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Une bataille pour l’âme du PQ

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Ils seront finalement quatre à se disputer la direction du PQ.

On pourrait s’en foutre. Ce serait une erreur.

Une démocratie saine a besoin d’une vraie compétition entre les partis. 

La CAQ est présentement intouchable.

Mais il suffirait que la deuxième vague du virus soit mal gérée ou que la reprise économique toussote, et les cartes pourraient être rebrassées.

Divergences

La course pour la direction du PQ sera une lutte pour son âme tant les divergences sont profondes entre les candidats.

M. Gaudreault a un discours difficile à distinguer de celui de Québec solidaire tant les enjeux sociaux prennent le dessus sur la question nationale.

M. Bastien fait le pari qu’il y a un espace pour un candidat décidé à tordre le cou à la rectitude politique multiculturaliste et culpabilisante.

M. St-Pierre Plamondon se veut le candidat de la modernisation, mais il lui reste à expliquer ce qu’il veut précisément moderniser, et comment réconcilier cette modernisation avec le fait que l’indépendance est une réponse à des aspirations qui ont peu à voir avec l’air du temps.

M. Nantel est le candidat le plus connu et celui dont les positions sont... les moins connues. Ça viendra, j’imagine.

Le PQ se cherche souvent un « sauveur ». Les quatre candidats sont tous estimables, mais aucun d’entre eux n’a une pointure de sauveur.

Si le PQ veut avoir une chance de redevenir compétitif, il doit aussi comprendre les raisons profondes de sa lente glissade, commencée en 1995.

Elle a peu à voir avec tel ou tel de ses chefs successifs, et beaucoup à voir, évidemment, avec les deux défaites référendaires, surtout la seconde.

Mais il y a plus que cela.

Les souverainistes n’ont pas fait ce que les fédéralistes, dotés évidemment de moyens colossaux, ont brillamment fait : travailler sur le long terme et en visant surtout les mentalités des jeunes.

Beaucoup de jeunes pensent aujourd’hui à l’intérieur de catégories mentales qui rendent incompréhensible, aberrante, voire toxique l’idée de la souveraineté du Québec.

Ils sont sympathiques à l’indépendance de tous les peuples, sauf le leur, précisément parce qu’ils ne le voient pas comme un peuple, mais comme une sorte de résidu de l’histoire.

Certes, le Québec a changé.

Mais plutôt que de travailler à modeler cette société, le PQ a cherché malaisément à s’adapter à ces changements.

Il s’est donc coupé de ce puissant mouvement social – les artistes, les intellectuels, les syndicats, le milieu communautaire, les PME francophones – dont il était la figure de proue.

Rien n’était plus tristement révélateur de cette déconnexion que le silence assourdissant des artistes sur l’absence du drapeau, le 24 juin.

Le PQ est devenu un parti comme les autres, une machine politique centrée autour de son chef.

Démographie

Nul ne sait si l’indépendance surviendra ou pas, mais le Québec doit garder cette carte dans son jeu.

S’il y renonce, il ne restera qu’à subir la froide et impitoyable logique de la démographie.

Pourquoi un immigrant venu ici pour améliorer son sort matériel aurait-il la moindre envie de se joindre à une minorité de plus en plus impuissante ?