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Le joyau d’Accurso à l’abri de ses créanciers

Les contribuables ont peu de chances de revoir les 180 M$ réclamés par Ottawa, Québec, Montréal et Laval

GEN - PROCÈS DE TONY ACCURSO
Photo d'archives, Martin Alarie

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Les contribuables risquent de ne jamais revoir la couleur des dizaines de millions $ réclamés au géant de la construction déchu Tony Accurso, qui a récemment engagé ses entreprises dans des procédures pour être déclarées insolvables.

L’entrepreneur, qui fut en 2014 une vedette de la commission Charbonneau avant d’être trouvé coupable d’avoir participé à un vaste stratagème de corruption, à Laval, rend définitivement les armes. 

En coulisses, il effectue depuis le mois de janvier des démarches devant la Cour supérieure pour se protéger de ses créanciers. Il leur doit plus de 256 M$, selon les documents consultés par notre Bureau d’enquête.

  • Écoutez la chronique Crime et Société de Jean-Louis Fortin, directeur du Bureau d'enquête de Québecor, à QUB Radio:

Tony Accurso explique au tribunal vouloir déposer une proposition à ceux à qui il doit de l’argent.

Les pouvoirs publics, comme les gouvernements fédéral et provincial et la Ville de Montréal, lui réclament notamment plus de 180 M$. 

Mais comme les actifs nets de l’entrepreneur valent au plus une douzaine de millions $, les contribuables risquent de ne recouvrer que des miettes, s’il en reste.

« Manifestement insolvable »

Les millions $ réclamés par les gouvernements sont en lien avec des taxes prétendument impayées, mais aussi avec des poursuites judiciaires pour des sommes qui auraient été versées en trop lors de magouilles alléguées dans des contrats publics. Accurso conteste ces recours.

« L’ampleur des réclamations a pour effet de rendre la demanderesse manifestement insolvable », reconnaissent les procureurs de Tony Accurso dans une demande présentée en vertu de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies.

« [L’entreprise] est présentement dans l’incapacité de faire face à ses obligations au fur et à mesure de leur échéance », constate aussi Jean Gagnon, le syndic de la firme Raymond Chabot en charge du dossier.

Ces procédures ne concernent pas le bilan personnel de l’entrepreneur, qui possède toujours une résidence évaluée à près de 3 M$ sur le bord de l’eau, à Deux-Montagnes.

Son avocat, Marc Labelle, avait par contre évoqué la faillite imminente de l’entrepreneur pour tenter d’obtenir une peine de prison réduite en juin 2018, dans le dossier de Laval. « À ce moment-ci, M. Accurso, il lui reste sa maison », avait-il plaidé.

Compagnie « intouchable »

Tony Accurso est tombé de haut. Il présidait jadis le plus gros empire québécois de la construction, dont il a hérité de son père immigré d’Italie, avant d’en faire exploser la taille à partir du début des années 1980.

Avec ses firmes Louisbourg et Simard-Beaudry, Accurso comptait sur 3500 employés et un chiffre d’affaires de plus d’un milliard $. Il construisait des routes, des ponts, des ouvrages pour Hydro-Québec, des immeubles, et s’était même lancé dans la restauration.

« J’ai toujours voulu construire une compagnie intouchable. [...] Je voulais agrandir, agrandir et agrandir la compagnie », affirmait Accurso en novembre 2017 dans le cadre de son procès pour corruption à Laval.

Aujourd’hui, un diagramme présenté à la cour le place à la tête d’une poignée de sociétés à numéro qui ne valent plus grand-chose. Son joyau du passé, Simard-Beaudry, ne compte « pas d’opérations » et « deux employés ».


L’entrepreneur a jusqu’à demain pour soumettre un plan d’arrangement avec ses créanciers.

Il avait bâti un empire    

Aujourd’hui à l’article de la mort, l’empire de Tony Accurso a obtenu de gros contrats au cours des trois dernières décennies

L’immeuble de la FTQ

GEN - PROCÈS DE TONY ACCURSO
Photo d’archives

Impossible de le manquer lorsqu’on circule sur l’autoroute 40 à Montréal. Sa construction a duré trois ans.

« C’est une bâtisse extrêmement complexe. [...] Il fallait creuser huit étages de stationnement, en dessous, et découvrir le tube du métro. Il fallait découvrir le tube sans le faire tomber à terre », a dit M. Accurso lors de son procès.


La Cité du multimédia

GEN - PROCÈS DE TONY ACCURSO
Photo d’archives

Les entreprises d’Accurso ont participé à deux des neuf phases de ce complexe d’immeubles de bureaux élaboré au tournant des années 2000 en collaboration avec SOLIM, le défunt bras immobilier du Fonds FTQ.


Dans le nord du Québec

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Photo d’archives

Ce sont les hommes d’Accurso qui ont mené à bien le projet de déviation de la rivière Rupert, à la Baie-James, en 2008. « C’était un mégaprojet pour Hydro-Québec. Moi, c’est le genre de job qui m’excitait », s’est souvenu Accurso lors de son témoignage à son procès pour corruption, à Laval, en 2017.


Les Galeries Laval et le Tops

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Photo d’archives

Tony Accurso a bâti ce centre commercial grâce à l’aide financière du Fonds FTQ. On y trouvait le fameux complexe de divertissement Tops, inauguré en 1995 et qui a fermé ses portes en 2011. D’une capacité de 1200 personnes, il comportait notamment une discothèque, deux restaurants et un salon avec 55 machines de vidéopoker.

« Je trouvais que Laval manquait une place propre pour avoir du fun. [...] C’était LA place, et même, on allait chercher du monde de Montréal », s’est souvenu Tony Accurso, en 2017.


L’échangeur L’Acadie

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Photo d’archives

Ce rond-point est au-dessus d’un des tronçons les plus achalandés de l’autoroute 40. Il a été refait de 2003 à 2005.

« C’est la job la plus complexe du ministère des Transports qui s’est jamais donnée au Québec. Ça prenait 34 contremaîtres sur ce chantier-là, qui durait 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 », se rappelait Accurso, en 2017.


Le pont Jordi-Bonet

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Photo d’archives

Cet ouvrage reconstruit en 2000 permet à la route 116 d’enjamber la rivière Richelieu, entre Belœil et Mont-Saint-Hilaire, en Montérégie.

« La structure était vraiment magannée, il fallait enlever le tablier en dessous, mettre des beams et recouler un autre tablier. C’étaient des travaux complexes », selon l’entrepreneur.


Le Touch

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Photo courtoisie

C’est le luxueux yacht sur lequel l’homme d’affaires a reçu bon nombre d’élus et de dirigeants syndicaux pour se prélasser. L’ex-maire de Terrebonne, Jean-Marc Robitaille, y a notamment séjourné. Accurso a mis le Touch à vendre pour 8,5 M$ en 2010 avant de baisser le prix à 5 M$, pour finalement s’en départir en 2014.

Tony Accurso en bref    

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Photo d’archives, Ben Pelosse

  

  • Né en 1951 à Montréal    
  • A transformé l’entreprise familiale en un empire    
  • Ses firmes Simard-Beaudry et Louisbourg se reconnaissent coupables d’évasion fiscale pour 4 M$ en 2010, à la suite d’une enquête de Revenu Canada    
  • Arrêté par l’Unité permanente anticorruption en 2012 (Mascouche) et 2013 (Laval)    
  • Témoin à la commission Charbonneau en 2014    
  • Acquitté dans le dossier Mascouche en février 2018    
  • Coupable de fraude et corruption à Laval en 2018. Il a écopé de quatre ans de pénitencier, mais a porté la cause en appel.        

Les dettes de Simard-Beaudry et Louisbourg        

  • Agence du revenu du Canada : 70,85 M$  
  • Agence du revenu du Canada pour d’autres provinces : 9,65 M$  
  • Agence du revenu du Québec : 25,65 M$  
  • Gouvernement de l’Alberta : 10,1 M$  
  • Ville de Laval: 22 M$  
  • Ville de Montréal : 44 M$   

► Total : 182,25 M$

Source : Rapports du contrôleur de Raymond Chabot