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Les bottines doivent suivre les babines

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Justin Trudeau, comme les autres Canadiens, trouve que la situation dans nos CHSLD est inacceptable.

C’est dans une déclaration empreinte d’émotions qu’il nous a sermonnés la semaine dernière. 

« Les provinces ont échoué à protéger leurs aînés », nous dit-il. 

Le premier ministre a certainement droit à son opinion. Mais je suis irrité de voir le gouvernement fédéral arriver en sauveur des CHSLD alors qu’il se traîne les savates depuis des années pour aider les provinces en santé. 

Un transfert insuffisant

Avant de s’ingérer dans la gestion des systèmes de santé provinciaux, M. Trudeau devrait faire un petit examen de conscience. Les transferts fédéraux en santé sont insuffisants, et Ottawa s’est graduellement désengagé du financement de la santé, spécialement sous les gouvernements libéraux.   

Cette année, le Québec recevra un montant de 9,42 milliards d’Ottawa au titre du Transfert canadien en matière de santé (TCS). Cela représente approximativement 1100 $ par habitant, un montant identique pour toutes les provinces.

Ça fait beaucoup d’argent, me direz-vous. Le problème, c’est qu’entre 2000 et 2010, les dépenses de santé au Québec ont augmenté au rythme annuel moyen de 6,1 %. Depuis 10 ans, la croissance moyenne des dépenses a été de 4,4 % par année. 

Pendant les 5 années budgétaires du gouvernement Trudeau, le TCS versé au Québec a augmenté en moyenne de 3,75 % seulement. Le transfert n’a donc pas suivi les besoins, et l’écart continue de se creuser. 

Besoins en CHSLD

Par ailleurs, les provinces ont aujourd’hui des responsabilités accrues en matière de financement de soins de longue durée. Une tendance que l’on observe dans la plupart des pays de l’OCDE depuis des années.

Dans les pays de l’OCDE, les dépenses en soins de longue durée représentaient moins de 3,5 % du PIB en 1970. En 2010, on dépassait les 7 %. 

Entre 1990 et 2010, la part de ces dépenses engagées par le secteur public est passée de 12,5 % à 16 %. Une tendance à la hausse qui se poursuit toujours. 

Ce qui veut dire deux choses. D’abord, le coût augmente pour les gouvernements. Ensuite, cette pression se fait aussi subir sur les aînés, sur leurs familles et sur leurs assurances. 

Le Canada est membre à part entière de l’OCDE, et on s’explique difficilement pourquoi, apparemment, il a fallu la COVID-19 pour que M. Trudeau réalise l’ampleur de la tâche à accomplir. 

Une histoire qui se répète

Une nouvelle aide fédérale serait évidemment bienvenue pour faire mieux financer nos soins de longue durée. Mais Justin Trudeau doit être prudent lorsqu’il fait la morale aux provinces. 

De 1996 à 2003, pendant la lutte au déficit de son propre parti politique, les systèmes de santé provinciaux ont été pris en otage. 

À l’époque, Jean Chrétien avait fusionné plusieurs grands transferts fédéraux pour mieux les charcuter. Même la vérificatrice générale, Sheila Fraser, avait réprimandé Ottawa pour son manque de transparence.  

Vingt ans plus tard, avec la crise des CHSLD, les provinces se retrouvent une fois de plus à quémander pour qu’Ottawa finance sa juste part de la santé. 


Jean-Denis Garon est professeur à l’ESG-UQAM