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Des anges poussés à la retraite

La pandémie a effrité les conditions de travail dans le milieu de la santé et certains ont choisi de claquer la porte

Coronavirus - Covid-19
Photo courtoisie Nathalie Ouellette, infirmière depuis 33 ans, a choisi sa qualité de vie au détriment de son salaire.

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Des travailleuses de la santé qui en avaient ras le bol de voir les conditions de travail s’effriter ont devancé leur retraite, et ce, malgré des pénalités financières.

« J’ai choisi ma qualité de vie », lance l’infirmière clinicienne Nathalie Ouellette, 55 ans, qui perd 8 % de sa pension en devançant sa retraite de deux ans. 

Depuis le 30 juin, elle profite pleinement de son nouveau mode de vie.

Au début de la crise, un décret ministériel l’a obligée à retourner au CLSC Mont-Laurier à temps plein alors qu’elle était en préretraite et travaillait trois jours par semaine. 

« En plus, je retombais avec un horaire atypique, avec des quarts de travail le soir et le week-end. Mon ancienneté et mes 33 ans de service ne valaient plus rien. Je me suis sentie comme un pion dans un jeu d’échecs qu’on déplace un peu n’importe où pour boucher les trous. »   

Johanne Rouleau, inhalothérapeute depuis 35 ans, a devancé sa retraite à cause de la pandémie.
Photo courtoisie
Johanne Rouleau, inhalothérapeute depuis 35 ans, a devancé sa retraite à cause de la pandémie.

Le manque de reconnaissance a aussi amené Johanne Rouleau, 55 ans, à prendre sa retraite un an et demi plus tôt que prévu. L’inhalothérapeute à l’Hôpital Notre-Dame, à Montréal, se prive ainsi de 6 % de sa pension. 

« Il fallait soigner les plus gros cas de COVID et aucune formation ou aide n’était offerte à mes collègues qui travaillent normalement en salle d’opération et qui ont été déplacés sur les étages de l’hôpital. C’était lourd », raconte-t-elle. 

La goutte...

La goutte d’eau qui a fait déborder le vase, c’est quand elle a dû traiter une consœur de longue date, atteinte du virus, qui luttait pour sa vie.

« Je n’étais pas capable de m’occuper d’elle. J’étais trop émotive, mais les patrons m’obligeaient. C’est à ce moment que je me suis aperçue que j’étais juste un numéro pour eux. Leur manque d’empathie... J’ai trouvé ça affreux », confie-t-elle, encore secouée par les événements. 

L’heure de la retraite avait sonné pour une infirmière clinicienne de Saint- Eustache, sur la Rive-Nord de Montréal, mais elle préférait prêter main-forte au réseau, jusqu’au jour où les conditions de travail ont eu raison d’elle. 

Danielle Veillette, 62 ans, n’avait pas planifié sa retraite avant que la COVID mine les conditions de travail en santé.
Photo Ben Pelosse
Danielle Veillette, 62 ans, n’avait pas planifié sa retraite avant que la COVID mine les conditions de travail en santé.

« J’étais éligible à la retraite depuis plusieurs mois, mais j’étais là parce que je le voulais bien », raconte Danielle Veillette, 62 ans, qui a fait son dernier quart de travail le 29 mai.

À bout de souffle 

Selon Mme Veillette, le gouvernement prolonge inutilement les décrets ministériels, qui restreignent les droits des travailleurs. 

« Il les utilise pour combler le manque de personnel, qui était là bien avant la crise. Ça m’écœure. On fait rire de nous », raconte celle qui s’est longtemps battue pour améliorer les conditions de travail dans sa profession.

« Comme en éducation, le réseau de la santé est composé de femmes. On ne négocie pas de la même façon [que les hommes] et on se sent toujours coupables de ne pas offrir un bon service. Il faut constamment surveiller nos conditions féminines. Chaque fois que ça ne va pas bien dans la société, on risque de perdre nos acquis. Je n’aime pas ce que je vois présentement », s’inquiète-t-elle.  

Sauver leur peau 

Aujourd’hui, elle est à bout de souffle et passe le flambeau à la nouvelle génération. 

« En étant à la retraite, je n’ai plus besoin de rusher avec toutes ces histoires. »

Nathalie Lévesque, vice-présidente et coresponsable des relations de travail à la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec, n’est pas surprise de voir des travailleuses partir à la retraite prématurément.

« Elles ont besoin de sauver leur peau. C’est clair qu’elles font ce choix pour leur équilibre personnel, au détriment de leur salaire. C’est grave quand quelqu’un doit prendre une telle décision. »

Les décrets ministériels ont bafoué les droits des professionnels en soin, déplore-t-elle.