/finance
Navigation

Les nouvelles conditions de la SCHL, une «décision douteuse»

Des promoteurs estiment que les premiers acheteurs seront très affectés

Danielle Geldhof  - SCHL - Multi-Prêts
Photo Francis Halin La courtière hypothécaire Danielle Geldhof de chez Multi-Prêts de Saint-Basile-le-Grand, en Montérégie, n’est pas du même avis que plusieurs promoteurs. Elle estime que les changements de la SCHL auront peu d’impact sur les nouvelles demandes de prêts.

Coup d'oeil sur cet article

L’accès à la propriété pourrait être plus difficile à partir de demain, le 1er juillet, en raison du resserrement des critères de souscription de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL). Une décision douteuse, selon des promoteurs, alors que l’industrie cherche à reprendre son souffle.

Dès le 1er juillet, l’agence fédérale modifiera le pointage de crédit minimal exigé pour les demandes d’assurance prêt hypothécaire. L’acheteur devra avoir une cote de crédit d’au moins 680 au lieu de 600. Par ailleurs, les sources non traditionnelles de mise de fonds ne seront plus acceptées.

La SCHL dit avoir revu ses critères notamment en raison des impacts de la COVID-19 sur le marché de l’habitation. L’organisation prévoit une baisse des prix des propriétés de 9 à 18 %, au cours de la prochaine année. 

Selon le président de Terrain Dev, Patrick Bragoli, ce sont les premiers acheteurs qui pourraient souffrir davantage de cette décision. L’homme d’affaires de Québec indique qu’environ un de ses clients sur deux doit obtenir une assurance prêt hypothécaire.

«J’ai hâte de voir l’impact. C’est un peu contradictoire. Le mandat de la SCHL est de créer l’accès à la propriété. Là, ça fait plusieurs fois qu’ils resserrent leurs critères. Les gens ont besoin d’un coup de main», indique-t-il. 

Ce dernier mentionne que certaines institutions financières pourraient se tourner vers le secteur privé pour confirmer les prêts. D’ailleurs, les deux assureurs Genworth et Canada Guaranty, qui offrent aussi ces services, n’ont pas changé leurs règles d’admissibilité, pour le moment.

La réalité québécoise différente

Selon la coprésidente de Prével, une entreprise de plus de 100 employés et fondée il y a plus de 40 ans, l’accès à la propriété, c’est essentiel. Ce sont les jeunes qui pourraient être les plus affectés par ces nouvelles mesures.

«Ils [la SCHL] se fendent en quatre pour faire des programmes pour réussir à favoriser l’accès à la propriété et avoir du logement abordable, et là, ils s’en vont faire l’inverse avec des mesures destinées davantage pour Toronto et Vancouver que pour Montréal», déplore Laurence Vincent. 

«Ce n’est pas la première fois que les règles de la SCHL viennent perturber l’économie avec des mesures qui ne s’adressent pas à nous», poursuit-elle.

Selon Marc Lacasse, président du conseil de l’Association provinciale des courtiers immobiliers du Québec, il faut que la SCHL arrête de voir le Canada comme un tout. «On a des réalités différentes» par province.

«C’est un rêve qui vient de changer pour ces gens-là. Avant qu’ils puissent recommencer leur processus et regagner, ça peut-être long. Ils devront revoir leurs critères. Au lieu d’acheter une maison isolée, ils se tournent vers une maison jumelée. Ç’a un impact», souligne-t-il.

De son côté, la courtière hypothécaire Danielle Geldhof de Multi-Prêts de Saint-Basile-le-Grand, en Montérégie, estime que ces changements auront peu d’impact sur les nouvelles demandes de prêts.

«On s’attendait à ce que Genworth et Canada Guaranty suivent les mêmes règles. On a eu une première vague de panique, mais on a su quelques jours plus tard qu’elles n’allaient pas faire le même resserrement», affirme-t-elle, voyant plutôt cette situation comme une tempête dans un verre d’eau.