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Notre drapeau sur le web

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Photo Jean-François Desgagnés Au lieu d’embrasser le «.quebec», le gouvernement Couillard fit adopter en 2014 une directive afin d’en interdire l’utilisation.

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Plusieurs se sont scandalisés de l’absence du drapeau du Québec lors du spectacle de la fête nationale.

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Je ne reviendrai pas sur cet inexplicable – autant qu’inexcusable – oubli symbolique. Car je veux en souligner un autre plus dommageable encore : le refus de l’État québécois d’utiliser, sur le web, un suffixe propre au Québec, le «.quebec».

Pourtant, des porteurs de drapeaux y ont travaillé ardemment depuis quelque 15 ans.

Charest-Bachand

En 2008, l’OBNL PointQuebec avait sollicité le gouvernement pour l’aider dans ses démarches auprès de l’Internet Corporation for Assigned Names and Numbers (ICANN).

Minoritaires et en quête de votes chez les francophones à l’époque – mais aussi authentiquement sensibles au positionnement international du Québec – le libéral Jean Charest et son ministre de l’Économie, Raymond Bachand, l’avaient appuyé officiellement.

M. Bachand avait même fait adopter, à l’unanimité, une remarquable motion à l’Assemblée nationale. Il avait alors souligné que depuis 2006, une autre nation non souveraine, la Catalogne, utilisait son «.cat».

Daniel Turp, du PQ et Christian Lévesque de l’ADQ (qui jouera un rôle clé dans la fusion ADQ-CAQ) l’avaient félicité. Lévesque y voyait une nécessaire «visibilité supplémentaire» pour le «Québec dans le monde diplomatique et économique».

Couillard et Coiteux

PointQuébec obtint le suffixe et le droit de l’utiliser en novembre 2014, à l’époque du gouvernement Couillard (et Coiteux), pour qui, malheureusement, le souci du rayonnement du Québec était très faible.

Au lieu d’embrasser le «.quebec», ils firent adopter une directive afin d’en interdire l’utilisation ; et de lui préférer gouv.qc.ca! Le 18 novembre 2014, en chambre, les libéraux ont donc refusé de réitérer la «motion Bachand» de 2008.

Presque six ans plus tard, la CAQ de François Legault serait, dit-on, ouverte à révoquer la directive de 2014 et inclure le «.quebec» dans les adresses du secteur public.

On sait bien que le gouvernement a récemment été occupé par d’autres urgences. Mais il serait temps qu’il agisse, lui qui aime tant nous rappeler l’importance de l’autonomie.

Panierbleu.quebec

Il eût été normal, par exemple (comme l’écrit le président du conseil de «.Quebec», Claude Ménard, dans nos pages) que l’adresse de l’outil d’achat local Le Panier bleu comportât un .quebec plutôt que le .ca. Et que dire du jecontribue.ca, pour lequel le «.quebec» aurait dû s’imposer.

En 2008, Raymond Bachand soulignait qu’à l’ère où une bonne partie de la population adulte «consulte l’internet», «une extension générique de premier niveau serait un atout de plus pour notre identité et notre réussite».

C’est encore plus vrai 12 ans plus tard. Son adoption par l’État québécois pourrait avoir des effets symboliques comparables à l’introduction, en 1978, d’une plaque bleue comportant le «Je me souviens».

Selon des estimations remontant à 2014, les coûts n’ont rien d’extrême. Au pire, 12 millions $ pour la migration des adresses étatiques, disait-on à l’époque. 

Bien moins que pour nombre de campagnes gouvernementales éphémères. Et pour un résultat durable : un rappel constant, par une sorte de drapeau numérique, de l’existence d’une nation distincte, dans ce coin du net.