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Les pires structures du Québec: près de 400 ponts sont à remplacer au plus vite

Notre Bureau d’enquête vous présente la liste et les rapports d'inspection de plus de 2000 structures au Québec

Pont Dorval
Photo Pierre-Paul Poulin Le pont de l’A520 au-dessus de la 55e Avenue, à Dorval, est en si mauvais état que le MTQ a dû installer des étayages pour supporter la structure en attendant son remplacement.

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Près de 400 ponts au Québec nécessitent un remplacement en raison de leur mauvais état, révèle une compilation faite par notre Bureau d’enquête. Et la situation se détériore, car les sommes requises pour les garder sécuritaires augmentent sans cesse.

• À lire aussi: Plusieurs maires inquiets de la décrépitude des ponts

Les dizaines de milliers de Québécois qui ont choisi de rester ici pendant leurs vacances en raison de la COVID-19 devront faire confiance aux ingénieurs du ministère des Transports (MTQ) lorsqu’ils sillonneront les routes.

Ce sont eux qui signent les rapports d’inspection des 9600 structures routières au Québec.

Notre Bureau d’enquête a analysé tous ces rapports et vous présente aujourd’hui un dossier spécial qui montre les ponts et viaducs les plus vétustes de la province.

D'inquiétantes fissures sur le pont de l'A520.
Photo Pierre-Paul Poulin
D'inquiétantes fissures sur le pont de l'A520.

Une proportion importante de ces structures ont été construites dans les années 1960 et 1970 et ont atteint leur fin de vie utile. Malgré les investissements des dernières années, le déficit d’entretien, c’est-à-dire les coûts pour les retards accumulés pour réparer ou remplacer ces structures, atteint 18,7 G$.

Il y a urgence

En juin, lors du dépôt du projet de loi 61 pour relancer l’économie, l’ex-président du Conseil du trésor Christian Dubé a affirmé que plusieurs ponts doivent être rapidement reconstruits.

Plus précisément, 384 ponts figurent dans la catégorie la plus critique, c’est-à-dire qu’ils nécessitent un remplacement. Le MTQ y dénombre plus de 1,5 million de passages de véhicules quotidiennement. 

À cela s’ajoutent plus de 2000 infrastructures dont l’état est moins préoccupant, mais qui nécessitent tout de même des travaux majeurs en raison d’une structure défaillante, de leur vulnérabilité aux tremblements de terre ou de la désuétude des matériaux.

Plusieurs d’entre elles ont des limitations de poids, visant principalement l’industrie du camionnage, rarement respectées. 

Le MTQ assure qu’il est encore sécuritaire de circuler sur les ponts qui nécessitent un remplacement. 

« Le ministère dispose d’un programme d’inspection pour détecter au plus tôt les défauts qui peuvent affecter les structures, explique Émilie Lord, porte-parole du MTQ. Lorsqu’une situation particulière l’exige, le ministère peut prendre les mesures nécessaires afin d’assurer la pérennité des structures. »

D’ici 10 ans, Québec a prévu injecter 26,8 G$ dans son réseau routier.

La moitié de ces sommes a été réservée afin de mettre de l’ordre dans le déficit de maintien d’actifs. 

DES PONTS EN MAUVAIS ÉTAT

66 % des ponts et des viaducs du MTQ ont été construits dans les années 1960 et 1970.

47 % de ces structures sont en mauvais état.

41 ans âge moyen des structures.  

Source MTQ – PQI 2020-2021

Quel est l'état du pont de votre région ?  

Notre carte interactive montre plus de 2000 structures partout au Québec. Apprenez-en plus sur leur état et découvrez les rapports d’inspection.

QUE SIGNIFIENT LES INDICES DE L’ÉTAT DES PONTS

XX Indice combiné (ICS)

L’indice combiné, compris ente 0 et 100, donne une bonne idée de l’état général du pont. Il est composé de trois indices, soit la vulnérabilité sismique, l’état de la structure et sa capacité à jouer son rôle. Plus l’indice est bas, plus le pont est vulnérable. 

XX Indice de matériau de la structure (IMS)

Il permet de suivre l’évolution de l’état des matériaux du pont. Des défauts comme la désagrégation du béton, la corrosion de l’acier ou la pourriture du bois sont pris en considération. Les résultats sont exprimés sur une échelle de 0 à 100. Le chiffre 100 correspond à la meilleure condition.

Les retards d’entretien s’accumulent  

Les coûts liés aux retards dans l’entretien des infrastructures du réseau routier québécois ont bondi de presque 3 G$ en moins d’un an pour atteindre la somme record de 18,7 G$. 

Québec est à court de solutions pour freiner cette escalade.

En 2019, les routes québécoises accusaient un déficit d’entretien record de 16 G$, d’après les données du MTQ.

Gabriel Assaf, professeur à l’École de technologie supérieure (ÉTS), mentionnait alors au Journal qu’on se dirigeait « vers un cul-de-sac », et ce, malgré des investissements records de près de 2,5 G$, alors prévus pour 2019-2020.

Pas tout dit

En mai dernier, durant la crise de la COVID-19, le ministre des Transports François Bonnardel a annoncé un investissement de 3,2 G$ qui sera consacré à nos « routes en déroute », disait-il.

Or, ce qu’il n’a pas dit à ce moment-là, c’est que la facture pour entretenir le réseau avait également explosé de presque 3 G$ supplémentaires. 

Selon des sources, le ministère est tellement dépassé par les événements qu’il tenterait de trouver une nouvelle manière de calculer le déficit d’entretien, à défaut de pouvoir le contrôler.  

Le déficit de maintien d’actifs du réseau routier  

  • Structures (ponts et ponceaux) du réseau supérieur 9,5 G$  
  • Ponts du réseau municipal 0,8 G$  
  • Ponceaux de moins de trois mètres 1 G$  
  • Chaussées du réseau supérieur 7,4 G$   

Total 18,7 G$

Investissements prévus d’ici 10 ans  

  • Prise en charge du déficit de maintien d’actifs 13,1 G$  
  • Maintien d’actifs 7,6 G$  
  • Remplacement 1,5 G$  
  • Bonification du parc (nouveaux projets) 4,6 G$   

Total 26,8 G$