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Quel rendement faut-il attendre pour une retraite confortable?

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Illustration Adobe Stock

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Quand on épargne peu, il ne faut pas trop compter sur la « magie des intérêts composés » pour nous tirer d’affaire. Elle ne fait pas de miracles. 

Si on veut s’enrichir, il faut d’abord épargner pour la peine, puis les rendements pourront faire leur œuvre. Le taux d’épargne, c’est vraiment le seul élément de l’équation sur lequel on a un véritable contrôle.

Je me suis posé quelques questions à ce sujet. Dans quelle mesure faut-il épargner davantage pour contrebalancer de faibles rendements ? À l’inverse, comment une rentabilité supérieure permet-elle de réduire ses efforts ? Quels gains peut-on espérer, raisonnablement ? Au bout du compte, combien ça donne, tout ça ?

Un taux d’épargne à 10 %  

J’ai fait part de ces questions à l’actuaire et planificateur financier Daniel Laverdière. En quelques minutes, le directeur de la Banque Nationale Gestion privée 1859 a élaboré une feuille de calcul Excel qui permet de comparer divers scénarios.

Prenons le cas d’une personne qui, à partir 30 ans, verse 10 % de son salaire brut dans un REER chaque année. Supposons que son salaire de 50 000 $ s’apprécie au rythme de l’inflation, de 2 % par année, jusqu’à la retraite. Même chose avec sa contribution REER, qui passe de 5000 $ la première année à 5100 $ la deuxième, puis à 5202 $ l’année suivante, etc. 

Avec un rendement de 4 % par année, cet épargnant se retrouvera à 65 ans avec 506 000 $ dans son REER. Un demi-million de dollars, cela semble beaucoup, mais ce n’est pas tant que ça. Le salaire annuel de notre travailleur, qui augmente avec l’inflation, frôle les 100 000 $ à la veille de sa retraite. Son train de vie, durant toutes ces années, n’a pas changé, car tout coûte toujours plus cher. 

Ce capital accumulé durant 35 ans lui permet de se verser à partir de 65 ans une rente de 22 000 $ par année, indexée de 2 %, jusqu’à 95 ans. Ça ne remplace même pas le quart de sa rémunération de vie active. Comme il provient du REER, l’argent est imposable.

Selon nos calculs, si cette personne voulait accumuler la même somme avec un rendement de 6 %, il lui faudrait épargner 6,72 % de son salaire plutôt que 10 %. Si son rendement était plutôt de 3 %, alors c’est 12 % de son salaire qu’elle devra cotiser au REER chaque année.

La rente annuelle variera aussi en fonction de l’hypothèse de décès. Si on voulait épuiser le capital à 85 ans plutôt qu’à 95 ans, la rente serait de 30 000 $ au lieu de 22 000 $. 

Quel rendement espérez-vous ? 

Un rendement de 4 %, mais ce n’est rien, pensez-vous. Ça ne semble pas très élevé, c’est vrai, surtout quand on regarde aller certains titres à la Bourse ces temps-ci. Quand même, maintenir un rendement de 4 % sur une période de 65 ans (du début de l’accumulation à l’âge 30 ans jusqu’à l’épuisement du capital à 95 ans), c’est plus qu’honorable. D’autant plus que dans nos calculs, les rendements sont nets de frais.

On peut toujours tabler sur de meilleurs rendements, mais c’est dangereux si le but est d’épargner moins pour augmenter son train de vie.

C’est pourquoi les planificateurs financiers, lorsqu’ils élaborent des plans de retraite, doivent se reposer sur des normes. Pour faire plaisir à leurs clients, ils peuvent facilement augmenter leurs hypothèses de rendement de portefeuille afin de réduire l’épargne nécessaire à l’atteinte des objectifs de retraite. On vient de le voir, il suffit de faire passer de 4 % à 6 % le rendement pour réduire du tiers les efforts à épargner. 

Depuis 2008, l’Institut québécois de planification financière (IQPF), dans la foulée d’une initiative de trois de ses membres (Daniel Laverdière, Nathalie Bachand et Martin Dupras), publie chaque année ses normes d’hypothèses de projection. Il s’agit de repères financiers autour desquels travaillent les planificateurs financiers, sans y être obligés. Ils touchent les rendements à long terme des marchés boursiers, des titres à revenus fixes, les taux d’intérêt sur les emprunts, le taux d’inflation, la croissance des salaires, etc. 

Ce ne sont pas des prévisions pour la prochaine année, mais des hypothèses sur le long terme. C’est bien de connaître ces normes, car si un professionnel s’en éloigne un peu trop, c’est louche. 

Normes 2020  

  • Actions canadiennes : 6,1 % 
  • Actions étrangères : 6,4 %  
  • Revenu fixe : 2,9 % 
  • Épargne court terme : 2,4 % 
  • Inflations : 2 % 
  • Croissance des salaires : 3 %   

Un portefeuille composé de 50 % d’actions (45 % actions canadiennes + 10 % actions étrangères), de 45 % de titres à revenu fixe et à 5 % d’épargne court terme générerait un rendement avant frais de 4,51 %.