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Course au PQ: deux visions opposées du nationalisme

Rencontre Frédéric Bastien
Photo d'archives, Ben Pelosse

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La course au leadership du Parti québécois fait particulièrement ressortir deux visions claires et campées du Québec. L’une est portée par Sylvain Gaudreault, qui se réclame d’un «nationalisme d’ouverture». L’autre l’est par ma candidature qui incarne un nationalisme décomplexé, qualifié par mon adversaire de «fermé», tandis que messieurs Nantel et Plamondon sont mi-chair mi-poisson. J’ai beaucoup de respect pour le député de Jonquière mais on me permettra de répondre ici à ses critiques.

Combattre une injustice

Le nationalisme ouvert est né à la suite des accusations d’intolérance qui nous sont lancées depuis des années par les multiculturalistes canadiens. Les nationalistes qui défendent leur culture seraient des xénophobes. Ces attaques sont en réalité une manifestation de l’intolérance du Canada anglais envers le Québec. Elles ont malheureusement mis sur la défensive une partie des indépendantistes qui ont commencé à culpabiliser. Tenant pour fondées les attaques des fédéralistes, les «ouverts» ont développé leur soi-disant nationalisme «d’ouverture». Ils croient réellement qu’une partie du camp nationaliste baigne dans les préjugés intolérants. Ce n’est pas pour rien que lorsque l’accusation de racisme systémique a été récemment faite contre le Québec par nos adversaires, Sylvain Gaudreault a été l’un des premiers à monter au front...pour dire que c’était vrai! Son nationalisme d’ouverture implique de montrer patte blanche à ceux qui détruisent notre réputation. 

Pour ma part j’ai toujours pensé que le Canada anglais n’avait aucune leçon de tolérance à nous faire, bien au contraire. Cette position équivaut aux yeux de M. Gaudreault à nourrir «un nationalisme de repli ou de revanche», suivant ce qu’il a déclaré récemment à Qub Radio. Défendre le Québec contre les multiculturalistes canadiens ne constitue pas de la vengeance gratuite, c’est une question d’honneur. Décrier comme je le fais les effets pervers de la loi constitutionnelle de 1982, qui nous a été imposée contre notre volonté et qui a permis entre autres d’affaiblir la loi 101, ce n’est pas de susciter le ressentiment pour le ressentiment. C’est se battre pour corriger une injustice. Mais peut-être qu’en signe d’ouverture il faudrait oublier ces vieilles histoires et parler de «l’avenir», comme le dit mon adversaire.

Fidèle à René Lévesque

Celui-ci affirme que mon nationalisme est étroit d’esprit, contrairement à son «projet d’ouverture au monde». Je tiens à signaler que j’ai vécu cinq ans de ma vie à l’étranger (et j’exclus ici l’époque où j’ai habité et travaillé en Ontario). J’ai aussi un doctorat de l’Institut de hautes études internationales de Genève, j’ai travaillé pour l’ONU et je parle couramment quatre langues. Ce long séjour à l’étranger m’a convaincu de la justesse de ce qu’écrivait René Lévesque au moment de la fondation de notre parti. Pour lui être québécois voulait dire être attaché au Québec, « seul endroit où il nous soit possible d’être vraiment chez nous. Être nous-mêmes, c’est essentiellement de mainte­nir et de développer une personnalité qui dure depuis trois siècles et demi ». Comme pour Monsieur Lévesque, mon nationalisme est lié à la défense et au maintien de notre existence comme nation, l’indépendance étant le meilleur moyen pour y parvenir. Ça n’a rien à voir avec un projet de société X ou Y, de gauche ou de droite et que nous serions à même de réaliser en étant souverain, comme le prône QS, dont le nationalisme inclusif ressemble drôlement à celui de Sylvain Gaudreault.

Ce dernier vante également son approche accueillante, faisant référence au fait que je me suis engagé à interdire les accommodements religieux, à renforcer la loi 21 et surtout à baisser l’immigration. Ce n’est pas une question d’être accueillant ou pas, c’est une question de survie. À l’heure actuelle, le nombre de locuteurs de langue maternelle française est en chute libre au Québec tandis qu’un grand nombre d’immigrants utilisent l’anglais quand ils s’installent chez nous. Il faut donc sélectionner les bons immigrants de notre point de vue, ceux qui parlent déjà français. Il importe également de choisir des candidats qui ont un haut niveau d’éducation et qui, de ce fait, sont généralement en phase avec nos valeurs laïques. 

Par ailleurs le souverainisme de Sylvain Gaudreault vise d’abord et avant tout à convaincre les jeunes, sans quoi dit-il, on perdra le prochain référendum. Le PQ pratique ce clientélisme depuis des années avec les résultats que l’on sait. Nos propositions doivent plutôt interpeller toute la nation. Pour mémoire, rappelons que l’appui au Oui en Écosse était plus fort chez les jeunes (comme chez nous en 1980 et 1995) et que cela n’a pas empêché le «non» écossais de l’emporter avec 55 %. Inversement, quand Nigel Farage et Boris Johnson ont fait campagne pour le Brexit, ils s’adressaient à tous leurs citoyens en misant sur le patriotisme. Avec presque 52 %, ils ont gagné la partie, sans l’appui majoritaire des jeunes. 

Je ne doute pas de la bonne foi de mon adversaire. Nous sommes même d’accord sur certains points comme l’importance de contester le régime fédéral. Je conviens aussi comme lui que cette course sera décisive pour la suite des choses étant donné les deux visions claires et opposées qui s’affrontent. Il est clair cependant que le «nationalisme d’ouverture» fait le jeu des multiculturalistes canadien et transforme notre parti en une pâle copie de Québec solidaire. Entre l’original et la copie, les électeurs choisiront toujours l’original.