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Masques: la politique avant la santé?

Fran�ois Legault
Photo Pierre-Paul Poulin Dr Horacio Arruda

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La propagation du virus s’accélère dans le monde et a connu un rebond au Canada ces derniers jours.

C’est logique : plus les gens sortent, plus il y a de rapprochements, plus il y a de transmission.

Autour de moi, à vue d’œil, je dirais que 20 ou 25 % des gens portent un masque. Pas davantage.

Consensus

En temps normal, on pourrait souhaiter davantage d’études sur l’efficacité des masques.

Mais nous manquons de temps et rien n’est normal.

À défaut d’unanimité, il y a indiscutablement un consensus dans la communauté scientifique : le port du masque n’est pas une solution magique, mais il réduit la propagation, protège les autres, sauve des vies, et facilite le retour à la quasi-normalité.

Dans un tas de villes, il est obligatoire dans les transports en commun et dans les autres lieux publics fermés où la distanciation est difficile.

Il est révélateur que nos dirigeants – Legault et Trudeau – le portent pour montrer l’exemple, et qu’il soit si habituel en Asie, où l’on s’y connaît en virus vicieux.

Il n’est cependant efficace que s’il est porté par une solide majorité.

Soyons réalistes : la COVID-19 sera avec nous jusqu’à ce qu’un vaccin soit disponible.

Il faut donc, à moins de préférer rester barricadés chez nous, gérer le risque de la manière la plus rationnelle et la plus responsable possible.

De ce point de vue, le port du masque est un acte de bon sens, de civisme et de solidarité authentique.

Dans ce contexte, la politesse m’interdit d’utiliser les mots que mérite le refus de le porter au nom du « il-fait-trop-chaud-et-c’est-pas-confortable ».

Pourquoi est-il si peu répandu chez nous ?

Certes, il ne fait pas partie de nos habitudes, contrairement aux sociétés asiatiques.

Certes, des gens ne comprennent toujours pas qu’on peut soi-même ne rien ressentir, mais être porteur du virus et contaminer autrui.

Mais il y a aussi le discours évolutif et confus des autorités.

Au début, ce fut : « pas nécessaire et contre-productif parce qu’il donne un faux sentiment de sécurité ».

Puis, « si vous voulez, mais lavez--vous les mains et gardez vos distances ».

Puis, « c’est sûr que ça peut pas nuire, ça peut même aider ».

Puis, « on le recommande ».

Maintenant, c’est « on le recommande fortement ».

Et ceux qui nous ont servi ce strip-tease intellectuel ne sortent plus eux-mêmes en public sans le porter !

Agir

Alors, pourquoi ne pas faire ce que le bon sens commande et le rendre obligatoire dans les lieux publics fermés, surtout au moment où l’on rouvre gymnases, cinémas, salles de spectacles, lieux de culte, etc. ?

L’explication de cette réticence des autorités n’est pas dans la difficulté à faire respecter la mesure.

L’explication est que le gouvernement sait qu’il se ferait demander : pourquoi avez-vous tant tardé ? Pourquoi cette volte-face ? Admettez-vous vos torts ?

Il y aurait un prix politique à payer.

Sur cette question du masque, le calcul politique semble passer avant la prudence sanitaire.

C’est très regrettable. Mais il n’est jamais trop tard pour bien faire.