/world/opinion/columnists
Navigation

Après la pandémie, le bon et le moins bon

Coup d'oeil sur cet article

On s’entend, le monde ne sera plus tout à fait pareil. Le commerce international a été interrompu et plus personne n’ose vanter les vertus de la mondialisation. Le commerce local, lui, a été perturbé au point où certains restaurants et magasins que nous connaissions bien ne reviendront pas. Pour protéger leur population, les États s’ajustent. Pour le meilleur et pour le pire.

Le coronavirus depuis trois mois, c’est Taz, le diable de Tasmanie de Bugs Bunny : un tourbillon qui a tout emporté (ou presque) sur son passage, des vies, des emplois, des espoirs d’un avenir meilleur.

Le Fonds monétaire international, analysant les programmes de relance adoptés à travers le monde pour contrer l’effet de la bête, conclut que l’endettement public mondial sera plus élevé cette année que le PIB planétaire. Plus de dettes que d’activités économiques, faut le faire !

De manière concrète, on sait, aux États-Unis notamment, que ce sont les minorités qui seront le plus durement et le plus longuement touchées par les fermetures de commerces et d’entreprises. Les femmes, quant à elles, ont été démesurément ciblées par les mises à pied.

TOUT N’EST PAS PERDU

En d’autres mots, c’est un mal pour un bien. La pandémie aura fait ressortir d’immenses lacunes des systèmes de santé : aux États-Unis, bien sûr, mais chez nous aussi avec le carnage dans les résidences de soins de longue durée.

Les inégalités ont éclaté au grand jour : personne ne peut plus nier l’état de santé fragile de nombreux Afro-Américains, la disponibilité souvent limitée d’aliments de qualité et l’accès difficile à des soins préventifs abordables.

Heureusement, face à la crise, la recherche médicale a mis les bouchées doubles. Et il faut, comme le rappelait The Economist, garder espoir en cette fameuse « perturbation créatrice » qui nous pousse, en pleine détresse, à faire preuve d’une imagination délirante. Comme l’Allemand Karl von Drais, inventeur du vélo en réponse à l’épouvantable famine de 1815 qui avait entraîné la mort de milliers de chevaux.

C’EST POUR VOTRE BIEN

Il ne faut pas être naïf, la pandémie a fait le jeu des dictateurs, autocrates et autres « control freaks ». Aux Philippines, Rodrigo Duterte s’est vu octroyer des pouvoirs d’urgence pour combattre le coronavirus. En Hongrie, Viktor Orban peut désormais faire arrêter quiconque est soupçonné de colporter des « mensonges » sur la COVID. Et Recep Tayyip Erdogan a profité de la crise pour durcir son contrôle sur les médias, la Turquie étant déjà, selon Reporters sans frontières, « la plus grande prison du monde pour les journalistes professionnels ».

On nous surveille pour nous protéger, assure-t-on. La rapidité avec laquelle la contagion s’est faite et l’affligeant bilan des victimes justifient certainement des contrôles plus serrés. Un peu comme, après les attentats du 11 septembre 2001, nous avons convenu qu’on ne laisserait plus monter n’importe qui avec n’importe quoi dans les avions. 

L’ennui, c’est qu’en plus d’avoir sapé le charme qu’avait le transport aérien, les mesures antiterrorisme ont stimulé le développement de méthodes de surveillance et d’agences de sécurité qui s’immiscent toujours un peu plus dans notre vie privée. Et quand j’entends que la Chine est le modèle à suivre pour sa façon de retracer efficacement les malades de la Covid... franchement, j’ai la chienne.

Le coronavirus, l’excuse par excellence   

Partout, des régimes s’en sont servis pour raffermir leur autorité

Chine  

  • Arrestation d’activistes pro-démocratie à Hong Kong    

Algérie  

  • Interdiction des manifestations de l’Hirak, le mouvement de protestation contre le pouvoir en place    

Turquie  

  • Arrestation d’au moins 8 journalistes, accusés de « désinformation »    

Ouganda  

  • Répression anti-gai, justifiée par l’interdiction de se réunir en groupe    

Cambodge  

  • La loi d’urgence permet la surveillance illimitée des citoyens    

Azerbaïdjan  

  • Le président Ilham Aliyev justifie par la distanciation physique la nécessité d’« isoler » les membres de l’opposition    

Hongrie  

  • Le Parlement a remis au président Viktor Orban des pouvoirs illimités... et sans fin    

(Source : The Economist, Avril 2020)