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Sécheresse & canicule : la récolte de maïs menacée

C’est la première fois en 40 ans qu’il manque d’eau à peu près partout au Québec

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Un producteur de maïs sucré de la Montérégie craint de perdre 80 % de sa récolte s’il ne reçoit pas plus d’eau que les timides 10 millimètres de pluie d’avant-hier.

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«Il faut qu’il mouille davantage. Je n’ai jamais vu ça en 40 ans des plants aussi secs que ça en juin», s’inquiète Michel Meunier, un producteur de cinquième génération, qui vend notamment son maïs au marché Atwater.

«On irrigue environ 20 % de la superficie. Il nous reste assez (d’eau) pour une fois ou deux fois. Ensuite, ça sera fini», ajoute son fils Mikael Meunier, copropriétaire de la ferme qui porte le nom de son père, à Saint-Jean-sur-Richelieu. 

La sécheresse affecte pratiquement toutes les régions du Québec, affirme le directeur général de l’Union des producteurs agricoles (UPA), Charles-Félix Ross. 

Mikael et son père, Michel Meunier, de la ferme portant le même nom montrent un plant de maïs d’à peine 20 centimètres, qui devrait normalement dépasser 1,2 mètre à ce stade-ci de la saison.
Photo Francis Halin
Mikael et son père, Michel Meunier, de la ferme portant le même nom montrent un plant de maïs d’à peine 20 centimètres, qui devrait normalement dépasser 1,2 mètre à ce stade-ci de la saison.

«On a eu plusieurs épisodes de sécheresse, mais ce qui est différent cette année, c’est que c’est très tôt : il manque d’eau partout. Ça touche la très grande majorité des producteurs de maïs sucré.»

Les agriculteurs ne savent plus où donner de la tête tellement la terre est sèche. Certaines régions du Québec ont reçu deux fois moins de pluie que la moyenne historique de 1981-2010, selon Agrométéo. 

Hausse de prix

Pour Catherine Brodeur, v.-p., études économiques, au Groupe AGÉCO, spécialisé en économie agroalimentaire, la sécheresse arrive alors que les plants ont besoin d’eau pour se développer.

«Ça pourrait avoir un impact sur les prix du maïs sucré, qui arrive à maturité tôt. Si cette récolte-là est compromise par la sécheresse, on risque d’en ressentir les effets sur nos bonnes vieilles épluchettes», a-t-elle imagé.

Un avis que nuance le professeur de management de l’Université Dalhousie, Sylvain Charlebois, de peur de mettre la charrue avant les bœufs.

«L’UPA est toujours alarmiste avec la météo, mais c’est vrai que la situation va se détériorer si ça continue ces deux prochaines semaines. En Ontario et dans l’Ouest canadien, ils ont investi dans les systèmes d’irrigation, il serait temps de faire la même chose ici», a-t-il analysé.

Comme sur cette photo, les plants de maïs devraient normalement dépasser 1,2 mètre à ce stade-ci de la saison.
Photo Adobe Stock
Comme sur cette photo, les plants de maïs devraient normalement dépasser 1,2 mètre à ce stade-ci de la saison.

Systèmes d’irrigation

À la Ferme Michel Meunier, c’est exactement le constat qu’a fait la famille. 

Face à l’ampleur de la catastrophe, elle a fait appel à une firme de l’extérieur, qui vient de lui installer un système d’irrigation de 100 000 $.

«En sauvant 20 % de la récolte, on pourrait ne pas faire de déficit. S’il mouille, on pensera peut-être à faire des profits, mais sinon, si ça arrive juste à zéro, on sera bien contents vu la situation», a expliqué Mikael Meunier.

Quand on lui demande si les changements climatiques ont un impact sur cette vague de chaleur, il prend une respiration avant de se lancer.

«Avant, on entendait des histoires du Midwest américain où il y avait des sécheresses, mais depuis 10 ans, on a dû irriguer au moins sept fois nous aussi. Le maïs tolère bien le temps sec, mais là, il n’y a juste plus d’eau», conclut Mikael Meunier, avant de filer dans son camion, qui soulève la terre sèche en gros nuages de poussière.


♦ En 2018, plus de 266 sur 667, soit près de 40 % des exploitations agricoles de maïs sucré se trouvaient en Montérégie, et près de 90 % de la production était transformée dans cette région, selon le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ).