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Le prochain confinement

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Comme tout le monde, je profite du présent déconfinement pour revoir mes amis. Ils me manquaient.

Alors on s’attable, et la conversation reprend comme si l’épidémie n’avait jamais vraiment eu lieu.

Nous parlons un peu de la crise de la COVID, évidemment, et si nous nous racontons nos vies des derniers mois, nous sommes surtout pressés de revenir sur les questions qui nous obsédaient avant !

Nous parlons du Québec, de ceux qui le méprisent ou le sermonnent, de la situation politique, de l’avenir de l’indépendance, du français qui fout le camp, du politiquement correct qui rend fou, des intellectuels qui disent une chose en privé et une autre en public, de l’université qui vire à l’asile.

Repas

La vie n’est jamais aussi belle que lorsqu’elle prend la forme d’un banquet avec des amis qui s’imaginent trancher d’une phrase à l’autre le sort de la civilisation !

Et au moment de nous quitter, nous avons tous le même réflexe : nous nous souhaitons de nous revoir... avant le prochain confinement !

Car nous avons beau vouloir penser à autre chose, la présente pandémie ne disparaît pas simplement parce qu’elle n’occupe plus intégralement nos esprits.

Et nous sentons tous, même si nous n’en avons pas la certitude absolue, que la présente accalmie n’est justement rien d’autre qu’une accalmie.

Partout, les signaux les plus inquiétants se font sentir.

Le virus se propage à grande vitesse, comme on le voit aux États-Unis, où trop de gens se comportent en cabochons.

Écoutez Les idées mènent le monde, une série balado qui cherche a éclairer, à travers le travail des intellectuels, les grands enjeux de sociétés.

Je n’ai pas la moindre sympathie pour la bureaucratie onusienne et je suis de ceux qui voudraient voir nos États s’en émanciper, mais la présente pandémie n’est pas une conspiration de l’OMS ou de je ne sais quelle officine.

C’est une chose d’être critique, c’en est une autre d’être conspirationniste. 

Ainsi, je me creuse la tête, et je ne parviens pas à comprendre la querelle farfelue autour du masque.

Comme tout le monde, je préférerais ne pas le porter. Je n’aime pas une société où tout le monde doit sortir avec une tête de ninja. Mais il me semble évident que cet inconfort relatif ne relève pas de la dictature sanitaire, mais de la prudence la plus élémentaire.

Masque

Lorsque j’évoque un prochain confinement, je ne l’imagine pas aussi massif que celui des derniers mois. La société ne l’accepterait tout simplement pas. Mais je redoute une société sous surveillance accrue pendant plusieurs mois, peut-être même davantage, où la négligence de certains obligerait l’État à se faire de plus en plus intrusif.

Et ne l’oublions jamais : tout comme il est plus facile de confiner que de déconfiner, il est plus facile de suspendre des libertés que de les restaurer. De ce point de vue, l’autodiscipline personnelle et collective est infiniment préférable à la discipline policière. Les mœurs sont préférables à la loi.

Tout finit par passer. L’humanité en a vu d’autres. Cette crise passera aussi. Entre-temps, il semble bien que nous devions apprendre à vivre et à nous voir intelligemment entre deux confinements.