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Le parcours du combattant

Les joueurs de la Première ligue canadienne veulent se syndiquer

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La pandémie laisse des traces partout sur son passage, et c’est très vrai dans le monde du sport, où bon nombre de clubs et de ligues professionnels subissent d’importantes pertes financières.

À sa seconde saison d’existence, la Première ligue canadienne de soccer (PLC) attend toujours de présenter un premier match en 2020 et elle perd de l’argent au point où, il y a quelques semaines, elle a imposé une réduction de salaire unilatérale de 25 % à tous les joueurs.

Normalement, un tel geste se serait négocié avec l’Association des joueurs. Mais voilà, même s’il y en a une, le circuit refuse de la reconnaître.

L’Association des footballeuses et footballeurs professionnels du Canada (PFACan) a vu le jour en février dernier, et son objectif est de représenter toutes les joueuses et tous les joueurs professionnels du Canada avec un accent sur les joueurs de la PLC.

La ligue refuse de reconnaître la PFACan même si celle-ci est soutenue par FIFPro, le syndicat international des joueurs de soccer.

Mutisme

Notons qu’aux fins de ce reportage, Le Journal a contacté par courriel la responsable des communications de la ligue, de même que le commissaire David Clanachan. Aucune suite n’a été donnée à ces deux demandes d’entrevue.

Paul Champ est un avocat spécialisé en droit du travail qui agit comme conseiller juridique pour la PFACan et il s’explique mal le mutisme de la ligue.

« On a contacté la ligue, on leur a dit qu’on comprenait que la situation était difficile et qu’on ne voulait pas négocier d’entente dans la première année. Nous reconnaître ne leur coûtera pas un sou », assure-t-il.

« Malheureusement, la ligue nous a tourné le dos. Nous sommes dans une situation où nous devons nous battre contre la ligue pour être reconnus. On ne croit pas que reconnaître une association nuira à la ligue, au contraire », ajoute-t-il.

« Le commissaire a été chef de la direction de Tim Hortons pendant plusieurs années, une organisation qui est antisyndicat », avance Paul Champ.

Mécontentement

La PFACan a commencé ses opérations tout juste avant le début de la pandémie, le contexte était donc très particulier.

« On se préparait à sensibiliser les joueurs partout au Canada en mars quand la crise a frappé, précise Paul Champ. On s’est demandé si c’était le bon moment, mais notre vision des choses a changé quand, au début avril, la ligue a annoncé que tous les salaires seraient amputés de 25 % sans consultation. Les joueurs n’étaient pas contents. »

À partir de ce moment-là, ce sont les joueurs qui ont fait les premiers pas vers l’association, et, en l’espace d’une semaine, 90 % d’entre eux avaient signé une carte d’adhésion virtuelle.

« C’est assez incroyable parce que, généralement, on réussit à convaincre 60 ou 70 % des employés. Je crois que ça vient du fait que les joueurs ont l’expérience de ces associations et ils ont réalisé qu’ils avaient besoin d’être représentés après la coupure de salaire. »

Nécessaire

Le circuit est jeune, mais il semble que le besoin de représentation de ses joueurs soit nécessaire.

« Plusieurs joueurs ont joué à l’étranger, et les associations de joueurs sont habituelles ailleurs dans le monde, et les joueurs étaient surpris d’apprendre qu’il n’y en avait pas de PLC », précise Paul Champ.

L’absence d’association des joueurs crée des inquiétudes parmi les joueurs venant d’ailleurs qui pourraient souhaiter venir jouer au Canada. « Pour avoir parlé à de nombreux agents, plusieurs d’entre eux n’étant pas basés au Canada, ils ont exprimé des inquiétudes parce que les joueurs n’ont pas d’association.

« Ça fait paraître une ligue plus professionnelle, ça aide à attirer des joueurs. »

Aide fédérale

Par ailleurs, la PFACan aimerait que la ligue rende des comptes sur la façon dont elle va dépenser les 15 M$ de dollars réclamés en aide fédérale.

« Nous posons des questions sur le retour au jeu. Si les équipes reçoivent des sommes du gouvernement, pourquoi maintiennent-elles les coupes salariales ? »

L’entraînement a repris en attendant que les choses avancent.

« On fait notre mieux pour rassurer les joueurs, certains sont inquiets, la ligue peut être intimidante.

« Ce n’est pas une situation agréable, mais les joueurs veulent jouer et ils comprennent la situation difficile que la ligue traverse actuellement », assure Paul Champ.