/entertainment/opinion/columnists
Navigation

Justice ou lynchage public?

Coup d'oeil sur cet article

Il y a en ce moment un virus qui rôde. Il est virulent, il terrasse ses victimes, les rendant K.-O., incapables de travailler, en pleurs.

• À lire aussi: Des têtes tombent dans le milieu artistique

• À lire aussi: L’empire de Maripier Morin s’écroule

C’est un virus pernicieux, car il se propage à la vitesse de l’éclair. Une seule personne en est atteinte et en quelques clics, elle contamine des milliers d’esprits.

Il frappe à l’aveugle, caché derrière un clavier. Ce virus ravageur a remplacé les enquêtes journalistiques, les enquêtes policières et les cours de justice.

C’est le virus de la dénonciation. Et le pire, c’est que ce virus se moque que la personne visée soit coupable ou innocente.

UN ÉTAT DE DROIT

Au cours des derniers jours, Safia Nolin a dénoncé sur Instagram des gestes graves qui auraient été posés par Maripier Morin (notez que j’utilise encore le conditionnel, comme on me l’a appris à l’école de journalisme).

Sur les ondes de QUB radio, la chroniqueuse Varda Étienne a affirmé : «Que Safia Nolin ait décidé de faire sa sortie sur les médias sociaux, ça la regarde. Qui sommes-nous pour juger le Où, Quand et Comment?».

Heu... non... ça ne regarde pas que Safia Nolin! Si dorénavant tout ceux qui se sentent lésés se lancent dans des dénonciations sur la place publique, c’est un déni de justice.

Il se trouve que dans le cas de Maripier Morin, elle a elle-même reconnu une partie des faits et s’est excusée. Mais en quoi cela justifie-t-il que l’on se fasse maintenant justice soi-même?

Et si un Lésé Anonyme décidait demain matin de dénoncer Varda sur les médias sociaux, affirmant qu’elle s’est mal conduite dans un contexte X, est-ce que Varda hausserait les épaules en disant que «ça la regarde»?

Il y a une raison pour laquelle on a choisi collectivement de vivre dans un État de droit : c’est pour éviter les dérapages de la justice populaire.

On a mis des balises, édicté des règles, établi des principes. La présomption d’innocence, le droit à une défense pleine et entière, le droit à un procès juste et équitable, le fardeau de la preuve, et autres conditions non négociables.

Sophie et Richard ne sont pas bons aux fourneaux, mais ils savent cuisiner leurs invités! Invitez-vous à la table de Devine qui vient souper? une série balado originale.

Je suis absolument terrorisée de voir que circule ces jours-ci une lettre anonyme, une liste interminable de noms de présumés harceleurs, jetés en pâture à la vengeance collective.

Aucune information sur les circonstances, l’époque ou la teneur de ces supposés épisodes de harcèlement.

Comment voulez-vous qu’un individu X se défende contre ça?

Qui l’accuse, de quoi, quand, comment? Un planqué ou une planquée vous met une cible sur le front et c’est à vous de prouver que vous n’avez rien fait!

Le virus de la dénonciation est un ennemi vicieux, car il se propage à toute vitesse. Essayez de courir après en criant «Je suis innocent!» : ce sera trop tard, le mal est fait, vous êtes accusé le matin, trouvé coupable le midi et exécuté au soir qui tombe.

LE TRIBUNAL POPULAIRE

Vous connaissez tous ces adages : «Le mensonge est porté par le lièvre et la vérité par la tortue» ou «Un seul mensonge fait plus de bruit que cent vérités»?

Eh bien, ils ont été créés pour notre époque.

La ligne entre la dénonciation et la délation est bien mince.