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Les pires structures du Québec: plusieurs maires inquiets de la décrépitude des ponts

L’un d’eux croit même que le MTQ « ne fonctionne pas à vitesse optimale » quand vient le temps de les remplacer

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Privés de voyages à l’étranger en raison de la pandémie de COVID-19, les Québécois s’apprêtent à sillonner le Québec durant les vacances. Notre Bureau d’enquête vous présente un dossier spéciale qui montre les pires ponts de la province. Rouille, fissures, chutes de béton ; toutes ces structures sont encore jugées sécuritaires par le ministère des Transports, mais elles devront être remplacées à brève échéance.


• À lire aussi: Près de 400 ponts sont à remplacer au plus vite

QUE SIGNIFIENT LES INDICES DE L’ÉTAT DES PONTS

XX Indice combiné (ICS)

L’indice combiné, compris ente 0 et 100, donne une bonne idée de l’état général du pont. Il est composé de trois indices, soit la vulnérabilité sismique, l’état de la structure et sa capacité à jouer son rôle. Plus l’indice est bas, plus le pont est vulnérable. 

XX Indice de matériau de la structure (IMS)

Il permet de suivre l’évolution de l’état des matériaux du pont. Des défauts comme la désagrégation du béton, la corrosion de l’acier ou la pourriture du bois sont pris en considération. Les résultats sont exprimés sur une échelle de 0 à 100. Le chiffre 100 correspond à la meilleure condition.

L’affreux pont de Dorval  

Edgar Rouleau, maire de Dorval, déplore la désuétude du viaduc rafistolé de l’autoroute 520 à Dorval, sur la 55e Avenue.
Photo Ben Pelosse
Edgar Rouleau, maire de Dorval, déplore la désuétude du viaduc rafistolé de l’autoroute 520 à Dorval, sur la 55e Avenue.

« Si ta tasse de café est pleine, tu risques d’en avoir sur tes pantalons. »

Le maire de la municipalité de Dorval, Edgar Rouleau, ne fait pas dans la dentelle pour décrire le pont en décrépitude situé sur l’autoroute 520 au-dessus de la 55e Avenue, à Dorval. 

« Ça donne un coup. Mais on est assez habitué. On le sait maintenant », rigole le maire pour illustrer un passage en voiture sur le pont.

« C’est un dossier que l’on suit avec le MTQ depuis quatre ou cinq ans », signale-t-il.

Québec a même dû installer des poutres de soutien sous la totalité de la structure pour éviter un affaissement. En conséquence, une seule voie de la 55e Avenue est accessible sous le viaduc.

Le pont de l’A520 au-dessus de la 55e Avenue, à Dorval, est en si mauvais état que le MTQ a dû installer des étayages pour supporter la structure en attendant son remplacement.
Photo Pierre-Paul Poulin
Le pont de l’A520 au-dessus de la 55e Avenue, à Dorval, est en si mauvais état que le MTQ a dû installer des étayages pour supporter la structure en attendant son remplacement.

« Le gros inconvénient, c’est vraiment pour les industries et les commerces qui sont de chaque côté de la route 520. Au début, le MTQ avait mis ça one-way », indique M. Rouleau.

Il y a deux ans, la Ville a décidé d’agir et d’installer un feu automatique et chronométré qui permet une alternance entre les deux voies.

« Ça permet aux camions et aux gens qui travaillent dans le bout de quand même passer », dit le maire.

Reste que les industries et les commerçants commencent à s’impatienter. 

« En même temps, s’il n’était pas sécuritaire, le MTQ le fermerait », soutient le maire. 

Le MTQ a indiqué à la municipalité que les travaux devraient commencer d’ici 2021.

Où : A520 au-dessus de la 55e Avenue

Construction : 1966

Débit journalier : 34 000 véhicules

54,6 | 31,1 

État : Limitation des charges par retranchement des voies de desserte, structure nécessitant un remplacement. Risque de chute de fragments de béton. 

Encore trois ans d’attente à Rosemère  

Éric Westram, maire de Rosemère, devant le pont de la route 117 où on interdit certains poids lourds de passer en attendant de le remplacer.
Photo Pierre-Paul Poulin
Éric Westram, maire de Rosemère, devant le pont de la route 117 où on interdit certains poids lourds de passer en attendant de le remplacer.

Un pont situé sur la route 117 au-dessus du bras nord de la rivière des Mille-Îles, à Rosemère, devra encore attendre trois ans avant d’être reconstruit malgré la dégradation avancée de sa structure.

Photo Pierre-Paul Poulin

« En 2018, il y a des analyses qui ont été faites. Depuis, le MTQ a mis une limitation de charges pour maintenir la fonctionnalité de la structure. On empêche certains poids lourds de traverser », indique le maire de Rosemère, Éric Westram.

Le MTQ a promis de remplacer l’ouvrage par un pont préfabriqué. Une telle méthode de construction devrait accélérer le déroulement du chantier sur le terrain, mais ce ne sera pas avant 2023.

Dans ce dossier, M. Westram fait confiance à l’expertise du MTQ. 

« Je ne suis pas ingénieur. Je m’en remets au MTQ qui ont des gens compétents, dit-il. Si j’apprends qu’il n’est pas sécuritaire, je ne demanderai pas au MTQ, je le fermerai demain. On ne mettra pas la vie des gens en péril. »

M. Westram affirme que le MTQ « ne fonctionne pas à vitesse optimale », mais il ose croire que l’élastique n’a pas été trop étiré dans ce dossier.

« C’est un ministère avec lequel on éprouve parfois des difficultés à obtenir des réponses », ajoute-t-il.

Chose certaine, le nouveau pont devrait compter une piste cyclable, un projet précieux pour le maire. 

« Ça va permettre aux citoyens de traverser de Sainte-Thérèse et continuer comme ça jusqu’à Montréal. On parlait de cette piste cyclable depuis 2013. » 

Où : Route 117 au-dessus de la rivière des Mille-Îles

Construction : 1947

Débit journalier : 24 000 véhicules

67,4 | 17,2

État : Limitation des charges par retranchement des voies de desserte, structure nécessitant un remplacement. Risque de chute de fragments de béton. Fissuration du béton. 

À remplacer au plus vite à Québec  

Photo Simon Clark

Le pont qui est situé sur le chemin des Quatre-Bourgeois, au-dessus de l’autoroute 73, à Québec, est le 13e pire au Québec selon la note attribuée par le MTQ. Plus de 13 000 automobilistes et camionneurs l’empruntent quotidiennement, sans compter les milliers d’autres qui doivent passer sous la structure en empruntant l’autoroute Henri-IV à la tête des ponts. 

Ce pont est affecté par la réaction alcali-silice (RAS). Il s’agit d’un phénomène qui conduit au gonflement et à la fissuration du béton ainsi qu’à une diminution de ses propriétés mécaniques. Le MTQ a dû installer du grillage sur les côtés extérieurs ainsi que sur la dalle de la travée centrale. Justement, selon le dernier rapport d’inspection datant de 2017, les propriétés mécaniques du béton de cette structure sont faibles. À l’époque, les ingénieurs considéraient déjà qu’il devait être reconstruit totalement avant la fin de 2021.

Où : Chemin des Quatre-Bourgeois au-dessus de l’A73

Construction : 1962

Débit journalier : 13 000 véhicules

42,2 | 15,9

État : Structure avec déficiences nécessitant un remplacement. Risque de chute de fragments de béton. 

Important pont à reconstruire  

Photo Ben Pelosse

Le pont Gédéon-Ouimet, situé sur l’autoroute 15 au-dessus de la rivière des Mille-Îles, entre Laval et Boisbriand, est l’un des ponts autoroutiers les plus achalandés au Québec. 

Cette structure de plus d’un kilomètre devra bientôt faire l’objet d’un chantier majeur.

La dernière inspection générale, datée d’octobre 2019, fait état d’infiltration d’eau, de trous présents dans le pavage, d’éclatements et de fissures verticales, de boulons desserrés, de beaucoup de corrosion, de défauts du revêtement et même d’une diminution appréciable de la capacité de support par endroits.

Où : A15 au-dessus de la rivière des Mille-Îles

Construction : 1958

Débit journalier : 138 000 véhicules

75 | 64,7

État : Structure avec déficiences nécessitant un remplacement. Risque de chute de fragments de béton. 

Sous haute surveillance à Laval  

Photo Ben Pelosse

Les qualificatifs utilisés dans les rapports d’inspection du MTQ pour décrire le pont de la route 117 au-dessus de l’autoroute 15, à Laval, sont nombreux. 

« Réparations douteuses », « désagrégations moyennes à importantes », « défaut de matériaux pouvant réduire sa capacité à supporter les charges de façon appréciable », « pourriture », « corrosion », « perte de matériaux et accumulation de débris », peut-on lire.

L’administration du maire Marc Demers n’a pas voulu commenter le dossier, se contentant de dire, par la voix du conseiller spécial du maire, qu’elle surveille le dossier. 

« Je vous confirme que nous sommes en contact étroit et régulier avec le MTQ concernant l’état de toutes les infrastructures sous sa juridiction située sur le territoire de Laval », a mentionné Robert-Charles Longpré.

Où : Route 117 au-dessus de la rivière des Mille-Îles

Construction : 1959

Débit journalier : 22 180 véhicules

70 | 28,4

État : Structure avec déficiences nécessitant un remplacement. Risque de chute de fragments de béton. Fissuration du béton. 

Nombreuses fissures sur l’autoroute Ville-Marie  

Photo Ben Pelosse

Très achalandé, le pont de l’autoroute Ville-Marie au-dessus de l’avenue Atwater, à Westmount, nécessite un remplacement. Des travaux temporaires ont été réalisés en 2017, et le pont est toujours en observation, principalement parce qu’il y a un risque de chute de fragments de béton. La dernière inspection générale a permis d’observer de nombreuses fissures, du délaminage affectant de façon importante sa capacité et de l’éclatement de béton qui laisse apparaître l’armature.

Où : A720 au-dessus de l’avenue Atwater

Construction : 1972

Débit journalier : 55 000 véhicules

75,6 | 72,5

État : Structure avec déficiences nécessitant un remplacement. Risque de chute de fragments de béton. 

Les 10 pires ponts  

(1000 passages et plus par jour)

Plessisville

Route Kelly

38 | 19

Construction : 1923

Débit journalier : 1400

Camions : 10 % du trafic


Saint-Stanislas

Route 159

40 | 9

Construction : 1922

Débit journalier : 1450

Camions : 11 %


Québec

Chemin des Quatre-Bourgeois

42 | 16

Construction : 1962

Débit journalier : 13 000

Camions : 4 % du trafic


La Pocatière

Route 132

43 | 33

Construction : 1950

Débit journalier : 2320

Camions : 5 % du trafic


Victoriaville

Pont des Bois-Francs

Boulevard des Bois-Francs Sud

47 | 6

Construction : 1956

Débit journalier : 9002

Camions : 7 % du trafic


L’Anse-Saint-Jean

Rue des Côteaux

47 | 21

Construction : 1970

Débit journalier : 1060

Camions : 0 % du trafic


Montréal

Pont Honoré-Mercier

Route 138, direction Châteauguay

48 | 17

Construction : 1933

Débit journalier : 71 000

Camions : 6 % du trafic


Saint-Antoine-sur-Richelieu

Route 223

48 | 26

Construction : 1958

Débit journalier : 2430

Camions : 8 % du trafic


Vaudreuil-Dorion

Route 342

48 | 24

Construction : 1929

Débit journalier : 7700

Camions : 7 % du trafic


Mirabel

Rang Saint-Étienne

49 | 20

Construction : 1953

Débit journalier : 3600

Camions : 8 % du trafic 

Quel est l'état du pont de votre région ?  

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