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Une année universitaire pas comme les autres

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Aux États-Unis comme chez nous, l’année universitaire qui s’en vient forcera nos augustes institutions à repenser des pans majeurs de leurs activités.

Les nouvelles se bousculent dans ma boîte aux lettres de prof en vacances.

Aux États-Unis, Donald Trump veut forcer les universités et collèges à ouvrir « normalement » à l’automne. Ici, l’Université de Montréal m’invite à mobiliser mes modestes talents informatiques pour préparer mes cours en ligne et m’avertit que le masque sera obligatoire et les interactions sévèrement limitées sur le campus.

Manifestement, l’année qui vient forcera les universitaires à se poser de sérieuses questions. Tout cela serait suffisamment compliqué si mon sujet d’enseignement, la politique américaine, ne traversait pas de multiples crises.

Le nouveau normal

Les campus universitaires seront méconnaissables cet automne. Partout, on planifie la réouverture, mais personne n’écoute le président américain qui souhaiterait effacer la réalité de la COVID-19.

Au mieux, les universités et collèges permettront aux arrivants et aux finissants de vivre leur première ou leur dernière session dans une atmosphère aussi « normale » que possible. Le coronavirus n’a toutefois pas dit son dernier mot et la distanciation sera inévitable.

Il faudra s’y faire et les obstacles aux interactions humaines et la collégialité, qui sont des raisons d’être des institutions d’enseignement supérieur, devront être surmontés.

Dilemmes

Des problèmes réels existent. Aux États-Unis comme chez nous, les universités devront accommoder les milliers d’étudiants étrangers refoulés aux frontières et absorber le choc financier de l’absence de nombre d’entre eux.

Parlant de choc financier, dans les grandes universités, plusieurs s’insurgent de devoir payer des frais de scolarité faramineux pour recevoir des cours en ligne par des professeurs qui seront pour la plupart novices en la matière.

Certains s’interrogent même sur la pertinence d’un enseignement presque entièrement virtuel dans un contexte très éloigné de ce que l’université devrait être.

Comme ni la fermeture totale ni l’ouverture irresponsable ne sont envisageables, aussi bien saisir les opportunités que présente ce défi.

Une pause salutaire

Les changements technologiques nous permettent de repenser nos modes d’interaction et il n’est pas dit que l’expérience que le milieu universitaire tirera de cet intermède virtuel n’ouvrira pas de nouveaux horizons pour améliorer nos missions d’échanges et de débats.

Aux États-Unis, cette année en est aussi une de profonds débats sur la justice sociale et certains enjeux identitaires dont le potentiel de dérapage – à gauche comme à droite – atteindra un paroxysme pendant la campagne électorale de l’automne. Nous n’y échapperons pas.

Il est essentiel pour l’université d’aborder la crise du coronavirus de façon rationnelle en nous adaptant à court et à moyen terme aux changements imposés par la pandémie pour ensuite incorporer les expériences apprises dans nos pratiques.

Il sera tout aussi difficile, mais non moins vital de traverser cette période de tumulte politique en préservant la collégialité et l’esprit d’ouverture aux débats raisonnés et raisonnables qui doivent continuer à être la marque de commerce de l’université.