/news/society
Navigation

Facebook: le géant incontrôlable

Facebook: le géant incontrôlable
AFP

Coup d'oeil sur cet article

Le gouvernement du Québec et les institutions qui boycottent Facebook devraient plutôt légiférer, selon des experts qui dénoncent leur hypocrisie.

• À lire aussi - Montréal largue à son tour Facebook

• À lire aussi - Facebook: un audit interne déplore des décisions « problématiques » sur les droits civiques

• À lire aussi - Le boycottage publicitaire et la contestation de Facebook s’amplifient

«Le "méchant" est incontrôlable parce qu’on a décidé de ne pas le contrôler», lance d’entrée de jeu la stratège en communications numériques et médias sociaux Nellie Brière.

«Ni au Canada ni aux États-Unis, il n’y a eu de projets de loi suffisant pour encadrer [la modération de contenus et la circulation de l’information] sur les réseaux sociaux», fait-elle valoir.

Ce sont pourtant les gouvernements qui ont le pouvoir de légiférer.

«On pourrait dire qu’il y a une certaine forme d'hypocrisie puisque dorénavant, c’est plus payant de boycotter Facebook que de ne pas le faire», a indiqué l’expert en cybersécurité Jean-Philippe Décarie-Mathieu.

Un mouvement contre la haine

Plus de 1000 entreprises et institutions de partout dans le monde, dont Coca-Cola et Adidas, ont décidé de retirer leurs publicités du réseau social pour tout le mois de juillet. Elles réclament une meilleure gestion des contenus haineux et des fausses nouvelles.

Facebook: le géant incontrôlable
AFP

Le gouvernement du Québec, certaines villes et plusieurs compagnies québécoises ont adhéré à cette protestation au cours des derniers jours.

Le mouvement #StopHateForProfit a été lancé par des organisations de défense des droits civiques américaines à la suite de la mort de l’Afro-Américain George Floyd sous le genou d’un policier blanc, en mai dernier.

Des pertes minimes

Ce boycottage ne devrait toutefois pas trop embêter Facebook financièrement. D’après les estimations du média américain Bloomberg, le réseau social perdra environ 250 M$ en revenus publicitaires, sur les 77 G$ attendus en 2020.

Les institutions et les entreprises qui participent au boycottage le font donc davantage pour ébranler la réputation du réseau social, estiment les experts consultés. Si elles ne vont générer aucune publicité au mois de juillet sur Facebook, elles profitent quand même de ce mouvement pour mousser leur image, soulignent les experts.

«C’est sûr que c’est une opération de relations publiques. Après, je pense que ça peut être sincère. Les dirigeants de ces grandes compagnies, ce sont des humains avec des sentiments et ils veulent développer pour leur entreprise la notion de bon citoyen corporatif», nuance le président d’Infopresse et spécialiste des médias Arnaud Granata.

Pour bien s’attaquer au géant, il va falloir une concertation entre pays.

«Facebook a des revenus nets plus gros que les PIB de plusieurs pays combinés. Le rapport de force n’est pas là. [...] La majorité des pays dans le monde n’ont pas le levier nécessaire pour taper sur les doigts de Facebook», mentionne Jean-Philippe Décarie-Mathieu.

Les Québécois qui boycottent Facebook:  

  • Mouvement Desjardins       
  • Sobeys (IGA, Bonichoix, Tradition et Rachelle Béry)       
  • Banque Nationale       
  • Banque Laurentienne       
  • Musée d'art contemporain de Montréal       
  • Musée de la civilisation de Québec       
  • Loto-Québec       
  • SAQ       
  • Hydro-Québec       
  • Gouvernement du Québec       
  • Ville de Brossard       
  • Ville de Laval       
  • Ville de Montréal       
  • Ville de Québec              

Contrer une armée de fausses nouvelles  

Facebook «n’aura probablement jamais trop de vérificateurs de faits», d’après une journaliste qui s’attaque aux fausses nouvelles sur le réseau social.

«C’est écrasant parfois parce qu’il y a tellement de publications à vérifier», explique la journaliste Marisha Goldhamer.

Basée à Washington, elle travaille pour l’Agence France-Presse, qui a été mandatée par Facebook pour surveiller les fausses nouvelles sur sa plateforme. Elle supervise un journaliste à Montréal et un autre à Toronto. Ils couvrent, depuis 2018, l’ensemble du Canada. Leur travail est de démentir des publications atteignant parfois des centaines de milliers d’internautes.

La pandémie et le décès de George Floyd, en mai dernier, ont fait monter en flèche la diffusion de fausses nouvelles, selon Mme Golhamer, qui admet en avoir plein les bras.

Un fléau connu

La propagation de contenus haineux et de fausses nouvelles est devenue un fléau ces dernières années sur Facebook. Un mouvement a d’ailleurs été lancé par des associations de droit civique pour boycotter le géant durant le mois de juillet. Plus d’un millier d’entreprises participent au mouvement.

Durant les derniers mois, Mme Goldhamer en a vu de toutes les couleurs: des gens qui pensent que l’Afro-Américain George Floyd, tué par un policier en mai, était un joueur de la NBA, des personnes qui partagent de fausses informations sur un vaccin en lien avec la COVID-19, etc.

«Les gens sont à la maison, ils sont effrayés et ils publient des informations sans les vérifier. Je vous demande de prendre une minute avant de partager un contenu pour valider sa véracité», lance la journaliste.

Un océan de fausses nouvelles

Pour contrer ces fausses nouvelles, Marisha Goldhamer et son équipe ont accès à une base de données Facebook de toutes les présumées fausses nouvelles signalées par des Canadiens, soit plus de 1000 publications en tout temps.

Si la journaliste signale un contenu comme étant faux, les utilisateurs qui ont partagé ce message ou qui sont sur le point de le faire seront informés qu’il est erroné.

L’équipe de vérification de faits de l’Agence France-Presse comprend 86 personnes qui travaillent dans 15 langues différentes à travers le monde. Il y a également d’autres organisations médiatiques qui travaillent avec le géant américain pour contrer l’expansion de fausses nouvelles.


2,6 milliards 

Nombre d’utilisateurs mensuels (Source: Facebook)  

24 millions 

Nombre de Canadiens qui utilisent Facebook chaque mois (Source: Facebook)  

+ de 100 milliards 

Nombre de messages qui sont envoyés sur les plateformes appartenant à Facebook chaque jour. (Source: Facebook)  

3 millions 

Contenus haineux retirés par mois (Source: Facebook)  

Facebook: le géant incontrôlable
AFP

2004 

Création de Facebook.  

2009 

Le réseau social introduit son bouton «j’aime» («like»).  

2012

La compagnie achète Instagram pour 1 G$.  

2012

Entrée en bourse de Facebook.

2012

Le réseau social atteint un milliard d’utilisateurs mensuels.

2014

Facebook paye près de 22 G$ pour acheter WhatsApp.

2018

Le scandale Cambridge Analytica éclate. Cette compagnie a eu accès aux données de plus de 87 millions d’utilisateurs de Facebook sans leur consentement.

2019

Facebook écope d’une amende record de 5 G$ pour avoir «trompé» ses utilisateurs sur leur capacité à contrôler la confidentialité de leurs informations personnelles.