/24m/outings
Navigation

Rufus Wainwright survit à l’industrie de la musique

Rufus Wainwright survit à l’industrie de la musique
PHOTO COURTOISIE/V Tony Hauser

Coup d'oeil sur cet article

Il a su renverser la malédiction des saveurs du mois pour s’imposer comme une figure majeure de la pop adulte contemporaine. Rufus Wainwright est de ceux qui résistent au temps. Son dernier album en date sort ce vendredi. 

Les chanteurs qui connaissent une percée aussi fulgurante que Rufus Wainwright peinent souvent à honorer les grands espoirs qu’on fonde en eux. À ses débuts, en plus, c’était la fin d’un âge d’or, des disques produits à fort budget, des arrangements grandioses. L’avenir ne s’annonçait pas spécialement rose.

«Il y a eu Napster, l’effondrement de Universal Music, le téléchargement, l’écoute en continu, toutes ces choses-là, rappelle l’artiste. Le spectre d’un échec commercial flottait sur nous, les compagnies ont été frappées les unes après les autres. Et tu sais quoi? J’ai survécu à tout ça!»

«Unfollow The Rules, mon nouvel album, est une célébration de l’esprit du combattant que je porte en moi.»

Rufus Wainwright papillonne entre les styles. L’année 2020 marque cependant un retour à ses premières amours, à cette pop décalée et hors des modes dont lui seul a le secret.

«Quand je suis en studio, je me retrouve dans cet espèce d’état de transe où j’écris toutes ces chansons avec des musiciens rock et où j’ai l’impression que je vais me transformer en Bruno Mars!», confie-t-il avec beaucoup d’autodérision.

«Puis, quand l’album sort, je me rends compte que je ne pourrais pas être plus loin de ce que les jeunes écoutent en ce moment.»

Le courage de ses convictions

Entre Unfollow The Rules et son offrande enregistrée aux côtés de Mark Ronson en 2012, Rufus Wainwright s’est surtout immergé dans le monde de l’opéra. Il a composé Hadrian pour la Canada Opera Company de Toronto et mis en musique neuf sonnets de Shakespeare pour la prestigieuse étiquette classique Deutsche Grammophon.

«Le monde est vraisemblablement en train de devenir plus opératique en ce moment, que ce soit avec la nature qui menace de se rebeller contre nous ou avec la situation politique... Notre monde est aussi sinistre qu’un Verdi, aussi violent qu’un Puccini.»

Perméable à la haine qui consume son pays d’adoption - les états plutôt désunis de Donald Trump en l’occurrence -, le Montréalais d’origine y fait référence sur Hatred, Early Morning Sadness et Sword of Damocles. Cette dernière chanson ne figure pas sur son plus récent effort; il la trimballe en tournée depuis deux ans.

«Je trouve ça important de la chanter en spectacle compte tenu de ce qui se passe aux États-Unis, dit-il. Ceci dit, beaucoup de gens m’ont hué ou se sont levé pour quitter les salles où j’ai joué.»

«Une fois, à Minneapolis, j’ai fait ce show avec un orchestre et le trompettiste principal est parti en plein milieu de la chanson. C’est vraiment inhabituel de voir quelque chose comme ça.»

«Tu n’es pas vraiment “big” tant et aussi longtemps que tu n’es pas populaire en Caroline du Nord», entonne-t-il dans notre traduction libre sur You Ain’t Big. Mais ce n’est pas à la suite d’un succès dans la proverbiale Bible Belt qu’un artiste doit renier sa nature profonde.

Rufus Wainwright, en tout cas, reste fidèle à lui-même.