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Il est temps de rendre les masques obligatoires pour prévenir le pire

Il est temps de rendre les masques obligatoires pour prévenir le pire
Photo Agence QMI, Joël Lemay

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Dans une situation de crise sanitaire, telle que cette pandémie mondiale, nos actions individuelles et collectives ont des conséquences directement proportionnelles à la propagation du coronavirus, à notre capacité à le contenir et à ses dommages sur les vies humaines, la santé et l’économie.

En adoptant diverses mesures – rester à la maison, maintenir une distance physique de deux mètres, ne pas se toucher le visage, éviter les déplacements non essentiels et confiner les aînés dans les différents centres d’hébergement –, nous avons réussi à réduire la propagation du virus et à sauver des milliers de vies. Les domaines qui nécessitent encore une attention particulière sont la mise au point de tests généralisés, rapides et précis, ainsi que le suivi méticuleux et l'isolement strict des personnes présumées infectées.

Chacune de ces mesures contribue à réduire le «R0», qui est le terme mathématique pour désigner le nombre moyen de nouveaux cas attribuables à un seul individu infecté. Puisqu’aucun vaccin ni aucun traitement efficace n’est présentement disponible, la réduction de ce R0 constitue la meilleure stratégie pour freiner la propagation exponentielle du virus et vaincre la pandémie.

L’arrêt des activités économiques et sociales était une mesure temporaire destinée à «aplatir la courbe» de sorte à répartir les infections sur une plus longue période de temps et ainsi ne pas dépasser la capacité maximale de nos hôpitaux à traiter les malades et à sauver des vies. Le confinement avait aussi pour but de permettre aux travailleurs de la santé d’optimiser leurs stratégies thérapeutiques et au gouvernement de mettre en place des mesures sécuritaires. Le confinement n'a toutefois jamais été une option viable à long terme en raison des dommages irréversibles à l'économie et à la santé, qui affectent des millions de personnes.

Saviez-vous que le moyen le plus simple de réduire la transmission du virus sans arrêter notre économie est de porter un masque? Alors que notre gouvernement continue de déconfiner progressivement notre société, le port obligatoire du masque dans tous les espaces publics intérieurs doit figurer en tête de liste. L’efficacité de cette stratégie, qui profite à la société et à l’économie dans son ensemble, est soutenue par la science clinique et fondamentale ainsi que par la modélisation mathématique.

Pourtant, malgré toutes les études qui démontrent que le port universel du masque est la mesure la plus efficace pour vaincre la pandémie, nos responsables de la santé publique n'ont pas encore rendu les masques obligatoires dans les lieux publics de la Belle Province. Certains responsables de la santé publique favorisent principalement le lavage des mains, et ce, malgré l’absence d’études soutenant que le lavage des mains est efficace. Quelle ironie!

Le virus se propage par le biais de gouttelettes respiratoires qui sont non seulement générées par la toux ou les éternuements, mais aussi par la parole, les soupirs et la respiration. Il existe également de nombreuses preuves scientifiques que des gouttelettes plus petites, ou «aérosols», permettent au virus de rester en suspension dans l’air pendant des heures et de parcourir de grandes distances.

Étant donné que nous pouvons tous, inconsciemment, transmettre le virus avant même d’en ressentir les symptômes, le port du masque, qui retient nos propres gouttelettes infectieuses, a un rôle crucial pour freiner la propagation de la maladie. Les masques nous rappellent également d'éviter de nous toucher la bouche, le nez et les yeux.

Bien que les masques non médicaux et artisanaux ne garantissent pas une protection totale, ils peuvent bloquer partiellement l'entrée de particules virales et empêcher plus efficacement les gouttelettes et aérosols respiratoires d'être expulsés, ce qui contribue donc à réduire les risques de transmissions communautaires. Il faut que les gens comprennent rapidement le concept que «mon masque vous protège, et votre masque me protège».

Alors qu’initialement notre gouvernement a déclaré les masques comme étant «potentiellement dangereux» parce qu’ils créeraient un faux sentiment de sécurité, des sociétés comme Costco, Air Canada, Uber, de même que les épiceries du coin ouvrent la voie en rendant les masques obligatoires. Ce n'est que récemment que le gouvernement a changé de position pour recommander le port du masque dans les transports en commun et dans les espaces publics intérieurs pour aider le Québec à aplatir la courbe. L’Organisation mondiale de la Santé et la Dre Theresa Tam, administratrice en chef de l’Agence de la santé publique du Canada, ont aussi revu récemment leurs positions et recommandent maintenant le port du masque.

Bien que le port du masque soit une excellente recommandation de santé publique et un pas de plus dans la bonne direction, il reste qu’il s'agit encore d'une simple «recommandation» et que trop peu de Québécois répondent à l’appel. Or, la science indique que pour que être efficace et vaincre la pandémie, au moins 80% de la population doit adopter le port du masque.

Les gouvernements provinciaux doivent donc continuer de promouvoir énergiquement le port du masque, mais surtout rendre son utilisation obligatoire par des lois et des sanctions visant à en assurer la conformité.

Le port généralisé du masque est une solution disponible, rapide et rentable qui sauvera des vies et remettra la société au travail, tout en relançant nos habitudes de consommation. Il suffit d’avoir le courage et la volonté d'exiger que la population change ses normes culturelles et accepte le port du masque comme une nouvelle norme temporaire, et d’intégrer ce message dans des campagnes massives d'éducation publique. Les gouvernements devraient également garantir la disponibilité des masques aux personnes défavorisées qui ne peuvent pas en acheter ou en fabriquer.

La municipalité de Côte Saint-Luc (Montréal) est la première à rendre obligatoire le port du masque au Québec. Or, toutes les communautés urbaines de la province ont un urgent besoin de règlements similaires pour mettre fin à cette pandémie. Étant donné la nature d'urgence de la pandémie, les maires de toutes les municipalités ont légalement le droit de faire ce que le maire de Côte Saint-Luc a eu le courage de faire.

Les pays qui ont adopté très tôt l'utilisation obligatoire du masque ont non seulement mieux maîtrisé ou vaincu la pandémie, mais ils ont également obtenu des résultats positifs importants pour leur économie. À ce jour, plus de 120 pays et 40 États américains ont rendu obligatoire le port du masque dans diverses conditions. Nous exhortons le Québec à en faire autant.

Le temps presse, car nous cherchons tous à nous remettre le plus rapidement possible physiquement, émotionnellement et financièrement de la pire crise de notre génération. La science nous dit que le port universel du masque est un élément central de la solution. Alors qu'attendons-nous?

DR AVI WALLERSTEIN, MD; DR MARK COHEN, MD, CM; DR MATHIEU GAUVIN, PHD