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La course invisible

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Selon un récent sondage Léger/La Presse canadienne, 80 % des répondants au Québec se disent fiers d’être Canadiens. La proportion n’a rien de bien étonnant.

Depuis le référendum en 1995, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts autrefois embouteillés du projet souverainiste. Au fil du temps, la locomotive péquiste s’est peu à peu disloquée.

À de rares exceptions près, son long silence sur sa propre raison d’être a fait le reste. Résultat : les nouvelles générations se sont désintéressées d’une cause qui s’effaçait d’elle-même de l’espace public.

Parmi les moins jeunes, l’indifférence a suivi le découragement face à un rêve dont la réalisation se faisait de moins en moins probable. L’ancien premier ministre et ex-chef du Parti québécois, feu Jacques Parizeau, l’avait constaté avec lucidité.

À moins d’un redressement spectaculaire, le tout, disait-il, ne serait plus qu’un champ de ruines. Le PQ reste coincé au 36e dessous des intentions de vote.

La faute du peuple ?

Vingt-cinq ans après la quasi-victoire du Oui, il est sûrement plus facile de pointer le « peuple ». Pour les plus maussades, il serait coupable de crime de lèse-souverainisme et non pas ceux dont c’était la mission de faire le pays.

Il est aussi plus aisé de crier au péché mortel du multiculturalisme canadien à la moindre manifestation concrète de ce qui, dans les faits, témoigne tout simplement de la diversification croissante et normale de la population québécoise.

Bref, pour le PQ, dont une énième course à la chefferie s’amorce, le contexte général ne saurait être pire. La pandémie n’aidera déjà en rien à lui donner la visibilité dont il a besoin. 

Même sans pandémie, sa course serait tout aussi invisible parce que sa cause première, la souveraineté, l’est elle-même. Difficile en effet d’intéresser au choix d’un nouveau chef pour un restaurant déserté par ses clients depuis longtemps.

Blâmer le réel

Une part substantielle des francophones s’est détachée du PQ pour y préférer le nationalisme traditionnel de la CAQ. Comme le disait René Lévesque, le Canada n’est pas le goulag.

Inutile de blâmer la réalité – ou même Justin Trudeau, la version très édulcorée de son père. La situation s’est construite au fil des ans sous le regard distrait de ceux trop occupés à mousser la « laïcité » pendant que le projet d’indépendance prenait le champ.

Avec sa loi 21 sur la laïcité, le gouvernement caquiste de François Legault a donc vidé le panier péquiste du seul œuf qu’il lui restait. Pour les candidats à la chefferie – Sylvain Gaudreault, Paul St-Pierre Plamondon, Guy Nantel et Frédéric Bastien –, ça ne laisse pas grand-chose.

C’est pourquoi la redécouverte de trois d’entre eux de l’urgence d’un troisième référendum, certes faite de bonne foi, prend des airs de déconnexion du réel.

Quant à celui dont la « laïcité » est sa planche fantasmée de salut, la loi 21 existe déjà. Pour la suite, les tribunaux trancheront et non pas le 3e parti d’opposition à l’Assemblée nationale. Et ce, quel que soit son prochain chef.