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La purge contre le mot «blanc»

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Photo d'archives, AFP

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Il n’est pas inutile de le redire: la mort de George Floyd, aux États-Unis, a bouleversé avec raison l’ensemble de nos sociétés, et elle a engendré une réflexion sérieuse sur le dérèglement de la violence policière aux États-Unis.

Mais il faut oser dire aussi que ce mouvement s’est laissé emporter idéologiquement et qu’il n’a plus rien à voir avec l’émotion légitime du début. Nous sommes passés de la révolte à la purge, et pour tout dire, à un climat de psychose généralisé. 

On l’a d’abord vu avec le mouvement pour déboulonner et vandaliser les statues, qui se poursuit actuellement, et qui en est venu à viser très rapidement des personnages comme Christophe Colomb, Victor Schœlcher, Winston Churchill et le général de Gaulle

On l’a vu aussi avec la généralisation du rituel pénitentiel poussant les «Blancs» à s’agenouiller, en croyant poser ainsi un geste de réconciliation, alors qu’ils se soumettaient surtout au racialisme dominant et aux exigences du politiquement correct (d’ailleurs, dans les grandes manifestations des dernières semaines, les règles sanitaires des temps pandémiques ne tiennent plus vraiment, comme si le bon étendard suffisait à éloigner la COVID-19). 

La culture woke déborde des campus et inonde la cité et donne un visage postmoderne à l’autocritique maoïste d’il y a quelques décennies. Il est désormais bien vu, dans les milieux qui cultivent la branchitude, de confesser publiquement ses privilèges, et de promettre de s’en dépouiller pour devenir un «allié» exemplaire de la révolution racialiste. 

On l’a encore vu avec les sanctions rendues contre une journaliste de CBC, punie pour avoir cité le titre d’un ouvrage dans une rencontre de travail et s’excusant ensuite de la plus piteuse manière en s’accusant d’avoir manqué de sensibilité et d’avoir tenu des propos offensants.

On le voit toujours avec le changement annoncé par la populaire émission Les Simpson, qui ne permettra plus à des «Blancs» de prêter leur voix à des personnages qui ne le sont pas

On continue de le voir avec L’Oréal, qui, pour participer à la présente dynamique, supprime les mots «blancs», «blanchissants» et «clairs» de ses produits. 

Il ne faut pas oublier de mentionner les œuvres qui sont déprogrammées ou retirées temporairement pour être «recontextualisées», comme certains épisodes de South Park ou d'Autant en emporte le vent

Et on pourrait ajouter bien des exemples.

Tout cela commence à ressembler à une purge. 

Mais que personne ne le dise: le grand méchant homme blanc est le salaud de l’histoire universelle et il devra expier ses péchés jusqu’à la fin des temps, en s’excusant même d’exister. C’est lui qui a le monopole du mal dans l’histoire. Il a commis le péché originel. Lui seul serait capable de racisme.

Sa culpabilité est définitive et ontologique. Qu’il s’autoflagelle et se taise, qu’il «écoute», comme on dit, même quand l’idéologie dominante devient délirante. L’heure est venue pour lui de s’effacer volontairement. C’est seulement ainsi qu’il connaîtra la rédemption. 

Et qui refuse de se soumettre à ce mouvement, naturellement, se rend coupable de racisme et doit être puni pour cela de manière exemplaire. Qui refuse de penser le monde dans ces termes et de racialiser l’existence se transforme en paria.

La liberté d’expression, on nous le répète désormais régulièrement, ne devrait pas être celle de tenir des propos contredisant l’idéologie dominante – qui ose le faire est accusé de verser dans les «propos haineux».

Nous sommes en train de perdre la raison.