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Pont sur le Saguenay: Québec veut une nouvelle étude

Depuis 1973, de nombreuses études ont été menées sur la possibilité de construire un pont en lieu et place du service de traverse.
Photo d'archives Agence QMI Depuis 1973, de nombreuses études ont été menées sur la possibilité de construire un pont en lieu et place du service de traverse.

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Le gouvernement québécois a fait des heureux, aujourd’hui, sur la Côte-Nord en relançant le projet de construction d’un pont sur la rivière Saguenay afin de relier les municipalités de Baie-Sainte-Catherine et Tadoussac.

François Bonnardel, ministre des Transports, et Jonatan Julien, ministre de l’Énergie et ministre responsable de la région de la Côte-Nord, ont annoncé ce matin le lancement d’un appel d’offres pour «effectuer la révision d’une étude d’opportunité du projet de pont» lors d’une conférence de presse à Baie-Comeau.

L’étude qui sera révisée est celle réalisée par la Société du pont sur le Saguenay en 2015. Elle chiffrait le projet à 450 millions de dollars avec un pont à seulement deux voies, au lieu de quatre dans les analyses précédentes.

L’étude gouvernementale la plus récente, en 2009, arrivait avec un coût de construction total de l’ordre de 1 à 1,4 milliard de dollars en incluant le pont, les approches et la nouvelle infrastructure routière.

«Nous sommes vraiment enthousiastes. Nous avons eu l’occasion de parler à M. Bonnardel et il nous a rassurés à bien des égards. On ne se battra plus devant un mur d’incrédulité (face à notre étude). C’est un changement radical d’approche. On reprend espoir vraiment», a déclaré Marc Gilbert, président de la Société du pont sur le Saguenay.

«Le ministère nous avait confirmé, l’automne dernier, que notre étude était techniquement et financièrement viable. On disait 300 M$ pour le pont (en 2015), le ministère dit maintenant 330. C’est dans l’ordre de grandeur. À deux voies, tel qu’on le propose, avec un tunnel, on parle d’un coût global de 550 à 600 M$», ajoute M. Gilbert.

La révision de l’étude devrait débuter dès janvier prochain.

«Nous allons être sur le comité de liaison et nous avons l’assurance du ministre que tout ce qui pourra être fait pour accélérer (l’étude) sera fait. Nous sommes bien heureux», affirme M. Gilbert, qui estime que d’ici la fin de 2022, la révision pourrait déjà avoir dégagé les principales orientations du projet.

Attendu

«C’est tellement un dossier que l’on travaille depuis longtemps. Lors de la conférence de presse, une personne de la Coalition 138 a sorti un article de journal des années 1950 dans lequel on écrivait que la priorité pour le développement de la Côte-Nord, c’est un pont!» a lancé le maire de Baie-Comeau, Yves Montigny.

En plus de l’impact d’un pont sur le tourisme, M. Montigny a aussi mentionné les conséquences sur les entreprises de sa région. «Les gens de l’entreprise Boisaco qui fait affaire à Sacré-Cœur, tout prêt de Tadoussac, disent que la traverse, ou pire, le détour par Saguenay, leur fait perdre des millions de dollars.»

Il est aussi convaincu que cette fois, l’étude n’aboutira pas sur une impasse. «La communauté veut un pont à l’ampleur de la région, avec une traverse piétonnière ou cyclable et deux voies qui rencontrent, comme la 138. On ne veut pas un pont suffisamment haut pour laisser passer le Queen Mary II, immense et démesuré», dit-il en référence à l’étude de 2009.

Yves Montigny se réjouit aussi du changement de cap du gouvernement. «Pendant la dernière campagne électorale, François Legault avait donné un certain espoir. Par la suite (automne 2019), il avait semé tout un émoi en disant qu’un pont était irréaliste. Je lui avais rappelé que la Place Ville-Marie (à Montréal) entre dans l’arche centrale du barrage Manic 5. Tout le monde trouvait irréaliste un barrage comme lui. Mais aujourd’hui, on ne pourrait pas imaginer le Québec sans ces gros barrages hydro-électriques. Et on ne serait pas une province aussi riche.»

Enthousiasme

«Cette mise à jour permettra d’avoir le portrait le plus à jour du secteur. L’attribution de ce mandat contribuera également à la reprise graduelle de l’économie», a indiqué le ministre Bonnardel dans un communiqué.  

«En plus de nous permettre d’avoir des réponses à nos questions et à celles des citoyens de la Côte-Nord, nous pourrons prendre des décisions éclairées, et ce, dans le meilleur intérêt des citoyens d’ici et d’ailleurs au Québec», a ajouté le ministre Julien dans le même communiqué.

Terre-Neuve et la 138

Et si le projet du pont refait surface en ce moment, c’est peut-être aussi qu’il devient un élément essentiel d’un plan encore plus gros.

«M. Bonnardel nous a aussi dit que son gouvernement s’engage à développer avec le fédéral et Terre-Neuve un corridor économique avec la 138. L’idée nous plaît et le pont fait partie de ce corridor. Ça peut changer toute la dynamique», estime Marc Gilbert.

Terre-Neuve aimerait construire un tunnel pour se relier au Labrador et au continent.

Incidemment, cet après-midi, le tandem Bonnardel-Julien a aussi fait l’annonce, à Sept-Îles, d’un appel d’offres pour des études afin de prolonger la 138 de La Romaine à Tête-à-la-Baleine et de La Tabatière à Vieux-Fort. Un tronçon de la 138 va de Vieux-Fort à Blanc-Sablon, municipalité frontalière connectée au Labrador.

«L’enjeu est ce grand corridor de commerce Terre-Neuve–Labrador–Québec. Ça donne plein d’opportunités d’affaires et une masse de Canadiens. Faut chercher fort ici pour trouver quelqu’un contre le pont!» a précisé Yves Montigny.

La Côte-Nord compte environ 95 000 habitants, comparativement à 520 000 pour Terre-Neuve et Labrador.

La traverse

En 2018 et 2019, deux nouveaux traversiers ont été mis en service entre Baie-Sainte-Catherine et Tadoussac.

Le coût des deux navires, initialement prévu à 125 M$, aurait finalement dépassé les 300 M$.