/misc
Navigation

Des tueurs à gages de Poutine en Afghanistan?

Des tueurs à gages de Poutine en Afghanistan?
Photo AFP

Coup d'oeil sur cet article

L’affaire soulève une grogne anti-Russes aux États-Unis. Le service de renseignement militaire russe GRU aurait offert de l’argent pour faire assassiner des militaires américains en Afghanistan. Selon le New York Times, les services secrets américains ont conclu que l’offre aurait été faite aux talibans, alors qu’ils étaient engagés dans des pourparlers de paix avec les États-Unis l’année dernière. Des militants islamistes, ou des associés criminels auraient collecté des primes pour des attaques réussies, rapporte le Washington Post.

L'année dernière a été la plus meurtrière en cinq ans pour les États-Unis en Afghanistan, avec 23 militaires tués.

Le Times a rapporté que le président Donald Trump avait été informé de ces opérations à la fin du mois de mars. Après qu'il a nié avoir été mis au courant, dans un premier temps, Trump est revenu à la charge en disant qu’il n’avait pas été alerté parce que les services secrets américains jugeaient l’information peu crédible. 

Mais les patrons des services secrets avaient d’autres raisons de ne pas en parler au président: l’étrange relation de Trump avec Poutine, qui l’a même amené lors de leur rencontre à Helsinki en 2018 à accorder plus de crédibilité au président russe qu’à ses propres services de renseignements. Les maîtres-espions américains ont peut-être voulu cacher à Trump leur découverte, de crainte que l’information soit transmise aux Russes qui pourraient ainsi avoir des indications quant aux «sources et aux méthodes» des Américains. Que peut bien savoir Poutine sur Trump qui l’oblige à avoir un comportement tellement obséquieux à son endroit?

Mais quelles pourraient être les raisons qui auraient amené les Russes à agir ainsi? Pour garder aux Américains un chien de leur chienne.

D’abord, Poutine a pu chercher à se venger d’une frappe aérienne américaine de 2018 en Syrie qui avait tué des dizaines de mercenaires russes. Moscou tentait peut-être aussi de faire dérailler les pourparlers de paix pour empêcher les États-Unis de s'extraire d’Afghanistan.

Ensuite, il y a la guerre d’Afghanistan des années 80. Les Russes soutenaient le gouvernement communiste de Kaboul, alors que la CIA fournissait armes, équipement et entraînement aux djihadistes. En 1989, Moscou a été contraint à une humiliante retraite permettant aux islamistes de prendre le pouvoir en Afghanistan.

«Opération Cyclone» était le nom de code du programme de la CIA pour soutenir les combattants islamistes formés par le service de renseignement militaire pakistanais, l’Inter-Services Intelligence (ISI), en étroite collaboration avec les États-Unis. Cyclone a été l'une des opérations secrètes les plus longues (1979-1989) et les plus coûteuses jamais entreprises par Washington.

Le directeur de la CIA, William Casey, envisageait même d’étendre la guerre en Union soviétique en diffusant à partir d’Afghanistan de la propagande subversive dans les républiques musulmanes du sud de l'URSS. Avec les Pakistanais, la CIA a fourni des milliers de corans, des livres sur les atrocités soviétiques en Afghanistan et les héros nationalistes musulmans d'Asie centrale.

Avant de se retourner contre les États-Unis, Oussama ben Laden était un de leurs principaux alliés dans la lutte contre les Russes en Afghanistan. Le fondateur d'Al-Qaïda dirigeait les volontaires venant des pays arabes. Jusqu’à 35 000 «arabes afghans» ont ainsi reçu une formation militaire au Pakistan.

Certains contestent que la CIA ait directement collaboré avec ben Laden. Mais il est indéniable que l'un des plus grands bénéficiaires de l’aide de la CIA était Djalâlouddine Haqqani, un proche allié de ben Laden. Le réseau Haqqani, qui faisait partie des talibans, a joué un rôle important dans la formation et la croissance d'Al-Qaïda, permettant à Ben Laden de former ses djihadistes sur le territoire qu’Haqqani contrôlait en Afghanistan.