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Le «nouveau départ» de Half Moon Run

Le groupe, redevenu trio, lance un mini-album et songe à «l’après-COVID»

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Photo Agence QMI, Joël Lemay Après le départ récent du musicien Isaac Symonds, qui les a accompagnés durant huit ans, Half Moon Run fait un retour aux sources. Dylan Phillips, Devon Portielje et Conner Molander formaient un trio au tout début du groupe, il y a dix ans.

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La pandémie a doublement frappé Half Moon Run. En plus de voir tous ses spectacles des prochains mois être annulés, le groupe montréalais a appris que le musicien Isaac Symonds quittait le navire. Le Journal s’est assis avec la formation pour parler de son nouveau mini-album, qui sort aujourd’hui, et de « l’après-COVID ».

Devon Portielje, Dylan Phillips et Conner Molander reconnaissent que l’année 2020 en sera une de changements pour le groupe. En mai dernier, en plein confinement, les musiciens apprenaient que leur comparse Isaac quittait l’aventure. « Il voulait prendre une autre direction et réaliser ses propres rêves sans nous, mentionne Devon. Nous sommes ensemble depuis si longtemps, pratiquement toute notre vingtaine. »

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Photo courtoisie

« Je crois que s’il n’y avait pas eu de pandémie, nous serions encore un groupe de quatre et les choses seraient différentes, ajoute Conner. Avec tout ce qui est arrivé, chacun s’est mis à réfléchir différemment. »

La crise actuelle a fait mal au groupe qui devait partir en tournée tout l’été. « Nous étions censés jouer au Festival d’été en ce moment sur les plaines d’Abraham, dit Dylan. Ç’aurait été l’un de nos plus gros shows en carrière. Au lieu de nous préparer pour ces shows, nous avons tous été confinés à la maison. »

Privés de concerts, les musiciens se sont occupés tant bien que mal, chacun à distance. À la suite de l’invitation à jouer à l’émission La semaine des 4 Julie, fin mars, ils ont eu l’idée de faire une vidéo où l’on voyait chacun des musiciens jouer sa portion séparément. 

Cette idée de « covidéos » a tellement bien fonctionné que le groupe en a fait huit autres avec le même concept. La réponse très positive des fans a donné l’idée au groupe de sortir un mini-album cet été.

Retour en tournée

Sur Seasons of Change, on retrouve six pièces qui ont toutes été enregistrées pour le troisième disque A Blemish in the Great Light, sorti l’automne dernier. Elles ont été mises de côté, car l’album était trop long. 

Les six morceaux rejetés qui sont sur ce mini-album ne sont pas moins bons que les dix qui se sont retrouvés sur A Blemish..., assure Conner. « L’idée était plutôt de garder certaines de nos meilleures chansons pour ce mini-album. »

Avouant aimer leur vie de confinement (« je me rends compte que j’aime ça être seul ! » dit Devon), les membres de Half Moon Run se questionnent sur leur retour éventuel en tournée.

« Nous avons un festival au calendrier l’an prochain en Europe et la capacité est de 80 000 personnes, mentionne Devon. Si le coronavirus est encore là, je ne vois pas comment ce sera possible... » Avec le départ d’Isaac et un retour en tournée qui sera sûrement très différent, peut-on dire que Half Moon Run vivra un nouveau départ ? « Je pense qu’on peut le voir comme ça, répond Dylan. La COVID sera peut-être le décor parfait pour ce changement. Peut-être que ce ne sera plus le même Half Moon Run que l’on connaît. »

Le mini-album Seasons of Change est présentement disponible.

QUESTIONS-RÉPONSES 

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Joël Lemay / Agence QMI

Le Journal a été le seul média à rencontrer les trois membres de Half Moon Run en même temps, cette semaine. Voici quelques extraits de notre entretien avec les musiciens.

Isaac Symonds a quitté le groupe en mai dernier, mais il a participé à vos « covidéos » dans les dernières semaines. Pourrait-il aussi vous rejoindre pour des concerts éventuellement?

Devon : « Isaac est toujours ouvert à l’idée de travailler avec nous. Mais nous n’avons pas encore pensé à tout ça. Nous n’avons même pas essayé de rejouer les vieilles chansons en tant que trio. En ce moment, nous essayons plutôt de créer de nouvelles pièces. »

Vous n’êtes pas à la recherche d’un autre membre pour le remplacer?

Devon : « Non, mais les gens continuent de nous envoyer des propositions! »

Conner : « Les gens nous ont contactés beaucoup trop tôt, quelques heures à peine après [l’annonce du départ d’Isaac]. Ça ressemblait à : « je suis tellement désolé d’entendre ça, mais si vous cherchez quelqu’un... ». (rires) »

Quand Isaac vous a annoncé son départ, y a-t-il eu des discussions entre vous sur le futur du groupe?

Conner : « On s’est tous parlés au téléphone ce jour-là après que chacun ait reçu la visite d’Isaac. Il n’y avait aucun doute que nous allions poursuivre. »

Dylan : « C’est excitant en quelque sorte. Déjà, avec ce que nous vivons à cause de la COVID, c’est un énorme changement. Nous nous disions que nous n’allions pas fait de spectacle durant un an ou plus. Et là est arrivé le départ d’Isaac... Saisissons l’occasion et regardons ce qui va arriver. »

Jusqu’à quel point la pandémie peut-elle être inspirante pour vous?

Devon : « Pour moi, ça reste encore à voir. Je me rends compte que j’aime ça être seul et aller dans la nature. Je pourrais faire ça pendant cinq ans! »

Conner : « Je ne m’attendais pas à ce que tu dises ça! (rires) [il imite Devon] : « Être seul, c’est génial! J’aurais dû faire de la distanciation physique toute ma vie! »

Devon : « En fait, j’ai essayé de le faire avant, mais maintenant que c’est socialement approprié, ça va mieux! »

Conner : « Je sens qu’il y a une sorte d’agitation chez les gens. Quand tout ferme et que tout le monde est seul dans ses pensées, on se retrouve confronté à qui on est. C’est une vieille idée qui dit que tu vas en isolement pour trouver qui tu es. Les gens ont été confrontés avec les parties les plus sombres d’eux-mêmes. »

Dylan : « De mon côté, j’ai développé un amour pour la vie à la maison! Ma blonde et moi avons récemment acheté une maison ensemble. J’avais prévu ne pas y passer beaucoup de temps pour la prochaine année. Finalement, nous avons été forcés à être dans la maison 24 heures par jour, sept jours par semaine, sans voir personne. Et je me suis aperçu que j’adorais l’expérience d’être à la maison, de m’occuper d’un jardin. »

Comment envisagez-vous la transition vers la vie de tournée quand ce sera possible?

Dylan : « J’ai de la difficulté à même m’imaginer ce que c’est que d’être sur la route en ce moment. »

Devon : « Je serai excité de retourner et d’être énergisé par les gens. Mais j’ai l’impression que ça ne pourra pas arriver avant un bout. »

Conner : « Un peu comme tout le monde en ce moment, quand on regarde un film et qu’on voit des gens être ensemble tout près les uns des autres, on se sent étrange. Donc juste d’imaginer jouer dans un festival devant des milliers de personnes toutes collées ensemble, ça semble impossible. »

Devon : « Nous avons un festival au calendrier l’an prochain, en Europe. La capacité est de 80 000 personnes. Si le coronavirus est encore là, ça ne pourra pas être possible. Je crois que ce sera difficile avant l’arrivée d’un vaccin. Et encore là, s’il y en a un, ça va prendre combien de temps pour vacciner tout le monde? »

Avez-vous pensé faire des concerts virtuels?

Conner : « Nous avons eu tellement de demandes pour ce genre de choses. J’adore les « covidéos » que nous avons faites. Mais je ne trouve pas que les concerts virtuels sont très convaincants. »

Dylan : « J’ai regardé le spectacle de la Fête nationale, qui a été tourné à Trois-Rivières. C’était un concert sur une scène immense, avec des dizaines d’artistes. Il y avait quelque chose de spécial là-dedans. C’était plaisant à regarder de mon divan. »

Dans un autre ordre, que pensez-vous du mouvement de dénonciations pour inconduite sexuelle qui a notamment secoué le milieu culturel ces derniers jours?

Dylan : « Je crois qu’il y aura du positif qui va sortir de ça. Ç’a été choquant de lire toutes ces histoires. Je ne pouvais pas croire qu’il y avait autant de gens qui agissaient comme ça. »

Devon : « Nous connaissons la plupart de ces personnes [qui ont été dénoncées dans le milieu de la musique]. C’est choquant dans un sens, mais pas surprenant dans un autre. Beaucoup de choses étranges peuvent survenir en coulisses (backstage). Une chose qui est évidente, c’est que si ces personnes ont fait des déclarations anonymes sur une page Instagram, et qu’elles ont même dénoncé des gestes criminels, ça démontre que le système judiciaire ne répond pas à leurs besoins. Par conséquent, le système devrait être réformé. »