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Brésil: Bolsonaro relooke sa com pour sauver son mandat

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Rio de Janeiro | Avec son nouveau ministère des Communications, le président brésilien Jair Bolsonaro veut redorer l’image d’un gouvernement secoué par une crise politique qui pourrait lui coûter son mandat. 

Le choix du ministre pour ce portefeuille qui vient d’être créé est loin d’être anodin: Fabio Faria, 42 ans, est le gendre de Silvio Santos, le patron de SBT, une des plus grandes chaînes hertziennes du Brésil.

Jeune, fringant et charismatique, le ministre a insisté sitôt entré dans ses fonctions, la semaine dernière, sur l’importance de «pacifier» le pays en proposant un «armistice patriotique», une sorte d’union sacrée pour combattre le coronavirus, dont le Brésil est le deuxième foyer dans le monde, après les États-Unis.

Tout l’inverse du ton belliqueux d’un Bolsonaro impulsif et corona-sceptique, en conflit perpétuel avec le Parlement, la Cour suprême et les gouverneurs ayant mis en place des mesures de confinement pour tenter d’endiguer la pandémie.

Le président entretient depuis le début de son mandat des relations très conflictuelles avec une partie de la presse, qu’il traite souvent avec mépris et qui le lui rend bien. Il a affirmé que les journalistes étaient «une espèce en voie d’extinction».

«Propagande»

Pour donner une image plus respectable du gouvernement, Fabio Faria va aussi devoir s’affirmer face à un «cabinet de la haine», qui serait mené par Carlos Bolsonaro, le fils cadet du président d’extrême droite.

Ce groupe informel qui opère du palais présidentiel de Planalto est à l’origine de campagnes incendiaires sur les réseaux sociaux contre les ennemis de Jair Bolsonaro. Il est aussi soupçonné de disséminer de fausses informations.

«Le président Bolsonaro est soucieux d’améliorer son image et ses relations avec les autres pouvoirs. (...) Le principal défi de Fabio Faria est de permettre une meilleure gouvernabilité«, explique à l’AFP le consultant politique indépendant André Rosa.

Autre atout du nouveau ministre: il est député du «Centrão», un groupe de 200 parlementaires d’une douzaine de partis centristes, près du tiers des sièges de la Chambre.

Leur vote serait décisif en cas d’ouverture d’une procédure de destitution de Jair Bolsonaro, soupçonné entre autres d’ingérence dans des enquêtes policières visant ses proches.

«Au sein d’un gouvernement plein de militaires (10 sur 23 ministres), la communication est loin d’être fluide et une personnalité charismatique comme Fabio Faria peut rassurer le Parlement», ajoute André Rosa.

«La guerre de l’information est très importante, c’est pourquoi j’ai décidé de recréer le ministère des Communications», avait annoncé le président il y a quinze jours.

«Le ministère de la Propagande a été recréé«, a ironisé sur Twitter Sergio Moro, l’ancien ministre de la Justice, qui avait claqué la porte il y a deux mois.

Une référence aux régimes totalitaires, mais aussi au Département de Presse et Propagande créé en 1939 par le président Getulio Vargas au moment de l’Estado Novo, un régime d’inspiration fasciste, pour museler la presse et diffuser massivement l’idéologie du gouvernement.

Le ministère des Communications avait été créé en 1967, en pleine dictature militaire. Il est resté en place ensuite, avant d’être absorbé par le ministère des Sciences et Technologies en 2016, sous la présidence de Michel Temer.

La 5G en ligne de mire

Le ministère est aussi chargé de l’attribution des concessions pour les chaînes hertziennes et des dépenses du gouvernement en publicité institutionnelle dans les grands médias.

Jair Bolsonaro a menacé à plusieurs reprises de priver de cette manne des journaux ou des chaînes de télévision trop critiques envers lui.

«Bolsonaro veut clairement se rapprocher de certains groupes de presse qui lui sont plus favorables», estime Fernando Nogueira, un spécialiste en administration publique à la Fondation Getulio Vargas.

La Fédération Nationale des Journalistes (Fenaj) du Brésil a dénoncé dans un communiqué un «conflit d’intérêts» de Fabio Faria, en raison de ses liens étroits avec un des plus grands magnats de la télévision du pays.

Depuis son élection, en 2018, le président a donné plusieurs interviews à SBT, mais aussi à Record, détenue par un puissant pasteur évangélique, snobant la principale chaîne du Brésil, TV Globo, très critique à l’égard de son gouvernement.

Outre la communication du gouvernement, le ministère devra aussi gérer des dossiers brûlants liés aux télécommunications, comme l’appel d’offres pour la 5G prévu pour 2021, avec l’opérateur chinois Huawei en pole position.