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Premier gros chantier industriel depuis le début de la pandémie

La future usine produira du magnésium pour les constructeurs d’autos électriques et les alumineries

Alliance Magnésium
Photo courtoisie Des lingots de magnésium produits à l’usine pilote d’Alliance à Danville, dans les Cantons-de-l’Est.

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La pandémie n’aura pas eu raison de l’ambitieux projet de relancer la production de magnésium à partir de résidus d’amiante. Du métal 100 % québécois qui permettra de prolonger l’autonomie des voitures électriques.

« Comme tout le monde, c’est sûr qu’on a été inquiets, mais on a eu la chance de faire la clôture de notre financement juste avant vraiment la montée en flèche de la pandémie. Ç’a été tout un soulagement », raconte au Journal Joël Fournier, fondateur d’Alliance Magnésium.

L’entreprise québécoise a réuni 145 millions $ pour construire une usine à Danville, près d’Asbestos, en Estrie. 

Joël Fournier, le fondateur et grand patron d’Alliance Magnésium.
Photo courtoisie
Joël Fournier, le fondateur et grand patron d’Alliance Magnésium.

Parmi les principaux bailleurs de fonds, on compte un prêteur américain anonyme (50 millions $), le gouvernement du Québec (28,9 millions $), des investisseurs privés (27,4 millions $), le conglomérat japonais Marubeni (16,7 millions $), le gouvernement fédéral (12 millions $) et Fondaction CSN (10 millions $).

Lundi après-midi, les ministres Pierre Fitzgibbon et Marie-Claude Bibeau prendront part à une « pelletée de terre virtuelle » qui marquera le début des travaux.

Alliance a acquis les anciennes installations de Magnola, qui a produit du magnésium à partir de résidus d’amiante au tout début des années 2000. L’aventure s’était arrêtée abruptement après des investissements d’environ 1 milliard $, en raison de difficultés de marché.

« Au début, on passait un peu pour des illuminés », rigole M. Fournier.

Risques pour la santé ?

Le spécialiste en électrochimie croit toutefois que cette fois-ci est la bonne : depuis l’échec de Magnola, la demande annuelle pour le magnésium est passée de 300 000 à plus d’un million de tonnes. De plus, dit-il, plusieurs pays, dont les États-Unis, souhaitent devenir moins dépendants du premier producteur mondial, la Chine.

Comme pour Magnola, la matière première d’Alliance Magnésium, ce seront les montagnes de résidus d’amiante qui se sont accumulées dans la région d’Asbestos au fil des ans. 

Des médecins spécialisés en santé publique s’opposent à leur exploitation, craignant que celle-ci ne remette en suspension des fibres d’amiante et n’expose la population à un produit cancérigène.

Joël Fournier soutient que les habitants de la région ne courent aucun risque. 

« On ne perçoit pas du tout de crainte de la population, affirme-t-il. Les gens savent qu’on peut travailler sans danger avec ce genre de matériau là. »

De plus, note-t-il, le procédé d’Alliance Magnésium permettra de revaloriser jusqu’à 95 % des résidus d’amiante utilisés dans la production, contre à peine 30 % pour Magnola. En plus du magnésium, du fer, de la silice et du nickel pourront être extraits.

« Ces montagnes-là ne sont pas apparues en un jour, ç’a pris au-delà de 100 ans, lance-t-il. Si ça prend 100 ans pour les enlever, ça prendra 100 ans, mais au moins on les enlèvera. »

L'usine pilote a été en activité de mai 2015 jusqu’au début de 2020.
Photo courtoisie
L'usine pilote a été en activité de mai 2015 jusqu’au début de 2020.

Du magnésium « vert »

Selon M. Fournier, le magnésium produit à Danville sera « vert », de sorte qu’il sera parfait pour entrer dans la fabrication d’alliages avec de l’aluminium québécois. Ce métal léger est aussi très prisé des constructeurs de voitures électriques.

« Si on réduit le poids d’un véhicule, on allonge l’autonomie de la batterie », souligne l’entrepreneur.

Joël Fournier ne craint pas qu’Alliance Magnésium connaisse le même sort qu’Orbite. Cette entreprise, où il a travaillé, a échoué à produire de l’alumine en Gaspésie avec une méthode révolutionnaire. 

Avec Alliance, « on est vraiment dans la réutilisation de technologies existantes qu’on a réassemblées d’une autre façon », explique M. Fournier.

Malgré tout, « on n’a vraiment pas droit à l’erreur », admet-il. 

Investissements d’Alliance Magnésium 

  • Usine pilote : 16 millions $
  • Usine de démonstration : 145 millions $
  • Usine commerciale : 800 millions $

Quelques dates

  • 2000 : Ouverture de l’usine Magnola
  • 2003 : Fermeture de l’usine Magnola
  • 2012 : Fondation d’Alliance Magnésium
  • 2015 : Alliance démarre son usine pilote à Danville
  • 2017 : Production des premiers lingots de magnésium
  • 2020 : Début de la construction de l’usine de démonstration
  • 2021 : Première production à l’usine de démonstration
  • 2022 : Début de la construction de l’usine commerciale (prévision)