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Pourquoi certains ne trouvent pas de logement

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J’aimerais expliquer quelque chose de simple, mais de difficile à comprendre tant qu’on ne l’a pas vécu. J’aimerais expliquer un des facteurs importants qui provoquent une pénurie de logements à louer dans les grandes villes: les mauvaises lois du gouvernement.  

Il y a bien des années, alors que j’étais locataire, comme la majorité des Montréalais, j’avais une opinion négative des propriétaires. 

Je pensais que les propriétaires cherchaient à faire de l’argent sur le dos des locataires, qu’ils évitaient de rénover leurs logements pour réduire leurs frais au maximum, que la Régie du logement passait trop souvent des jugements en faveur des propriétaires. À cette époque, mon travail m'avait amené à défendre des locataires qui luttaient contre un propriétaire véreux et assoiffé d’argent.

Et puis, je suis devenu propriétaire. Pas grand-chose. J’avais un petit logement à louer. Par un curieux concours de circonstances, des amis et des gens de ma famille se retrouvèrent dans la même situation que moi.

Mauvaises expériences répandues

Surprise! Je fus victime de mauvais locataires, même si j’avais pris soin de vérifier leurs antécédents. Des amis et des membres de la famille vécurent des histoires d’horreur pires que la mienne.

Dans tous les cas, la Régie du logement se montra d’une lenteur inacceptable à régler les dossiers et les locataires ne payèrent jamais les dommages ou les torts qu’ils avaient causés, malgré des jugements contre eux. 

De fait, plusieurs propriétaires renoncent à poursuivre les locataires fautifs en raison des coûts prohibitifs et termes de temps et d’argent que de telles poursuites impliquent.

J’ai compris que, même s’il existait de mauvais propriétaires, l’immense majorité des propriétaires, en particulier des petits propriétaires, était constituée de gens honnêtes qui ne cherchaient pas à tirer des avantages indus de leurs locataires. Au contraire, la majorité des propriétaires cherche de bons locataires, sans histoire, et eux-mêmes ne veulent pas majorer les loyers au-delà des coûts réels de l’entretien et des hausses de taxes.

Régie inéquitable

Sauf que la Régie du logement empêche les petits propriétaires de rentrer dans leur argent. Par exemple, quand l’amortissement du remplacement d’une fenêtre imposé par la Régie s’étale sur 32 ans, on conviendra que la durée de cet amortissement risque de dépasser la durée de vie de la fenêtre. C’est inacceptable.

Faux argument

Les diverses associations de locataires justifient les mesures fiscales contre les propriétaires en arguant que la valeur de leur immeuble va augmenter avec les années et que donc ils pourront largement se rembourser lors de la revente de l’immeuble. 

Cet argument ne tient pas la route.

Les propriétaires ont le choix entre investir dans un bâtiment ou dans d’autres véhicules d’investissement, comme la Bourse. Si investir dans un immeuble devient moins rentable ou plus risqué que d’investir dans d’autres véhicules financiers, les propriétaires, surtout les petits propriétaires, investiront ailleurs.

Être petit propriétaire implique souvent de faire des sacrifices pendant des années, pour enfin accumuler une mise de fonds suffisante pour acheter un immeuble. Être propriétaire implique des responsabilités supplémentaires et la gestion de multiples problèmes, même s’il s’agit d’un seul logement. Ces sacrifices, cette responsabilité, ces problèmes ont un coût qui doit aussi être pris en compte dans le loyer demandé, mais qui ne l’est pas lorsque la Régie fixe les prix pour les hausses de loyer annuelles.

Les règlements de la Régie du logement sont, depuis des années, très en faveur des locataires.

Alors, devinez quoi? Les petits propriétaires de mon entourage sont découragés d’investir dans un logement. Certains préfèrent reconvertir leur logement ou même le laisser vacant, plutôt que de risquer de le louer à de mauvais locataires. Ou alors, ils optent pour la location à très court terme. 

Les petits propriétaires paient pour les pauvres

Le gouvernement ne peut pas demander aux petits propriétaires de pallier les problèmes de pauvreté dans les grandes villes. Les petits propriétaires ne sont pas responsables de ces problèmes. Plus les gouvernements feront pression sur les petits propriétaires pour que les loyers demeurent en deçà des coûts réels des logements, moins les petits propriétaires seront intéressés à investir pour les garder en bon état, à les agrandir pour répondre aux besoins des familles ou voire même à les louer. 

Sans compter que les petits propriétaires financent déjà les logements sociaux à travers leurs taxes...

De plus en plus injuste

Bref, il existe une iniquité croissante envers les petits propriétaires. 

Tant que divers groupes continueront à exercer des pressions pour que la loi protège mieux les pauvres, les femmes seules, les personnes âgées et tutti quanti contre la rapacité supposée des petits propriétaires, ils contribueront à obtenir l’effet inverse de ce qu’ils recherchent: les logements à louer deviendront plus rares et ils se concentreront de plus en plus entre les mains de grands propriétaires, qui eux, ne font pas de sentiments en affaires.

Cette logique n’est pas évidente à saisir. Mais quand on la comprend, on comprend aussi qu’il est dans l’intérêt des associations de locataires et des divers groupes de pression de cesser de taper sur les petits propriétaires.