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Rebondir après le désastre

L’effondrement des ventes de repas d’avion force Fleury Michon à s’adapter

Fleury Michon - COVID-19
Photo courtoisie Lorsque la très grande majorité des avions ont été cloués au sol, Stephane Koeman, v.-p., ventes et marketing, de Fleury Michon Amérique, a vendu ou encore donné des plats à des organismes caritatifs afin d’écouler ses stocks et de faire œuvre utile.

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Le géant français Fleury Michon se tourne vers la vente en ligne de plats préparés pour rebondir après avoir vu ses ventes de repas d’avion s’écraser de 95 % en raison de la pandémie.

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« On va lancer notre propre site marchand à l’automne. On a bien compris qu’il faut diversifier nos activités. On vendra des pâtes surgelées, du poulet dijonnais, du risotto, du mijoté de bœuf et des poke bowls », a indiqué Stephane Koeman, vice-président, ventes et marketing, de Fleury Michon Amérique. 

Fondé en 1905, le géant français de l’alimentation, qui a son siège social à Pouzauges, une petite ville de Vendée, pèse lourd dans l’industrie alimentaire avec des ventes de 1,1 milliard de dollars l’an dernier. 

Fleury Michon, qui vaut plus de 167 millions de dollars à la Bourse de Paris, a posé le pied au Québec en 2006 en achetant l’usine de Rigaud de Delta Dailyfood, et prépare des plats pour des compagnies d’aviation, comme Air Canada et Air Transat.

« Plus de 95 % de la production de l’usine de Rigaud est destinée aux avions. Quand la crise a commencé, on a été obligé de l’arrêter. On a dû mettre à pied temporairement nos 350 employés de l’usine de 200 000 pieds carrés », a poursuivi Stephane Koeman.

Repositionnement à Rigaud

Au Québec, l’usine qui tournait à plein régime a été sonnée par l’arrêt des grandes lignes aériennes, qui l’a forcée à se repositionner d’urgence. 

« On s’est dit qu’on ne pourrait plus dépendre seulement de l’aviation », a résumé M. Koeman, en ne passant pas par quatre chemins.

En France, Fleury Michon est toujours en bonne posture. Ses charcuteries et ses plats cuisinés se sont vendus comme des petits pains chauds durant la pandémie, une aubaine pour sa division québécoise, qui peut compter sur elle.

« On a perdu les trois quarts de notre chiffre d’affaires cette année. En Europe, c’est le contraire. En France, ça va très bien. On est chanceux d’avoir une maison mère très forte parce que ça aurait été très difficile de passer à travers la crise sans eux », a poursuivi M. Koeman.

Quand l’économie québécoise s’est mise sur pause à la mi-mars, l’usine s’est vite retrouvée avec des centaines de milliers de plats en trop. Aujourd’hui, près de trois millions de repas dorment dans ses congélateurs.

« Quand un événement comme ça arrive, on s’aperçoit de la vulnérabilité de l’organisation, a analysé le haut dirigeant. Dans le commerce au détail, ça va, tout le monde doit manger, pandémie ou pas, mais dans l’aviation, c’est différent. Les gens ne sont pas obligés de voyager, alors l’impact est grand, et ça peut chuter drastiquement, comme ça a été le cas pour nous ».

Modèle d’affaires

Pour Sylvie Cloutier, PDG du Conseil de la transformation alimentaire du Québec (CTAQ), Fleury Michon fait bien de se lancer dans la vente en ligne de plats préparés parce qu’elle a l’expertise pour porter ce projet.

« Fleury Michon a le modèle d’affaires idéal. Ils ont des plats préparés, un peu comme Jérôme Ferrer », a-t-elle dit quand Le Journal lui a appris la nouvelle.

Cela dit, Sylvie Cloutier souligne que ce ne sont pas tous les transformateurs qui sont assez équipés pour préparer des plats prêts à être livrés aux consommateurs, sans parler des risques de cette stratégie pour certains.

« En même temps, les transformateurs devront faire attention parce qu’ils ont quand même des clients qui sont de grands détaillants. Un peu comme Saputo l’a fait récemment, ils vont devoir être prudents pour ne pas être en compétition avec eux-mêmes », a-t-elle illustré.

De son côté, la PDG de l’Association québécoise de la distribution de fruits et légumes (AQDFL), Sophie Perrault, a salué l’arrivée du géant Fleury Michon dans ce créneau, qui pourrait stimuler son industrie.

« Pour nous, ça pourrait être intéressant et ouvrir de nouvelles portes à certains de nos fournisseurs. Fleury Michon est une super compagnie, alors c’est une bonne nouvelle pour les consommateurs également », a-t-elle conclu.


♦ L’an dernier, Québec a accordé un prêt de 6,5 millions $ à l’entreprise de plats préparés Fleury Michon Amérique pour l’aider à moderniser ses installations de Rigaud, en Montérégie.