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La légende du Victoria

Le septuagénaire Michel Gagnon vient de franchir le cap des 7000 sets de tennis joués au club de Québec

À la retraite depuis 20 ans, Michel Gagnon profite des joies du tennis à temps plein, quand il n’est pas en train de diriger des dégustations de vin, son autre passion.
Photo Jean-François Desgagnés À la retraite depuis 20 ans, Michel Gagnon profite des joies du tennis à temps plein, quand il n’est pas en train de diriger des dégustations de vin, son autre passion.

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Pour ses deux enfants, il est le modèle inimitable du bon père actif. Pour ses anciens élèves, il est un enseignant inspirant. Pour ses compagnons de jeu au tennis, il est un petit jeune fringant de 76 ans. Pour tous ceux qui l’ont vu enfiler 7000 manches en 49 ans sur les terrains de son club fétiche, Michel Gagnon est la légende du Victoria.

M. Gagnon s’adonne au tennis à son club de prédilection, de mai à septembre, depuis 1972. Quand Le Journal l’a rencontré, il disputait sa 7000e manche sur les terrains de l’endroit, par une chaleur torride. Pas de quoi déstabiliser l’empereur local de la petite balle jaune.

« J’ai vécu toutes les conditions. Je me souviens encore qu’en juillet 2001, la température atteignait 48 avec le facteur humidex. C’est un record ! En 2002, j’ai aussi joué un match d’une durée de 4 h 05 min sans arrêter », lance celui qui se fait une fierté de jouer beau temps mauvais temps et qui note soigneusement, à la main, ses performances dans un cahier.

L’homme dans une forme resplendissante tient aussi à apporter une précision importante. Pour ses 7000 sets, il a abattu le boulot en simple.

« Le double, ça m’endort », martèle en riant l’increvable septuagénaire.

Pour avoir la paix

C’est donc une moyenne de 150 manches par an depuis près de 50 ans que M. Gagnon a disputées à l’extérieur. Et c’est sans compter tout le tennis intérieur qui s’ajoute à sa feuille de route.

Le pire, c’est qu’il a découvert le tennis un peu par hasard. Le jeune garçon turbulent de l’époque, qui tenait difficilement en place à l’école secondaire Montmorency, a tôt fait de comprendre que le court lui servirait d’exutoire.

« J’ai joué assez jeune à l’école parce que les frères m’envoyaient là pour avoir la paix de moi. Disons que je dérangeais un peu les autres », explique-t-il, un sourire malicieux accroché au visage.

Bouger est ainsi devenu une nécessité dans la vie de M. Gagnon. Depuis le 30 décembre 1970, soit tout près de 50 ans, il s’est juré de faire de l’exercice physique à raison de six jours par semaine. La promesse tient toujours le coup.

Fini, le confinement

Durant les derniers mois de confinement, la marche et la course ont meublé son quotidien, mais rien ne pouvait se comparer au plaisir inégalé de sortir la raquette pour tabasser la balle.

« C’est sûr que le tennis m’a manqué. Dès la première heure d’ouverture le 18 mai, j’étais là. Je m’ennuyais de la compétition. 

« Les joueurs ne me surnomment pas la légende du Victoria pour rien. Je ne refuse de jouer contre personne. C’est comme ça qu’on s’améliore. J’ai gagné mon premier tournoi à 49 ans et j’apprends toujours. Mon jeu n’a rien de spectaculaire, mais je ne lâche jamais et je retourne toutes les balles », avise-t-il.

La barbe aux jeunes

Michel Gagnon a donc tout connu au Tennis Victoria. Même la terre battue, une époque révolue depuis la fin des années 1970. Il ne faudrait surtout pas croire que ce vaste bagage fait de lui un vieux. Au contraire, les jeunes raquettes n’ont qu’à bien se tenir.

« Je joue toujours contre des plus jeunes parce que le défi est plus intéressant. Quand je m’inscris à un tournoi, ça n’arrive à peu près jamais que je ne me rende pas au moins en demi-finale. J’en ai gagné un paquet », assure le doyen du club.

Au fil du temps, des centaines d’adversaires de tous les horizons ont défilé devant Michel Gagnon. La rumeur veut même qu’un jour, un anesthésiste ait été endormi par le jeu du patriarche...

Si c’est la légende du Victoria qui le dit, il faut le croire sur parole.