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Élections législatives au Venezuela: quel scénarios pour Maduro et Guaido?

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Le président vénézuélien gagnera-t-il en légitimité si son parti rafle le Parlement? Le chef de l’opposition, qui boycotte les législatives, se relèvera-t-il de la victoire annoncée du camp présidentiel? Le scrutin du 6 décembre sera l’occasion d’un nouveau bras de fer entre Nicolas Maduro et Juan Guaido.

Voici les scénarios après l’annonce récente d’élections pour renouveler le Parlement unicaméral du Venezuela, seule institution du pays actuellement contrôlée par l’opposition.

Maduro: la légitimité en question

Outre la date des législatives, l’autorité électorale (CNE) a annoncé la semaine dernière une modification du nombre de sièges à l’Assemblée nationale, qui passe de 167 à 277. L’explication officielle? Tenir compte de l’accroissement de la population du Venezuela, qui est actuellement d’environ 30 millions d’habitants.

Mais pour l’avocat Rafael Alvarez Loscher, directeur du cabinet juridique IURISCORP, ce nouveau système cherche avant tout à favoriser le parti au pouvoir, ainsi que des secteurs minoritaires de l’opposition qui participeront au scrutin, en dépit du boycottage annoncé des principales formations anti-Maduro. Ces dernières dénoncent une «farce» électorale. 

«Le chavisme [mouvement présidentiel] cherche à s’assurer une majorité qualifiée des deux tiers [...] Il ne veut pas non plus voir une Assemblée nationale toute rouge [la couleur du Parti socialiste uni du Venezuela, PSUV], mais plutôt avoir une certaine opposition pour conférer une certaine institutionnalité» au processus, explique à l’AFP M. Alvarez Loscher.

L’augmentation du nombre de sièges ouvre la porte du Parlement à des partis trop petits pour y être représentés actuellement. 

«La nouvelle Assemblée nationale arrive!» se réjouit déjà Nicolas Maduro.

Les grands partis d’opposition rejettent la nomination par la Cour suprême (TSJ), considérée comme acquise au pouvoir, d’un nouveau Conseil national électoral (CNE), alors que cette attribution revient normalement au Parlement. 

La TSJ a également démis mardi la direction du parti de Juan Guaido, Voluntad popular (Volonté populaire), et remis le contrôle de cette formation à un rival du chef de l’opposition. Deux autres formations majeures avaient déjà subi le même sort.

Nicolas Maduro se construit «une opposition à sa mesure», estime M. Alvarez Loscher.

L’Assemblée nationale est actuellement présidée par Juan Guaido, qui considère comme illégitime la présence au pouvoir de Nicolas Maduro et s’est proclamé en janvier 2019 président par intérim du Venezuela.

Il est reconnu comme tel par plus d’une cinquantaine de pays, dont les États-Unis, qui appellent ouvertement au renversement de Nicolas Maduro et appliquent diverses sanctions économiques contre Caracas. Nicolas Maduro est soutenu par la Russie, la Chine, l’Iran et Cuba.

Le chavisme, malgré le rejet international, est en train de réussir à «sortir de l’échiquier politique le Parlement dirigé par Guaido», juge le politologue Jesus Castillo Molleda.

Il y aura des interrogations sur la légitimité de la nouvelle Assemblée, mais il n’est pas clair encore si cela pourrait avoir des conséquences politiques. 

«Le gouvernement de Maduro continuera d’être là», souligne M. Castillo Molleda.

L’opposition avait déjà boycotté les législatives de 2005. Sans adversaires, le président d’alors, le défunt Hugo Chavez, avait renforcé son pouvoir. 

Guaido: joue sa survie politique

L’actuelle législature, qui a mis un terme à quinze ans d’hégémonie chaviste, arrivera à son terme le 5 janvier 2021.

Mais la victoire de l’opposition aux législatives fin 2015 est restée au stade du symbole. Dans la foulée de l’élection, le Parlement avait été déclaré en «rébellion» par la Cour suprême, annulant toutes ses décisions. 

À partir du 5 janvier, M. Guaido aura trois options: «rester au Venezuela et prendre le risque d’être arrêté, sortir du pays et profiter du soutien des alliés internationaux [...], ou réussir le miracle de battre Maduro à la faveur d’une rupture politique» qui diviserait le camp présidentiel, pense M. Castillo Molleda.

Avant l’irruption de la pandémie de COVID-19, le chef de l’opposition tentait de relancer la contestation dans la rue mais sans parvenir à mobiliser comme il l’avait fait après son arrivée au perchoir début 2019.

«Il existe un fossé géant entre le désir de changement politique (83% de la population) et l’espoir de ce changement (27%)», selon le directeur du cabinet Datanalisis, Luis Vicente Leon.

En plus d’être affaiblie, l’opposition vénézuélienne est divisée sur la conduite à tenir. 

On peut «passer du symbolique au ridicule», prévient l’ex-candidat d’opposition à la présidentielle Henrique Capriles, qui appelle à repenser la stratégie contre Maduro.

Pour l’avocat Rafael Alvarez Loscher, les législatives vont «radicaliser» la situation et la «crise va se durcir», regrette-t-il.