/misc
Navigation

Les très nombreux dangers d’un Canada colonisé par les Américains

TOPSHOT-ARGENTINA-G20-SUMMIT-US-CANADA-MEXICO-USMCA
Photo AFP Le président américain Donald Trump (au centre) serre la main du premier ministre canadien Justin Trudeau, sous le regard du président mexicain d’alors Enrique Pena Nieto, en novembre 2018, en Argentine, lors de la cérémonie de signature de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique.

Coup d'oeil sur cet article

Notre nouvel accord de libre-échange avec les États-Unis, l’ACEUM, est entré en application la semaine dernière. C’est certainement une bonne nouvelle. Le spectre d’une vie sans accord de libre-échange nord-américain a donné des sueurs froides au monde des affaires. 

Maintenant qu’on peut prendre un peu de recul, les Canadiens devront repenser leurs relations avec les Américains et faire de l’introspection. 

On a quand même frôlé le désastre à cause des sautes d’humeur d’un président américain. Comment peut-on trouver cela normal ? 

Plus dépendants qu’on le pense

Permettez-moi d’abord de faire ma profession de foi : j’aime le libre-échange. L’ALENA n’était pas parfait, mais cet accord nous a énormément enrichis. En 1998, lors du boom économique américain, près de 40 % du PIB québécois était exporté aux États-Unis.  

L’ALENA était un mariage heureux, mais non égalitaire. Deux de mes collègues de l’UQAM, Julien Martin et Florian Mayneris, viennent tout juste d’en faire la démonstration. 

Leur étude (https://www.cirano.qc.ca/fr/sommaires/2020PE-34) démontre que 80 % de toutes nos importations dépendent des États-Unis ! C’est absolument énorme et unique au monde. 

Il y a dans ces importations des produits fabriqués aux États-Unis. Mais aussi des produits fabriqués partout dans le monde et qui passent entre les mains de l’Oncle Sam avant de remonter la frontière. 

Des produits fabriqués en Chine ou en Inde qu’un président désaxé pourrait décider de réquisitionner. Quatre-vingt-quinze pour cent de nos importations mexicaines passent par les États-Unis, la plupart du temps par camion. Imaginez le pouvoir que cela donne aux Américains. Nous avons le couteau sous la gorge. 

  • Écoutez l'entrevue avec Jean-Denis Garon, Chroniqueur économique au Journal de Québec et au Journal de Montréal, à QUB Radio:

Dans certains cas, on parle même de produits dont le contenu est canadien. Rappelez-vous quand Donald Trump a décidé, un matin, de bloquer les exportations de masques 3M vers le Canada. Ces masques étaient fabriqués avec de la pulpe de cèdre rouge provenant de Colombie-Britannique ! 

Une mentalité de colonisés 

Certains pensent qu’un tel niveau de dépendance est normal. 

Que c’est le prix à payer pour faire du libre-échange. 

Non seulement c’est faux, mais nous agissons comme un pays colonisé en acceptant un tel sort. 

L’étude dont je parle plus haut montre que le Canada est le seul pays développé qui dépend autant d’un seul partenaire commercial. Les pays qui font une aussi mauvaise affaire que nous sont Macao, Hong Kong, le Laos et le Népal. Des nations économiquement dominées par la Chine.

Il y a aussi le club sélect constitué du Tadjikistan et du Bélarus, qui sont ultra-dépendants de la Russie. Les autres pays qui sont aussi dépendants que nous d’un seul partenaire commercial sont des petites îles et des pays du tiers-monde.  

Que faire ?

Notre géographie explique évidemment notre dépendance face à l’économie américaine. Mais il faut quand même faire quelque chose. 

Ce n’est pas en nous refermant sur nous-mêmes que nous améliorerons notre sort ni en produisant tout nous-mêmes. Il faut continuer d’importer, mais on doit mieux importer. Comme en faisant plus d’affaires avec nos autres partenaires commerciaux. 

Mais ce qui est le plus urgent, c’est de réduire notre dépendance aux chaînes logistiques américaines. Il faut que les entreprises canadiennes s’approvisionnent directement à la source plutôt que de passer par les États-Unis.

À quoi sert-il de signer des accords de libre-échange à gauche et à droite si nos importations continuent de transiter par les États-Unis ? 

Une relation trop personnelle ?

Pour les jeunes, le libre-échange entre le Canada et les États-Unis est tenu pour acquis. Aller passer quelques jours à New York leur est aussi naturel que d’aller à Toronto. 

Cet acquis est fragile. Trop fragile. Nos bonnes relations commerciales avec notre seul voisin ont toujours été favorisées par des relations personnelles privilégiées entre nos premiers ministres et les présidents américains. 

On connaît l’amitié profonde qui lie les familles Reagan et Mulroney. Les parties de golf de Jean Chrétien avec Bill Clinton. Les photos de famille avec les Obama et les Trudeau. Mais il n’aura fallu qu’un seul président à moitié fou pour tout faire dérailler.  


Jean-Denis Garon est professeur à l’ESG UQAM