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Instagram et cie, des tribunaux sans appel

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Les réseaux sociaux sont sans pitié. Pour peu qu’on ait au moins un téléphone cellulaire, on peut venir à bout de n’importe qui d’un seul clic.

Nul besoin de plaidoyer. Une simple allégation, une dénonciation, une rumeur et pow ! t’es mort. Aussi efficace qu’une balle de kalachnikov tirée par un sniper. Maripier Morin, Kevin Parent, Yann Perreau ou Alex Nevsky en savent quelque chose. Ce sont les plus récents condamnés. Que commères, envieux et fouille-merde se rassurent, la liste va s’allonger.

Quand on aura fait le tour de notre show-business, on s’attaquera à d’autres milieux surmédiatisés comme les sports professionnels, la politique, la justice (celle qui n’en finit plus de finir) la haute finance, etc. Les «nobody» resteront à l’abri. À quoi bon tirer sur quelqu’un que seuls ses proches connaissent?

La moitié de l’humanité ne peut plus ignorer que l’autre moitié vit dans un monde parallèle composé de 3,5 milliards d’utilisateurs de Facebook et d’Instagram. Chez Instagram, le tribunal dont on parle le plus ces jours-ci, les utilisatrices sont majoritaires. Plus des deux tiers à ce qu’on dit. Mauvaise nouvelle pour les messieurs...

UN MONDE PARALLÈLE

Dans ce monde parallèle, rien ne fonctionne comme dans le «vieux» monde analogique. Plus de présomption d’innocence, par exemple. La diffamation? Mot inconnu. Les faits? Des «fake news». La réalité : celle qu’on imagine. On like ou on like pas, sans autres explications. Aucune nuance. La vengeance s’exerce sous couvert d’une quête de justice. La volonté d’éradiquer les vieux schèmes de pensée n’est qu’une pernicieuse forme de censure. Prétendre qu’on n’est pas raciste signifie qu’on l’est. Vaccins, COVID-19, 5G sont de sourds complots ourdis pas Bill Gates et ses semblables.

Le tribunal des réseaux sociaux est à ce point impitoyable que la plupart des condamnés préfèrent se livrer à de pathétiques confessions publiques plutôt que de se défendre, espérant au mieux alléger leur sentence ou, au pire, prolonger leur agonie médiatique.

Alex Nevsky reconnaît «avoir fait du chantage émotif avec ses partenaires et avoir eu des attentes irréalistes face à la sexualité». Yann Perreau présente humblement ses excuses pour «l’inconfort, la colère et la peine qu’il a pu créer autour de lui par certains comportements déplacés». David Desrosiers compte obtenir de l’aide professionnelle «afin de s’éduquer et d’agir de façon appropriée à l’avenir». Maripier Morin, elle, entame une thérapie, etc., etc.

DES CAMPS DE RÉÉDUCATION?

Mark Zuckerberg ferait œuvre utile en puisant dans ses milliards pour construire d’immenses camps de rééducation. Chinois et Russes ont les plans. Je verrais bien le premier ministre Justin Trudeau, qui a gros à se faire pardonner lui aussi, fournir gracieusement à cette fin les grands espaces de la Terre de Baffin, après avoir obtenu l’autorisation des Inuits, évidemment!   

Qu’on le veuille ou non, il faudra bien, un de ces jours, que ces deux parties de l’humanité finissent par se rejoindre. Au train où vont les choses, il est peu probable que changent beaucoup les réseaux sociaux, légitimés qu’ils sont par le nombre infini de leurs usagers. On n’a qu’à voir avec quelle superbe Zuckerberg a minimisé le boycottage des annonceurs internationaux. 

Quant à l’autre partie du monde – celle à laquelle j’appartiens –, son système judiciaire ne peut continuer son train de tortue si l’on veut rétablir un juste état de droit et la présomption d’innocence.