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Leçon d’humilité et d’humanité

L’espoir de la beauté
Photo courtoisie L’espoir de la beauté
Andrée Laberge, Pleine lune, 224 pages, 2020

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Il est sympathique, curieux, vif d’esprit, quasiment fanfaron. Et il est handicapé. Tout un personnage est mis en scène dans L’espoir de la beauté !

Un peu plus et on croirait avoir affaire à un roman austère. La quatrième de couverture n’annonce-t-elle pas qu’il sera question de quête de sens, de vulnérabilité, de Dieu ?

Et en quelques pages à peine, après un premier dialogue entre le protagoniste du récit et Dieu rencontré dans ses rêveries, boum ! retour sur Terre ! Le héros vient de chuter sur le sol, tombé de son lit. Atterrissage raté !

Mais pas question de se redresser, puisque l’homme est paralysé. Il est 3 h 35, le préposé du matin ne sera là qu’à 7 h. Juste le temps nécessaire pour angoisser, finir même par engueuler Dieu.

Et ça réveille la voisine d’en haut, qui se décide à appeler le 911 ! Dix minutes plus tard, deux policiers arrivent, la voisine sur les talons. L’homme les accueille avec un humour tout en ironie. « Cette nuit, tu es tombé de haut et il te sera difficile de t’en relever », constate le récit, entièrement écrit au « tu ».

Ainsi commence la journée de cet homme dont on ne saura jamais le nom. Une journée mouvementée, car les visiteurs se succéderont : les préposés qui prennent soin de lui, son frère, son meilleur ami, une ex-amoureuse, et à nouveau la voisine.

Le tour de sa vie

Et sans même bouger de son fauteuil roulant, l’homme fera le tour de sa vie, revenant sur sa dystrophie qui a fini par beaucoup l’amoindrir. Parallèlement, il fera le tour de la société. On la voit autrement quand on est confiné à son appartement !

Ce constat, nous l’avons tous fait ces derniers mois. Le beau roman d’Andrée Laberge permet de pousser plus loin la réflexion.

Son personnage est un scientifique qui a raté sa carrière de chercheur, trop occupé, plus jeune, à noyer ses problèmes de santé dans l’alcool. Il est devenu sobre, mais a gardé une soif de comprendre. 

Or, belle surprise, sa voisine est une physicienne à la retraite. Ça lui donne envie de mieux la connaître : il faut les voir plonger ensemble dans l’espace grâce au site de la NASA !

Mais l’homme est aussi un cabotin, qui dansait autrefois sur du Mick Jagger tout en jouant au troubadour du Moyen-Âge, histoire de faire rire les copains et séduire les femmes. Un poète caché sous une cape rouge.

Il a gardé son amour des mots. Ceux qui fusent dans de vives répliques, ceux qui amusent, ceux qui consolent, ceux qui interrogent, ceux qui doutent. Il en explorera toute la gamme avec ses visiteurs du jour.

Encore faut-il y aller rondement : l’homme a un horaire à respecter s’il ne veut pas que son corps et même son esprit s’ankylosent. Pas d’improvisation, pas d’insouciance... Mais la vie, il le mesurera ce jour-là, n’est jamais vraiment figée.

Tout cela tisse un roman d’espoir, d’une impressionnante humanité.