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Pourquoi l’Alberta ne fera jamais l’indépendance

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Photo d’archives

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La Presse rapportait cette semaine des données très intéressantes.

Un regroupement d’instituts de recherche, dont je peux vous garantir le sérieux, vient d’interroger 5100 Canadiens, dont 1500 au Québec.

La proportion d’Albertains insatisfaits du Canada est deux fois plus élevée qu’au Québec.

  • Écoutez l'entrevue de Joseph Facal avec Caroline St-Hilaire à QUB Radio:

C’est évidemment la réticence des autres Canadiens à voir la question pétrolière de la même manière qu’eux qui enrage les Albertains.

Frustrés

Une majorité d’Albertains (63 %) et de Saskatchewanais (59 %) dit que le reste du pays ne les traite pas avec respect.

L’étude avance que 43 % des Albertains ne verraient pas d’un mauvais œil la souveraineté, un pourcentage... plus élevé qu’au Québec.

Partout au pays, le nombre de gens qui croient que le fédéralisme canadien compte plus d’avantages que de désavantages n’a jamais été aussi bas en 20 ans.

Voilà le genre de résultats qui rend très tentant de tirer de mauvaises conclusions.

Des conclusions du genre : les Albertains pourraient faire l’indépendance avant les Québécois.

Oubliez ça.

D’abord, l’Ouest est insatisfait depuis longtemps parce qu’il a toujours considéré, sauf du temps de Stephen Harper, que le Canada était fondamentalement au service de l’Ontario et des provinces bénéficiaires de la péréquation.

Mettons que ça se discute.

On peut se dire tenté par la souveraineté pour montrer son mécontentement et se donner un meilleur rapport de force en brandissant la menace.

Mais de là à passer à l’acte...

Plus largement, les Canadiens n’ont jamais été de grands amoureux du système politique fédéral.

Ils l’ont toujours vu comme un mariage de raison, et ces mariages durent souvent plus longtemps que ceux nés d’une passion qui s’émousse vite.

Je vais vous dire la raison fondamentale pour laquelle l’Alberta ne fera jamais l’indépendance.

Pourquoi tant de Québécois la veulent, même si beaucoup doutent qu’elle survienne ?

Pourquoi tant de Catalans veulent quitter l’Espagne et tant d’Écossais veulent quitter le Royaume-Uni ?

Oui, il y a des raisons économiques, administratives, fiscales, etc.

Mais elles restent secondaires, presque accessoires.

La raison fondamentale pour laquelle, en 2020, on peut encore vouloir créer un pays indépendant dans un Occident moderne et prospère tient en un mot : identité.

Avoir le statut d’État souverain est le meilleur moyen de protéger votre langue, votre culture, votre façon d’être, votre différence.

Différence

Ce n’est pas un hasard si, au Québec, les fédéralistes se déchaînent rarement contre les choix économiques des gouvernements souverainistes, comme le PQ, ou nationalistes, comme la CAQ.

Ils grimpent aux rideaux essentiellement contre les mesures identitaires : charte des valeurs, renforcement de la loi 101, loi sur la laïcité, rejet du cours ECR, resserrement de l’immigration, etc.

C’est parce que ces gestes visent à défendre une différence culturelle, et reflètent un refus de se fondre dans le moule uniformisant du multiculturalisme canadien.

Bien des Québécois se sentent des étrangers au Canada.

Beaucoup n’oublient pas qu’ils sont les descendants de colons envahis, conquis militairement, dominés politiquement, exploités économiquement, et que l’on tenta de faire disparaître culturellement.

Rien de tel en Alberta.