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En attendant... le retour de la LNI: la soif d’impro de François-Étienne Paré

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Le comédien et animateur François-Étienne Paré officie à titre de directeur artistique pour le Théâtre de la LNI. Privé de ce qu’il aime le plus au monde – improviser –, l’ex-animateur de RDI Junior revient à ses anciennes amours en attendant que la crise sanitaire s’estompe. Jasette avec un créateur engagé et à l’affût de l’actualité. 

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François-Étienne, comment ça va?

Ça va bien, je te dirais. On dirait que notre vie s’est réorganisée pour ma blonde, mes enfants et moi. On dirait que je vois de la lumière s’en venir. Je sens que ce sera bientôt la même chose pour nos activités comme compagnie. On a eu de petits instants de déprime, j’en vis encore par moments, mais dans l’ensemble, ça va bien.

Photo Courtoisie Th��tre de la LNI

Justement, qu’est-ce que vous faites pour étancher votre soif d’impro pendant la pandémie?

J’ai essayé de regarder un petit peu ce qui se faisait par ZOOM et tout ça, mais je pense que je ne suis pas le bon spectateur pour ça. J’aime bien quand ça se fait en personne dans une salle où les spectateurs et les artistes sont ensemble. On partage une espèce de moment unique.

Ce qu’on vit en ce moment demande une grande capacité d’adaptation. Quand on est improvisateur, on doit avoir la faculté de se revirer sur un dix cennes?

Je pense que oui. Je pense que je suis profondément improvisateur. Quand les situations changent, je m’adapte. Sans être insensibles, les improvisateurs vont trouver un autre chemin pour arriver à quelque chose d’intéressant et de satisfaisant. Notre cerveau fonctionne comme ça.

Photo Courtoisie Th��tre de la LNI

Plusieurs vous ont connu comme animateur à RDI Junior. Suivez-vous encore l’actualité ou si, au contraire, vous avez besoin de prendre des petites pauses à cause de ce qu’on vit en ce moment?

RDI Junior, c’était de 2000 à 2003, et cette période de ma vie a laissé des traces. J’ai beaucoup, beaucoup regardé l’actualité dans les derniers mois. Au contraire, on dirait que ça me donne une emprise sur la vie, sur la réalité, sur ce qui s’en vient. Ça m’aide dans mes prises de position et à porter un regard plus aiguisé sur notre société en général.

Photo Courtoisie Th��tre de la LNI

S’il y a quelque chose qui revient beaucoup dans l’actualité, c’est l’inquiétude du milieu culturel, particulièrement en ce qui a trait aux arts de la scène. À quoi ressemblera la LNI post-COVID-19?

On est en train de dessiner un scénario de possibilités. Je ne suis pas le plus grand fan [des impros en vidéo], mais ç’a plein de qualités. Si on fait des vidéos, comme compagnie, on a toutefois le souci de faire quelque chose d’agréable à regarder. Tu vois, j’ai vu le résumé de ce que les libéraux avaient fait pour annoncer leur nouvelle chef à Infoman et je me suis dit que c’était exactement ce que je n’avais pas envie de faire pour notre remise de trophées!

Le 17 juin, le Théâtre de la LNI a publié un rapport concernant l’état de l’improvisation théâtrale au Québec. Vous suggérez notamment la mise sur pied d’une association professionnelle. Qu’est-ce ça va changer concrètement pour les joueurs?

L’objectif de la pérennité, pour moi, c’est surtout pour les compagnies et la discipline en tant que telle. C’est dans ce souci-là... L’Association va donner de meilleurs moyens de production, de meilleurs cachets. On est pratiquement rémunérés au cachet minimum à la LNI et on est la seule compagnie professionnelle d’improvisation qui travaille avec une entente collective comme l’Union des artistes (UDA). On arrive à un moment dans le développement de cette discipline-là où il faut que le milieu se structure et se professionnalise.

L’improvisation théâtrale a été inventée par Robert Gravel et ses collègues il y a plus de 40 ans. C’est un joyau québécois. Comment se fait-il qu’une association comme celle-là n’ait pas été créée avant?

C’est un milieu qui est très peu documenté en vidéo et en livre, et c’est une forme d’art qui est éphémère. Je pense que ça n’a pas aidé. On est également considérés par les gens du théâtre comme étant un peu à cheval sur la discipline. Si je faisais un raccourci, je dirais qu’on est un peu vus comme des clowns ou comme faisant partie de la variété. Tout ça mis ensemble, je pense que ça fait que ça a retardé cette évolution-là.

Photo Courtoisie Th��tre de la LNI

Traditionnellement, l’impro reprend les codes du hockey. En tout cas, c’est le cas avec la LNI. Est-ce qu’on gagnerait à encadrer l’impro en s’inspirant de la structure d’une ligne sportive?

C’est discuté, mais il y a des craintes parce qu’on dirait que la compétition comme telle est considérée comme problématique dans notre pratique. Ce qu’on fait, c’est une mise en scène de la compétition. À la LNI, on se dit souvent que la compétition, c’est l’affaire des spectateurs. Les artistes travaillent en collaboration. Ce n’est pas deux équipes de quatre... C’est une équipe de huit!

Souvent, l’impro sert de tremplin pour les comédiens, les humoristes et même les animateurs télé. Ce n’est pas perçu comme une carrière en soi. Est-ce que c’est quelque chose que vous aspirez à changer avec l’association?

Oui, c’est clairement dans nos objectifs. Ça n’a pas de sens qu’au Québec, où il se fait tant d’improvisation, on n’arrive pas à gagner notre vie en faisant de l’impro. Les joueurs de la LNI font plusieurs spectacles par semaine et ils ne sont pas payés pour plusieurs d’entre eux. Nous, on fait des contrats UDA et le Punch Club a trouvé une manière de rémunérer son monde, sauf que c’est loin d’être le cas pour toutes les ligues. Pourtant, ce sont des spectacles de grande qualité. À mon sens, ça doit changer.