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Aurait-on peur de François Legault?

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À la télévision, le premier ministre François Legault a répété durant trois mois la même faute de français sans que personne n’intervienne.

Quand on sait la force d’entraînement de la télévision, combien de temps faudra-t-il maintenant pour que les Québécois disent couramment « rouvrir » et non pas « réouvrir » ? À son point de presse télévisé, dont l’auditoire certains jours dépassait celui de District 31, le premier ministre n’a jamais cessé de répéter ce mot fautif.

Pour un homme qui prêche l’importance de la langue française et un gouvernement qui prétend en être le défenseur, il n’y a pas de quoi se péter les bretelles. Est-il possible que durant cette période la plus noire de la pandémie, pas un seul fonctionnaire, pas un seul conseiller, personne de l’entourage immédiat du premier ministre n’ait eu l’intelligence (ou le courage ?) de lui faire remarquer que le verbe « réouvrir » n’existe pas ?

Il n’y avait personne non plus dans l’entourage du Dr Horacio Arruda ou au cabinet de la ministre Danielle McCann pour souligner à l’un et à l’autre qu’ils répétaient servilement la même faute ? 

C’est tout à l’honneur des journalistes de n’avoir jamais, à ma connaissance, mentionné le mot « réouvrir » lors de ces conférences de presse ou par la suite dans leurs écrits ou dans leurs commentaires à la radio ou à la télévision.

UN ENTOURAGE CRAINTIF ? 

Monsieur Legault, qu’on ne voyait guère comme un homme de communication, a prouvé le contraire durant les premiers mois de la pandémie. Ses points de presse lui ont valu beaucoup d’éloges et sont en bonne partie responsables du haut taux de confiance qu’il obtient encore dans les sondages. 

La rumeur veut que le premier ministre soit autoritaire et un brin ombrageux, des caractéristiques courantes chez plus d’un homme d’action. Son entourage aurait-il craint de lui souligner sa faute de français ? Peut-être qu’aucun ne voulait risquer de perdre ses bonnes grâces ! Je ne vois aucune autre explication qu’un entourage froussard et docile pour laisser son chef dans l’ignorance d’une faute qu’il commet à répétition. 

Pendant qu’on s’appliquera à rayer du vocabulaire gouvernemental ce « réouvrir » fautif pourquoi ne pas en profiter pour bannir aussi le barbarisme « préposé aux bénéficiaires », alors même qu’on s’apprêterait à changer le nom des CHSLD, désormais marqués au fer rouge ?

LES PAUVRES BÉNÉFICIAIRES 

Un bénéficiaire est une « personne qui bénéficie d’un avantage, d’un droit ou d’un privilège ». Je me demande bien de quel avantage ont bénéficié les centaines de personnes âgées qui ont péri durant cette période tragique de la COVID-19 ? Était-ce un privilège que d’habiter dans un lieu où on laissait les vieillards macérer dans leurs excréments durant des heures, voire même durant des jours ? De quels droits ont-ils bénéficié ? Sûrement pas du droit de mourir dans la dignité.

Pauvres préposés ! Où pourraient-ils trouver leur valorisation en n’étant que des « agents d’exécution subalternes », ainsi que le détermine la définition des dictionnaires ? Il existe depuis longtemps dans la langue française les mots « aide-soignante » et « aide-soignant ». Ils sont courants dans tous les pays francophones et ils décrivent très bien le rôle que joueront auprès des personnes âgées les 10 000 travailleurs actuellement en formation.

On pardonnerait rapidement au premier ministre François Legault d’avoir répété « réouvrir » jusqu’à plus soif s’il imposait à son administration de donner un nom convenable et valorisant aux fameux « préposés aux bénéficiaires ».