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Où s’arrêtera donc cette grande purge?

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Les vannes de la dénonciation sont ouvertes. Contrairement au reste du Canada et de l’Amérique, ce n’est pas le racisme anti-Noir qu’on dénonce au Québec par les temps qui courent.

Ce sont le harcèlement et les agressions à caractère sexuel. Les « coupables » ont trois voies possibles. Soit ils se taisent et laissent passer l’orage, soit ils menacent les dénonciatrices d’une poursuite en diffamation ou... ils présentent des excuses.

Le Code civil du Québec dispose désormais d’un article qui détermine que des excuses ne constituent pas un aveu de culpabilité. Est-ce en raison de cette nouvelle disposition du Code civil que tant de vedettes frappées par des allégations choisissent la voie des excuses ?

Autre milieu, autres mœurs

Ce n’est pas le chemin qu’a emprunté, hier, Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois. Il a nié catégoriquement toute faute et invité sa dénonciatrice anonyme à porter plainte aux autorités compétentes. La présumée agression serait survenue il y a 20 ans, quand Blanchet était l’imprésario du rocker Éric Lapointe.

Autre milieu, autres mœurs ! Si Yves-François Blanchet faisait encore partie du show-business, sa clientèle et les artistes dont il aurait été le gérant l’auraient tous lâché d’un coup. C’est le sort qu’a subi il y a quelques jours une pléiade de chanteurs pop et d’imprésarios. Je n’ai pas besoin de les nommer, on en parle partout.

Même si les excuses ne constituent pas un aveu de culpabilité, diffuseurs et commanditaires les prennent comme un aveu. Pour eux, la vedette dénoncée est coupable. Qu’il s’agisse d’une morsure plutôt anodine dans un membre qui n’a rien de plus sexuel que l’oreille de Mike Tyson, qu’il s’agisse d’un baiser volé ou d’un viol pur et simple, annonceurs et diffuseurs appliquent sans pitié la peine capitale.

Une purge impitoyable

En 24 heures, Maripier Morin a été larguée par tous ses commanditaires. Probablement sans la moindre compensation. Maintenant, c’est au tour des diffuseurs et des producteurs de régler son cas et ils n’y vont pas de main morte. Non seulement ils annulent les séries ou les films dans lesquels elle devait jouer, mais ils effacent toutes ses traces dans les œuvres déjà en circulation. En plus de ses errements, Maripier est devenue contagieuse. 

TVA vient de la rayer de sa liste de nominations au gala Artis, elle qui était en nomination comme animatrice d’émissions de variétés et de divertissement et comme personnalité féminine de l’année, l’honneur ultime. Club illico a aussi retiré de son répertoire l’excellente série La faille, même si Maripier n’en était pas la vedette. 

À l’heure qu’il est, on s’affaire à visionner scrupuleusement toutes les vieilles émissions pour s’assurer qu’on n’y aperçoit pas la pestiférée, ne fût-ce que quelques secondes. J’imagine que Sony tablettera aussi le film de Denys Arcand, La chute de l’empire américain, d’autant plus que Maripier Morin y tient le rôle vedette. Pourtant, on ne cesse de voir sur des écrans des artistes qui furent condamnés à la prison. Mais c’était à une autre époque. 

Soucieux d’être toujours dans l’air du temps et craignant de déplaire à leur auditoire, les diffuseurs de télévision, de radio et de spectacles ont mis en quarantaine prolongée tous les chanteurs pop dénoncés jusqu’à maintenant par les réseaux sociaux.

La grande purge ne fait peut-être que commencer. Souhaitons qu’elle change les comportements dans la durée sans laisser trop de cadavres sur son chemin.