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Trump et Roger Stone: corruption sans précédent

Le président américain Donald Trump
Photo AFP Le président américain Donald Trump

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La commutation de la peine de prison de Roger Stone par Donald Trump est bel et bien un acte de corruption sans précédent pour un président américain.

Le droit de pardonner ou de commuer la peine de prison de personnes accusées de crimes en bonne et due forme est une prérogative incontestable du président des États-Unis. Donald Trump le sait et il sait aussi que ce droit est sans appel. 

N’empêche que la commutation de la sentence de 40 mois de prison de son acolyte Roger Stone, à quelques jours de son entrée en vigueur, représente, de la part du président, un acte sans précédent de corruption. C’est aussi l’avis du sénateur républicain et mouton noir du culte de la personnalité trumpiste qu’est devenu son parti, Mitt Romney:

Les détails de l’affaire sont bien expliqués dans cet article publié ce matin dans Le Journal, mais certains doutent encore qu’il s’agisse d’un acte de corruption ou que la commutation de la peine de Stone ait quoi que ce soit d’exceptionnel.

Corruption évidente

En bref, c’est un acte de corruption, car les crimes commis par Stone et pour lesquels il a été dûment trouvé coupable par un jury formé de ses pairs visaient explicitement à protéger Donald Trump dans l’enquête sur l’affaire russe. Comme le rappelle l’ex-commissaire Mueller lui-même, Stone a menti sciemment aux enquêteurs de sa commission et au Congrès des États-Unis dans le but évident de dissimuler les faits qui auraient permis d’appuyer une mise en accusation du président pour complot dans l’affaire russe. 

Rappelons que, dans cette affaire, le candidat Trump avait accueilli favorablement l’aide de WikiLeaks à partir de données subtilisées à la campagne démocrate par des agents russes, mais le lien de collaboration active entre la campagne et ces deux entités n’a jamais pu être établi. Selon toute apparence, ce lien était Roger Stone lui-même, mais ses mensonges (qui visaient explicitement à protéger Trump, étant donné qu’il aurait pu bénéficier d’une très large immunité s’il avait collaboré à l’enquête) ont assuré que ce lien n’a pas pu être établi hors de tout doute raisonnable, et donc que la commission Mueller n’a pas pu impliquer Trump lui-même dans les actes criminels en question, même si un grand nombre de ses associés l’ont été.

La définition même de la corruption de la part d’un officier public consiste à commettre un acte officiel dans le but de se procurer un avantage personnel. En rendant clair, a priori, qu’il allait récompenser Stone pour sa loyauté personnelle et en donnant suite à cette promesse en permettant à Stone de rester un homme libre, Trump a utilisé le pouvoir présidentiel à son avantage personnel évident. 

Corruption sans précédent

On rétorquera que d’autres présidents ont utilisé le pouvoir de pardon ou de commutation de peine dans des cas qui ne font pas l’unanimité comme, par exemple, la commutation de la lourde peine de Chelsea Manning, trouvée coupable d’avoir dévoilé des secrets militaires, ou Susan Rosenberg, une activiste inculpée pour des actes violents commis au nom de causes d’extrême gauche. Ces commutations soulevaient manifestement des objections, mais il faut quand même souligner que Manning avait purgé sept ans d’une peine de 35 ans et que Rosenberg avait purgé 16 ans d’une peine de 58 ans. Il est aussi clair que ni une ni l’autre de ces décisions ne représentait un avantage personnel pour Obama ou Clinton.

On a aussi souligné le fait que Donald Trump a fait un usage particulièrement parcimonieux de ses pouvoirs de clémence, qu’il n’a utilisés que 25 fois à ce jour. Quand on regarde de près ces cas, toutefois, il est clair que plusieurs de ces actes de clémence ont été posés à l’endroit d’alliés politiques ou personnels du président, et parfois pour des motifs politiques assez évidents.

Par exemple, Trump a pardonné le shérif du comté de Mariposa en Arizona, Joe Arpaio, accusé de profilage racial systématique. Il a aussi gracié son ami, biographe et grand admirateur, le magnat canado-britannique Conrad Black et le pamphlétaire d’extrême droite Dinesh D’Souza. Il a aussi commué la peine de l’ancien gouverneur de l’Illinois et participant à son émission Celebrity Apprentice, Rod Blagojevich. Dans tous ces cas et bien d’autres, la connexion personnelle ou politique avec Donald Trump est facile à faire. On pourrait aussi dire que les rares cas où Trump a exercé son pouvoir de pardon d’une façon qui correspond à l’esprit de ce pouvoir, il l’a fait dans le but apparent de gagner des points politiques, ce qui est compréhensible. 

Quoi qu’on en dise et quoi qu’on pense du niveau de corruption atteint par ses prédécesseurs, y compris Richard Nixon, qui a dû démissionner dans le déshonneur, il n’est pas difficile de démontrer que le niveau de corruption atteint par Donald Trump est pire.

Entouré de criminels

Il est possible que Trump ait préféré pardonner Stone, soit effacer sa condamnation de son dossier criminel au lieu de lui éviter la prison, mais ses conseillers lui ont sans doute signalé que ce geste lui serait plus coûteux politiquement. Il est toutefois douteux que ce genre de considération prenne beaucoup de place dans le processus de décision d’un président qui a longtemps évoqué ouvertement la possibilité de se pardonner lui-même, ce qui mettrait fin à toute possibilité de poursuite criminelle contre lui pour des crimes fédéraux commis avant ou pendant son mandat. On en reparlera.

Pour le moment, la clémence accordée à Roger Stone attire néanmoins l’attention sur le fait indéniable que Donald Trump est entouré de criminels confirmés, comme le souligne habilement et pas très subtilement cette publicité du groupe Lincoln Project diffusée aujourd’hui: 

Reste à savoir si l’électorat retiendra ce lourd bilan ou si les mensonges systématiques et les efforts de désinformation de Donald Trump de son entourage réussiront à le faire oublier.