour Trois-Rivières...

Tout compte fait, je suis pas mal content d’avoir célébré la fête nationale à Montebello, dans mon patelin de la Petite-Nation.

Et à ceux et celles qui répondront, pour excuser ou tenter de justifier une fête nationale sans drapeau, que ce n’est pas si grave... je les invite à bien regarder le spectacle de la fête nationale du Canada, la semaine prochaine. Les artistes de chez nous qui s’y produiront le feront sous un énorme drapeau du Canada. Assurément.

Car il n’existe pas de nation au monde qui célèbre sa fête nationale en «oubliant» son drapeau, l’emblème qui lui permet de se représenter dans le monde, de clamer haut et fort, au concert des nations, qu’elle existe...

Mais pour ça, encore faut-il y croire.