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Sale temps pour la liberté

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J’ai 59 ans. Je me souviens, comme si c’était hier, du 9 novembre 1989, date de la chute du mur de Berlin.

Dans les deux années qui suivirent, tous les régimes communistes d’Europe de l’Est se sont écroulés.

J’étais convaincu que la liberté individuelle allait faire un spectaculaire bond en avant.

  • Écoutez l'entrevue de Joseph Facal avec Caroline St-Hilaire à QUB Radio:

Reculs

Trente ans plus tard, la Chine est plus puissante et dictatoriale que jamais.

Poutine ne fait même plus semblant d’être un démocrate.

Les pays arabes restent englués dans l’autoritarisme militaire ou religieux.

Les États-Unis ont un président qui sympathise avec les dictateurs et voudrait en être un.

En Amérique latine, qu’ils se disent de gauche (Venezuela, Nicaragua) ou de droite (Brésil), des leaders autoritaires sont au pouvoir.

En Europe, des partis dits populistes progressent en vomissant la démocratie parlementaire.

On découvre que les peuples ne choisissent pas spontanément la liberté. Ils s’accommoderont souvent d’une restriction de la liberté si on les nourrit et si on les divertit.

Chez nous aussi, la liberté individuelle recule, sauf quand elle s’exprime de manière exhibitionniste ou sur le mode de l’affirmation d’un droit individuel. Là, tout est permis.

Les mêmes qui célèbrent la « diversité » ont souvent un gros problème avec la diversité intellectuelle : vous devez penser comme eux, sinon...

Les humoristes, les artistes, les journalistes, les professeurs, les politiciens s’autocensurent continuellement, de peur d’être attaqués.

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Premièrement, les régimes politiques qui détestent le mode de vie occidental avancent leurs pions parce qu’ils voient notre faiblesse, nos doutes, et surtout l’effondrement du leadership politique et moral longtemps exercé par les États-Unis.

Deuxièmement, la fin de l’utopie communiste a entraîné non pas l’effondrement de la philosophie marxiste, mais son recyclage.

C’est le même schéma de pensée. On a simplement changé les acteurs de la pièce.

Au lieu de l’exploitation traditionnelle de l’ouvrier par le capitaliste, le nouvel opprimé sera une personne membre d’une minorité, victime de « grossophobie », d’« islamophobie », de « racisme systémique » de la part d’une majorité présentée comme insensible ou coupable.

Troisièmement, les réseaux sociaux donnent une voix à tous et réduisent l’importance des parlements comme lieu central des débats.

Quatrièmement, la politique s’est professionnalisée.

Politicien est de plus en plus un métier comme un autre. On y entre jeune et on y passe sa vie.

Forcément, les citoyens finissent par comprendre que l’élu est moins là pour eux que pour assurer la réélection qui lui permettra de continuer à gagner sa vie.

Inquiet

Cinquièmement, la diversité ethnoculturelle croissante fait que les natifs dans les sociétés riches voient leurs points de repère traditionnels bousculés.

Parfois, cela les rend plus sensibles au populisme autoritaire.

Sixièmement, le capitalisme a creusé les inégalités, si bien que ceux d’en bas ou du milieu se sentent, à juste titre, de plus en plus loin de ceux d’en haut.

Pire, ils voient l’État voler au secours des riches à coups de prêts et de subventions. Pas d’austérité pour ceux d’en haut.

Ils en concluent que le système est « pourri ».

Je regarde mes enfants et je n’aime guère le monde que nous leur laisserons.