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Une passionnée des JO au cœur de Paris

La Québécoise Brigitte Légaré occupe un poste important dans l’organisation des Jeux de 2024

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Photo d’archives, AFP Paris et sa célèbre tour emblématique seront au cœur des Jeux olympiques d’été en 2024.

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Son diplôme en sciences politiques d’il y a 25 ans sonne bizarre là où on la retrouve aujourd’hui. Le titre de « spécialiste en événements sportifs » collerait mieux à Brigitte Légaré, une Québécoise dégourdie qui s’est hissée jusqu’à un poste clé dans l’organisation des Jeux olympiques de Paris.

Depuis janvier, un accent québécois anime les discussions des décideurs qui planchent sur ce qui deviendra la principale manifestation sur la planète durant l’été 2024. La native de Charlesbourg a décroché l’emploi peu banal de responsable de la zone Paris-Centre, avec toute la logistique à planifier pour 18 disciplines olympiques et paralympiques autour de monuments comme la tour Eiffel, le Grand Palais, les Invalides et le Champ-de-Mars.

Avec une centaine d’employés et une cohorte de 1000 bénévoles sous sa gouverne durant les Jeux, manifestement, Brigitte Légaré est déjà loin de jouer à la touriste dans cette ville parmi les plus visitées dans le monde.

« Je n’ai pas obtenu une formation en sport d’une université, alors que dans les c. v. que je reçois pour des emplois, il y a souvent des candidats qui ont des maîtrises en sport. C’est pour ça que je demeure humble dans ce que je fais. J’ai un bac en sciences politiques, mais ma formation est très terrain. J’ai eu des mentors et des gens qui n’ont pas eu peur de partager leurs connaissances avec moi. Toute ma vie, j’ai eu la chance de travailler avec des gens généreux », affirme-t-elle pour expliquer son entrée au comité organisateur.

À la place de la Concorde et avec l’Arc de triomphe en fond de scène, Brigitte Légaré nous illustre son lieu de travail au cœur de Paris pour les quatre prochaines années à titre de responsable de différents sites de compétitions en vue des Jeux olympiques de 2024.
Photo Alain Bergeron
À la place de la Concorde et avec l’Arc de triomphe en fond de scène, Brigitte Légaré nous illustre son lieu de travail au cœur de Paris pour les quatre prochaines années à titre de responsable de différents sites de compétitions en vue des Jeux olympiques de 2024.

Autre contexte

Le jour de notre rencontre dans un café typique de Paris, la COVID-19 n’avait pas amorcé son travail de démolition sur l’industrie mondiale du sport. Nous étions le 29 février, une date fidèle tous les quatre ans comme la fréquence des Jeux olympiques d’été que Tokyo a été forcée de briser.

Alors que c’était déjà le printemps dans la célèbre capitale, la Québécoise misait sur sa visite d’une semaine prévue durant les Jeux au Japon pour enfin mesurer l’ampleur de son emploi.

« Je pense que je vais le réaliser quand je vais partir pour Tokyo comme observatrice », disait-elle.

17 grands Jeux

L’effet espéré se sera sans doute dissipé quand elle se reprendra en 2021. Entretemps, son expérience aura déjà opéré. Les JO de Paris s’inscrivent comme ses 17e grands Jeux, qu’ils soient olympiques et paralympiques, panaméricains et parapanaméricains.

Tantôt comme recherchiste pour Radio-Canada pour divers JO durant les années 2000, tantôt comme attachée de presse pour l’équipe canadienne aux Jeux panaméricains à Rio, en 2007, elle a plus tard exploité sa fibre d’organisatrice.

Elle a vécu les Jeux de Vancouver en 2010 dans la cellule dédiée aux transitions entre les épreuves de patinage de vitesse et de patinage artistique au Pacific Coliseum. À ceux de Londres, en 2012, elle a agi en nage synchronisée. Puis, il y a eu l’appel des Jeux panaméricains de Toronto en 2015, où cette travailleuse autonome – comme elle se décrit – n’a géré rien de moins que cinq sports, dont le pentathlon moderne, pourtant pas ancré dans les mœurs d’une fille de Charlesbourg.

« C’est toujours une fierté quand tu prends un sport que tu connais moins et que tu le livres », estime la dame de 47 ans, qui a appris à relativiser son travail.

La chance de faire rêver

« J’utilise souvent la comparaison que, oui, on est en train d’organiser des Jeux olympiques, mais on n’est pas en train de sauver des vies. Je n’ai pas entre les mains un bébé prématuré de 4 mois qui se bat pour sa vie. Je suis juste en train d’organiser un événement sportif. Quand les choses deviennent trop politiques ou qu’on rencontre des situations plus difficiles, c’est bon de prendre du recul », croit-elle.

« Ce que je fais me donne la chance d’inspirer des jeunes. Combien ont dit avoir vu Meaghan Benfeito plonger aux Jeux et vouloir devenir elles aussi plongeuses ? Si ça se produit, c’est aussi parce que le travail des organisateurs a été bien fait. Si j’ai livré une aire de jeux qui a permis aux athlètes de livrer la performance qu’ils souhaitaient, on aura donné le droit de rêver à des enfants. Dans notre travail, il ne faut jamais oublier cette chose-là. »

L’essence : aimer aider

Amie d’enfance de l’ex-nageuse Nathalie Giguère, 6e à l’épreuve du 200 m brasse à Barcelone, en 1992, Brigitte Légaré a toujours voué une passion pour les

athlètes, par conséquent pour le phénomène olympique qui les aspire vers le haut. Dans ce cas, elle a voulu se faire emporter par le même tourbillon.

Pour vivre son premier contact avec les Jeux olympiques, Sydney allait lui en donner l’occasion en 2000 : elle a payé de sa poche son voyage vers l’Australie pour aller travailler au service de presse du Comité olympique canadien. L’espace d’une génération plus tard, le 26 juillet 2024, la cérémonie d’ouverture des Jeux de Paris deviendra alors un retour sur son investissement.

« Après ces Jeux-là, j’aurai 51 ans. Je réalise que le fil commun à travers tous les événements qui m’ont construite, c’est que j’aime aider les gens... »

Les JO de Paris

Du 26 juillet au 11 août 2024

  • Budget : 5,8 G$
  • 13,5 M de spectateurs
  • 15 000 athlètes
  • 20 000 représentants des médias
  • 50 000 bénévoles
  • 28 sports
  • 306 épreuves

Source : Paris 2024

Zone Paris-Centre

  • Tour Eiffel : cyclisme, marathon, marche, triathlon, volley de plage (JO) et foot 5 c. 5 (Para)
  • Invalides : tir à l’arc (JO et Para)
  • Champ-de-Mars : judo et lutte (JO)
  • Grand Palais : escrime et taekwondo (JO et Para)

Le Québec, une bonne école

Si l’implication dans différents événements sportifs est formatrice, alors le Québec a servi d’école pour Brigitte Légaré. D’une tâche bénévole à un congrès olympique à Québec en 1995 jusqu’à la direction des opérations du Triathlon de Montréal l’an dernier, cette autodidacte a baigné dans une longue liste de compétitions.

Parmi ses expériences, c’est à elle que la Fédération de patinage de vitesse du Québec avait demandé de frapper en relève comme directrice générale des championnats du monde à Montréal, en 2018, à la suite d’un différend avec les organisateurs habituels.

« C’était la première fois que j’étais à la tête d’un événement dans son ensemble. J’ai eu l’aréna Maurice-Richard comme je l’espérais, avec une belle ambiance, et le scénario rêvé de la victoire de Charles Hamelin », rappelle la femme originaire de Charlesbourg, qui dit avoir à ce moment préféré cette offre à une autre des Jeux du Commonwealth de 2018 en Australie.

« J’étais rendue à une étape où j’avais besoin d’être mise au défi », se souvient-elle.

Faire partie de l’histoire

Riche de ses empreintes historiques, Paris trouvera un nouveau plaisir à remonter dans le temps avec la tenue des Jeux olympiques en 2024. Cet événement marquera le 100e anniversaire des Jeux disputés en 1924. Après avoir organisé également ceux de 1900, Paris deviendra la seule autre ville après Londres (1908, 1948 et 2012) à accueillir trois éditions des Jeux d’été.

« Je dis souvent à mon monde avec qui je travaille que c’est génial ce que vous vivez présentement. Vous êtes en train d’organiser le plus grand événement au monde dans votre ville, 100 ans après vos derniers Jeux olympiques. Même moi, qui ne suis pas Française, je trouve que c’est magique », observe la Québécoise.

Un champion comme patron

Si un détail lui échappe sur les besoins des athlètes à l’un des sites qu’elle supervise, Brigitte Légaré pourra se tourner vers son patron. Le directeur général des sports de Paris 2024 est Jean-Philippe Gatien, champion du monde de tennis de table en 1992. Sa médaille d’argent au tournoi en simple, lors des Jeux olympiques de 1992, en plus de celle de bronze en double à Sydney en 2000 lui confèrent le titre de meilleur pongiste de l’histoire de ce sport en France.

La formation générale, un détail

À mesure qu’approcheront les Jeux de Paris, Brigitte Légaré devra éplucher les curriculum vitae de dizaines de candidats pour des emplois à pourvoir dans son équipe. Dans le mélange « émotif d’une francophone et plus direct anglo-saxon » de son approche au travail, la Québécoise affirme devoir s’adapter à la culture en France.

« C’était une crainte quand je suis arrivée ici. C’est beaucoup basé sur la hiérarchie et sur l’identité de l’école où tu as obtenu ta formation, alors que, moi, les études sont la dernière chose que je regarde dans un curriculum vitae. Je regarde le bénévolat et les emplois occupés, mais les études, c’est secondaire. On est tous issus de milieux différents, mais le but ultime reste le même, celui de livrer de grands Jeux. »