/weekend
Navigation

Le virus Trump

Coup d'oeil sur cet article

Depuis quelques mois, un nouveau et puissant virus parcourt le monde, maintenant la planète entière en alerte. Mais depuis près de quatre ans, un autre virus tout aussi dangereux sème la panique dans les relations internationales : le virus Trump. Il ne semble pas facile de s’en défaire, mais on connaîtra peut-être son sort final en novembre prochain.

<b><i>L’effet Trump</i></b><br/>
Charles-Philippe David<br/>
Les Presses de l’Université de Montréal
Photo courtoisie
L’effet Trump
Charles-Philippe David
Les Presses de l’Université de Montréal

En se basant sur la lecture de milliers de documents, Charles-Philippe David, professeur de science politique à l’UQAM, signale comment l’arrivée de Trump à la Maison-Blanche a transformé de fond en comble la manière de gouverner de la plus grande puissance militaire au monde. Avec Trump, « l’intérêt national se confond avec l’intérêt personnel, les décisions d’un jour ne tiennent plus le lendemain, une chose et son contraire se disent sur un même enjeu ». David parle d’une véritable « infection » que cause le « virus Trump », dont on ne peut mesurer encore l’étendue des dégâts, surtout en matière de politique étrangère. Même les conseillers les plus proches ne savent plus sur quel pied danser et cherchent à prendre leurs distances pour ne pas être infectés. Avec pour résultat que la réputation des États-Unis dans le monde en prend un sérieux coup et que ce pays se trouve de plus en plus seul en raison de ses décisions inconséquentes et dangereuses.

Selon David, Trump rivalise d’audace et de contradictions. Il veut en faire plus tout en se désengageant de certaines missions internationales. On l’a vu tout récemment avec l’Organisation mondiale de la santé (OSM). « L’Amérique d’abord », clame-t-il, dans une évidente volonté de se refermer sur elle-même par des mesures protectionnistes, mais il cherche en même temps à imposer sa supériorité partout à l’extérieur de ses frontières. On se trouve ainsi dans une situation unique depuis 1945 : « celle d’une superpuissance de plus en plus isolée dans le système international ».

La doctrine Trump, qui laisse peu de place à la diplomatie et à la coopération, serait un « doigt d’honneur » au reste du monde, mais surtout aux démocrates américains, Barack Obama en tête, Trump s’évertuant à démolir tout ce que l’ex-président avait mis en place. À tel point que l’on pourrait surnommer cette doctrine : « faire constamment tout le contraire d’Obama ».

C’est désormais la loi de la jungle qui prévaut. Les loups les plus forts se disputent le butin. Pour rassurer sa base, les États-Unis doivent donner l’illusion de sortir gagnants dans toutes les négociations, même au prix de volte-face spectaculaires et irrationnelles, pour bien faire paraître le président. Il n’y a plus d’alliances qui tiennent. Foin des organisations internationales trop contraignantes avec leurs cotisations, leurs règlements, leurs consignes, leurs obligations et devoirs. C’est le court terme et l’improvisation qui prévalent au détriment des intérêts stratégiques. Certains parlent de « myopie stratégique ».

« Trump d’abord »

On se rend vite compte que l’intérêt national doit coïncider avec l’intérêt personnel de Trump, véritable « électron libre », selon plusieurs. « America first » serait plutôt « Trump d’abord ». Du jamais-vu. « Trump pense qu’il est le pays », affirme un journaliste aguerri.

Préférant l’arme économique — pensons à toutes ces sanctions sévères qu’il impose aux compagnies qui osent défier les blocus contre Cuba, le Venezuela ou l’Iran — à l’arme militaire, Trump aurait fait sienne la phrase célèbre de Theodore Roosevelt : « Parler doucement, mais manier un gros bâton. » Or, la perte de confiance est si généralisée que la parole de l’homme le plus puissant du monde ne vaut plus rien.

Alors que depuis des décennies, les États-Unis faisaient preuve de leadership au sein des organismes internationaux, avec Trump, les États-Unis préfèrent s’en retirer. Cette politique de désengagement ne peut qu’affaiblir le rôle des États-Unis dans le monde. Ce n’est plus « l’Amérique en premier », mais plutôt « l’Amérique en dernier », de conclure le professeur David. La diplomatie raisonnée a fait place aux tweets improvisés soumis « aux humeurs de son auteur ».

Charles-Philippe David dresse un bilan quasi catastrophique de l’actuelle politique internationale des États-Unis et un portrait troublant du président. Si le pire ne s’est pas encore produit, il est à craindre s’il est réélu en novembre prochain.