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Employé congédié pour avoir suspendu un nœud coulant

Il s’est par la suite excusé auprès de son collègue d’origine haïtienne

Allonde Jr Georges a constaté que quelqu’un avait installé un nœud coulant à la vue de tous à l’endroit où il stationne normalement son poids lourd.
Photo courtoisie Allonde Jr Georges a constaté que quelqu’un avait installé un nœud coulant à la vue de tous à l’endroit où il stationne normalement son poids lourd.

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Un employé de l’entreprise Lafarge, dans l’arrondissement de Saint-Laurent, a été congédié après avoir installé un noeud coulant sur le poste de travail de son collègue québécois d’origine haïtienne.  

D’abord suspendu sans solde en matinée pour des fins d’enquête, le travailleur a finalement été mis à la porte du fabricant de matériaux de construction. «C’était la seule chose à faire. Ça démontre qu’on a une tolérance zéro à l’égard de la discrimination», soutient une porte-parole de Lafarge. 

L’employé aurait suspendu un noeud coulant — symbole douloureux qui rappelle le lynchage des Noirs aux États-Unis — à l’endroit où son collègue Allonde Jr Georges stationne normalement son camion 12-roues. L’incident remonte au 12 juin dernier. 

M. Georges, qui a par la suite porté plainte auprès de son employeur, conte avoir vécu plusieurs «microagressions» racistes sur son lieu de travail, mais ne pensait jamais être confronté à un geste «aussi flagrant et direct».

Pendant les semaines qui ont suivi, il se souvient avoir dû surveiller ses arrières en permanence, car il ignorait qui était le responsable de cet acte et que l'entreprise n'avait pas fait de suivi jusque-là. 

Allonde Jr Georges
Photo courtoisie
Allonde Jr Georges

«Trop tard»

Même s'il a vivement dénoncé le geste qu'il voit comme une «incitation à la haine», Allonde Jr Georges n’est pas en faveur du congédiement de son collègue de travail. 

«Ce n’était pas nécessaire, affirme-t-il. La personne a 25 ans d’ancienneté. Elle a fait une erreur, mais ça ne justifie pas [son renvoi].» 

M. Georges est surtout indigné par la réaction tardive de son employeur et un congédiement qu’il perçoit comme une façon de sauver les meubles.

L’homme de 31 ans souligne avoir eu droit à des excuses de la part de son collègue lors d’une réunion tenue mercredi matin.

L’importance de dénoncer

Si Allonde Jr Georges a souhaité rapporter publiquement cet acte raciste, c’est en partie pour ses enfants. «Ils ont vu que leur père se tient debout contre l’injustice», dit celui qui sera bientôt père pour la quatrième fois.

C’est aussi pour sa mère, d’origine haïtienne, qui a enduré du racisme en silence pendant des années. «Elle pleurait chaque jour en rentrant du travail», se désole-t-il. «Mais notre génération, ce n’est pas la même chose. On n’a pas peur de parler.»