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140 millions de femmes en moins

AFGHANISTAN
Photo d'archives, REUTERS Les petites filles martyres au nom de la religion et de la culture.

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Hier, l’Associated Press a rendu public le rapport annuel du Fonds des Nations Unies pour la population. L’on y apprend qu’il y a un déficit de 140 millions de femmes dans le monde.

Où sont-elles ? Eh bien, il n’y a pas de mystère. En Chine et en Inde en particulier, on sait que des mères avortent des bébés filles ou que celles-ci sont éliminées à la naissance ou alors que les parents négligent de leur donner des soins en début de vie. Car dans tous ces pays où une certaine culture archaïque ou religieuse persiste, les bébés garçons sont préférés aux filles.

Dans nos pays, les féministes militantes radicales sont plutôt mobilisées sur les réseaux sociaux pour défendre les racisés autoproclamés et les transgenres et pour dénoncer le mâle blanc, violeur potentiel et macho incurable.

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Or on découvre que, loin de diminuer, la maltraitance des filles se poursuit dans l’indifférence de nos grandes démocraties, le Canada y compris. Par exemple, 20 % des mariages sont contractés avec des mineures, trop souvent de très jeunes filles, avec l’assentiment de leur famille et souvent contre la volonté des petites.

En outre, cette année, plus de quatre millions de fillettes subiront des mutilations génitales. En clair, elles seront excisées et/ou infibulées à froid, par des femmes la plupart du temps. On leur enlèvera les petites et grandes lèvres et on les coudra ne laissant qu’une petite ouverture que le mari s’empressera plus tard d’agrandir à la taille de son instrument « mythique ».

Bien sûr, les mariages d’enfants sont officiellement interdits presque partout dans le monde. Mais chaque jour, affirme le rapport de l’ONU, 33 000 enfants sont mariés dans des pays membres de l’ONU, précisons-le, mais inscrits dans des cultures et des religions qui justifient et valorisent ces pratiques barbares. Autrement dit, des pays de l’ONU qui dénoncent souvent les pays occidentaux, colonisateurs et racistes taisent et donc perpétuent ces pratiques chez eux.

L’égalité des sexes est un luxe des pays occidentaux. En Chine, en Inde, au Moyen-Orient, en Asie et en Afrique, les femmes et les filles sont toujours susceptibles d’être discriminées, maltraitées et exploitées.

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Vertige

Lorsqu’on lit dans le rapport onusien que de nos jours 650 millions de femmes et de filles ont été mariées alors qu’elles étaient enfants et que 200 millions d’entre elles sont mutilées sexuellement, on est pris de vertige. Et d’impuissance. Car dans nos sociétés, les énergies actuelles déployées par les militantes radicales apparaissent choquantes au regard de ces chiffres.

Que cela soit clair. Nous devons mener sans défaillir le combat permanent pour l’égalité des sexes, contre les discriminations raciales et l’exploitation des femmes. Mais il est intolérable de constater l’indifférence face à la détresse de centaines de millions de filles et de femmes dans ces pays.

Nos combats « locaux », constatons-le, ont peu d’influence réelle sur les exactions commises contre les femmes dans tant de pays avec qui nous conservons des liens diplomatiques afin de servir nos intérêts économiques.

Bref, nos lamentations et nos coups de gueule ne sont que des coups d’épée dans l’eau. Cela inclut, je le confesse, cette chronique.