/news/currentevents
Navigation

Harcèlement sexuel: vague de témoignages contre des vedettes du web

Harcèlement sexuel: vague de témoignages contre des vedettes du web

Coup d'oeil sur cet article

De parfaits inconnus sont devenus de véritables idoles aux yeux des adolescents grâce à l’avènement des vlogs et de YouTube. Mais près de 10 ans plus tard, des dénonciations de harcèlement sexuel déferlent sur les réseaux sociaux voulant que plusieurs aient abusé de leur célébrité derrière l’écran.

• À lire aussi: Ubisoft: le vice-président Maxime Béland démissionne sur fond d'allégations de comportements inappropriés

• À lire aussi: 19 M$ pour les victimes de Harvey Weinstein

Charlie Gagné n’avait que 13 ans quand Jay St-Louis, l’une des personnalités les plus connues de la toile québécoise à l’époque, l’avait ajoutée dans ses amis Facebook. Tout cela remonte à 2013, mais elle se souvient encore du sentiment d’euphorie qui l’avait alors habitée.

«Je n'avais pas beaucoup d'amis à l'école, je vivais de l'intimidation. Je disais souvent aux autres jeunes que je connaissais Jay St-Louis. Ils trouvaient ça cool. Je me sentais spéciale», a raconté la jeune femme, qui constate aujourd’hui, avec le recul, que son idole a su profiter de sa vulnérabilité du haut de sa fin vingtaine.

De fil en aiguille, leur conversation est devenue très malsaine. Le vlogueur pouvait tantôt l’insulter, tantôt être particulièrement généreux, allant même jusqu’à lui proposer de travailler pour lui.

Harcèlement

À d’autres moments, il glissait dans des allusions sexuelles, obsédé par sa puberté.

Jusqu’à ses 18 ans, Jay St-Louis a continué d’exercer une énorme influence sur elle, même si elle ne l’a vu qu’une seule fois en personne dans le cadre d’un événement public. C’est à cause de ses conseils, par exemple, qu’elle s’est inscrite en multimédia au cégep, un programme qu’elle a depuis abandonné.

Charlie Gagné confie être toujours fragile lorsqu’elle repense à cette correspondance toxique, mais elle tenait à prendre la parole dans la foulée d’un nouveau mouvement de dénonciation qui fait grand bruit sur Facebook et Instagram depuis quelques jours.

Gab Roy et compagnie

Les dizaines de témoignages visent plusieurs vedettes du web québécois, dont une bonne partie d’entre eux gravitaient, au début des années 2010, autour du controversé Gab Roy, cet ancien vlogueur déclaré délinquant sexuel à vie en 2015.

«J’étais sur un groupe privé Facebook de fans de Gab Roy... On commentait leurs affaires et eux en profitaient pour répondre. Avec les filles, ce n’était pas long qu’il y avait des allusions sexuelles», a expliqué Juliette*, qui désire que l’on utilise un nom fictif, car elle a toujours peur de les recroiser, même si tout cela remonte à presque dix ans, à l’époque où elle n’avait pas encore 16 ans.

Elle a même quitté Montréal, l’an dernier, parce qu’elle tombait trop souvent sur eux dans les endroits qu’elle fréquentait.

Maryloue Harton a elle aussi goûté à cette médecine aux alentours de 2010. À 14 ans, elle rêvait de devenir youtubeuse et Gab Roy était son idole. Rapidement, ses conseils sont devenus excessifs.

«Maintenant, les jeunes sont encore plus exposés à ça avec TikTok. Il faut garder en mémoire que les gens avec qui on parle sur internet ne sont jamais pareils en vrai. Il faut que les parents surveillent ce que leurs enfants font sur leur cellulaire», a insisté la jeune femme de Lanaudière qui n’aspire plus à la célébrité instantanée aujourd’hui.

Secret de polichinelle

Contrairement à Gab Roy, Jay St-Louis était, jusqu’à samedi, toujours actif sur le web. Après avoir été animateur à Musique Plus, il avait fondé la page Facebook Fruiter, l’une des pages d’humour satirique les plus populaires au Québec.

Samedi soir, face à tous ces témoignages, les autres administrateurs de la page lui ont tourné le dos.

«On s’est toujours fait dire de se méfier de Jay, cependant, on a vu les [captures d’écran] aujourd’hui et on a pris immédiatement action. Nous sommes restés dans le déni sans connaitre les allégations et on s’en excuse», ont-ils écrit sur leur page, qui s’est souvent faite un porte-étendard de valeurs progressistes.

L’Agence QMI n’a pas réussi à joindre dimanche Jay St-Louis, qui semble avoir disparu des réseaux sociaux.